‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 78 sur 296 · lidit. comment · texte numérisé non relu

lidit. comment

5. Les éditeurs commencent ici le second point, par un long emprunt au brouillon, qui n'est à conserver qu'à titre de variante: « Que si après avoir vu quelles impressions la douleur a faites sur son corps, vous êtes mus d'une louable curiosité de savoir ce que Dieu opérait invisiblemcnt dans son âme et d'où lui venait parmi une telle agitation une si grande tranquillité ; en un mot, si vous

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Or il en est des martyrs comme d'un excellent original dont chaque peintre cherche de copier quelques traits pour embellir son ouvrage. Nous voyons dans leur vie la vie de notre Sauveur si bien exprimée, qu'il n'y a presque rien qui ne nous y doive servir d'exemple. Mais dans un si

ddsirez connaître quelles e'taient les pensées dont s'entretenait un chrétien souffrant, je vous les dirai en peu de mots pour votre édification, telles que nous les apprend la théologie.

Premièrement les martyrs n'étaient point de ces âmes basses, qui se croient incontinent délaissées de Dieu, sitôt qu'elles ressentent quelque affliction ; au contraire, rien n'affermissait si bien leurs espérances que la considération de leurs supplices. La raison est d'autant que la tribulation produit la souffrance, {Lâchai : Car c'est la tribulation qui produit la souffrance) et «la souffrance fait l'épreuve », comme dit l'Apôtre. Or il est tout évident que, quand on prend quelqu'un pour en faire l'épreuve, c'est signe que l'on a dessein de s'en servir. Ainsi les martyrs, à qui Dieu avait appris sa conduite, se persuadaient par une souffrance très salutaire que Dieu les réservait à quelque chose de grand, puisqu'il voulait bien avoir la bonté de les éprouver. Et c'est à mon avis pourquoi l'Apôtre ajoute que << l'épreuve fait l'espérance » : Probatio vero speui (Rom., V, 4).

Samt Cyprien, dans le livre qu'il a fait de VExhortation des martyrs^ nous en fournit encore cette belle raison : Notre-Seigneur prophétise en divers endroits que la vie de ceux qui écouteront sa parole sera continuellement traversée ; mais aussi il leur promet après leurs travaux un soulagement éternel. Et voyez comme le Saint-Esprit se sert de toutes choses pour relever nos courages: il \q.wx {Lâchât : nows) fait entendre par un discours digne de lui que Dieu, « dont on ne peut compter les miséricordes », n'est pas moins fidèle pour les biens que pour les maux {Lâchai : àdcns les biens que dans les maux), et que l'accomplissement de la moitié de la prophétie leur est un témoignage indubitable de la vérité de l'autre. Tellement qu'ils prenaient leur disgrâce présente pour un gage certain de leur future félicité ; et mesurant leurs contentements par leurs peines, ils croyaient qu'elles ne leur étaient pas tant envoyées pour les tourmenter dans le temps que pour leur donner de nouvelles assurances d'un bonheur sans fin.

Ces pensées ne sont-elles pas pleines d'une grande consolation ? Mais leurs esprits nourris de longtemps de la Parole leur en faisaient concevoir de bien plus sublimes. Comme ils ne jugeaient pas des choses par l'extérieur, ils con-^ sidéraient que l'homme n'était pas ce qu'il nous paraît, mais que Dieu, pour le former, avait fait sortir de sa bouche un esprit de vie, qu'il avait caché comme un trésor céleste dans cette masse du corps; que cet esprit, bien qu'il fût d'une race divine, comme le dit si bien l'Apôtre au milieu de l'Aréopage {Ad., xvii, 29), bien qu'il portât imprimée sur soi l'image de son Créateur, était néanmoins accablé d'un amas de pourriture, où il contractait par nécessité quelque chose de mortel et de terrestre, dégénérant de la pureté de son origine. Dans cette pensée, ils croyaient que les tourments ne faisaient qu'en détacher ce qu'il y avait d'étranger, tout ainsi que le feu sépare de l'or ce qui s'y mêle d'impur, ianquavi aurum i?i fomace (Sapient., m, 6). On eût dit à les voir qu'à mesure qu'on eur emportait quelques lambeaux de leur chair, leur âme s'en serait trouvée beaucoup allégée, comme si on les eût déchargés d'un pesant fardeau; et ils espéraient qu'à force d'arracher leur chair pièce après pièce, elle resterait toute

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grand éclat de vertus, il nous faut choisir celles qui nous sont plus nécessaires dans les occurrences où nous nous trouvons.

Martyr et témoin, c'est la même chose. On appelle martyrs de Jésus-Christ ceux qui, souffrant pour la foi, en ont témoigné la vérité par leurs souffrances et l'ont signée de leur sang. Maintenant il n'y a plus de tyrans qui nous persécutent; mais nous sommes instruits par l'Evangile que Dieu, qui est notre Père, distribue à ses enfants les biens et les maux selon les conseils de sa Providence (''). Ainsi quand nous nous trouvons (') affligés, si nous recevons (') nos afflictions de la main de Dieu avec humilité, ne témoignonsnous pas par cette déférence qu'il y a une IntelHgence première et universelle, qui, par des raisons occultes, mais équitables, fait notre bonne et {') notre mauvaise fortune ? Et cela qu'est-ce autre chose sinon être les témoins et les martyrs de la Providence ?

a. Mait.^ V, 45.

pure et toute cdleste, eten cet état serait présentée au nom de JÉSUS-Christ devant le trône de Dieu.

Dans ces considérations, vous les eussiez vus, d'un cœur brûlant de charité s'animer eux-mêmes contre leurs supplices. Tantôt ils se plaignaient de ce quils étaient trop lents, ne souhaitant rien tant que de voir abattue cette masure ruineuse de leurs corps qui les séparait de leur Maître ; et s'écriant avec l'Apôtre: Desiderhun habens dissolvi et esse aini CJitisto (Philipp., I, 23. — Ms. Cupio dissoh'i et esse...) Tantôt ravis d'une certaine douceur que ressentent les grands courages à souffrir pour ce qu'ils aiment, ils se réjouissaient de se voir enveloppés d'une chair mortelle qui pût fournir de matière {Lac/iat : ïoum'w matière) à la cruauté. De tels et semblables discours se consolaient les martyrs {Lâchât : De tels et semblables discours consolaient les martyrs), en attendant avec patience qu'il plût à Dieu de les appeler à soi ; et saint Gorgon sut si bien prendre ces sentiments de ceux qu'il avait vus, qu'il devint lui-même h la postérité un exemple signalé.

C'est vous particulièrement, messieurs, que cet exemple regarde, puisc[ue vous avez pris saint Gorgon pour votre patron. Vous n'êtes pas obliges de souffrir les mêmes peines ; mais comme vous participez à la même foi, vous devez entrer dans les mêmes sentiments. Il faut que votre paroisse, illustre par tant de raisons, mais surtout pour être sous la protection d'un si grand martyr, se rende encore plus illustre en imitant sa foi, après avoir considéré sa mort si attentivement : Quorum intuentes exitum...^ i/m'taniini Jîdeni. C'est par où je m'en vais conclure. »

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