‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 93 sur 296 · POUR LA VEILLE DE LA FÊTE DE L ASSOMPTION · texte numérisé non relu

POUR LA VEILLE DE LA FÊTE DE L ASSOMPTION

concevoir et enfanter un Fils (''). » Ezéchiel reconnut cette « porte close par laquelle personne n'est jamais entré ni sorti, parce que c'est par elle que le Seigneur des batailles a fait son entrée (''). » Parmi lesquels le prophète royal, David, animait une lyre céleste par cet admirable cantique : « Je vois à votre droite, ô mon Prince, une reine en habillement d'or, enrichie d'une merveilleuse variété, toute la gloire de cette fille de roi est intérieure ; elle est néanmoins parée d'une broderie toute divine. Les vierges après elle se présenteront à mon roi, on les lui amènera dans son temple avec une sainte allégresse ('). » Cependant la Vierge elle-même tenait les esprits bienheureux dans un respectueux silence, tirant encore une fois du fond de son cœur ces excellentes paroles : « Mon âme exalte le Seigneur de tout son pouvoir; et mon esprit est saisi d'une joie infinie en Dieu mon Sauveur : parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante ; et voici que toutes les générations m'estimeront bienheureuse ('^). »

Serons-nous les seuls qui ne prendrons point de part à cette solennité ? et ne suivrons-nous point par nos applaudissements notre incomparable princesse ? Vierge sacrée, bien que nous soyons sur les rivages de Babylone, si est-ce néanmoins que nous ferons retentir nos hymnes jusques à la céleste Jérusalem ?

a. Is., VII, 14. — If. Ezech., XLiv, 2. — c. Ps., XLIV, 10, 14, 15. — «T. Lîic, i, 46-48.

FRAGMENT sur L'ASSOMPTION (■) de

LA SAINTE VIERGE, a Navarre, vers 165L

Les éditeurs l'ont interpolé dans le Premier sermon de l'Assomption (i66o).

APRES la triomphante Ascension du Sauveur Jésus et la descente tant promise et tant désirée de l'Esprit de Dieu, vous n'ignorez pas que la très heureuse Marie demeura encore assez longtemps sur la terre. De vous dire quelles étaient ses occupations et quels ses mérites pendant son pèlerinage, je n'estime pas que ce soit une chose que les hommes doivent entreprendre. Si aimer Jésus, si être aimé de Jésus, ce sont deux choses qui attirent les divines bénédictions sur les âmes, quel abîme de grâce n'avait point, pour ainsi dire, inondé celle de Marie! Qui pourrait décrire l'impétuosité de cet amour mutuel, à laquelle concourait tout ce que la nature a de tendresse, tout ce que la grâce a d'efficace? Jésus ne se lassait jamais de se voir aimé de sa Mère; cette sainte Mère ne crovait jamais avoir assez d'amour pour cet unique et ce bien-aimé; elle ne demandait autre grâce à son Fils sinon de l'aimer, et cela même attirait sur elle de nouvelles grâces.

Il est certain, chrétiens, nous pouvons bien avoir quelque idée grossière de tous ces miracles; mais de concevoir quelle était l'ardeur, quelle la véhémence de ces torrents de flammes, qui de Jésus allaient déborder sur Marie et de Marie retournaient continuellement à Jésus, croyez-moi, les Séraphins, tout brûlants qu'ils sont, ne le peuvent faire. Mesurez, si [vous] pouvez, à son amour la sainte impatience qu'elle avait d'être réunie à son Fils. Parce que le Fils de Dieu ne désirait rien tant que ce baptême sanglant qui devait laver nos iniquités, il se sentait pressé en soi-même d'une manière incroyable jusques à ce qu'il fût accompli (''). Quoi! il avait

a. Ljic.^ XII, 50.

\.Ms. au Grand-Sdminaire de Meaux (A. 6.)

jo SUR l'assomption de la s. vierge.

eu une telle impatience de mourir pour nous, et sa Mère n'en aurait point eu de vivre avec lui! Si le grand apôtre saint Paul ne (') se peut tenir en son corps et soupire avec un si grand empressement après son bon Maître, quelle devait être l'émotion du sang maternel? Quoi! disait-elle, quand elle voyait quelque fidèle partir de ce monde (par exemple saint Etienne, et ainsi des autres); quoi! mon Fils, à quoi me réservez-vous désormais ? et pourquoi me laissez-vous la dernière? S'il ne faut que du sang pour m'ouvrir les portes du ciel, vous qui avez voulu que votre corps fût formé du mien, vous savez bien qu'il est prêta être répandu pour votre service. J'ai vu dans le temple ce saint vieillard Siméon, après vous avoir amoureusement embrassé,ne demander autre chose que de quitter bientôt cette vie, tant il est doux de jouir même un moment de votre présence! Et moi je ne souhaiterais point de mourir bientôt, pour vous aller embrasser au saint trône de votre gloire! Après m'avoir amenée au pied de votre croix pour vous voir mourir, comment me refusezvous si longtemps de vous voir régner? Laissez, laissez seulement agir mon amour; il aura bientôt désuni mon âme de ce corps mortel, pour me transporter à vous, en qui seul je vis {%

1. Nous supprimons ici deux phrases interpolées dans une interpolation. Lâchât (XI, 310) les a reproduites, sans remarquer qu'elles étaient tirées de la Méditation pour la veille de V Assomption (1650).

2. Le reste delà deuxième feuil'.e du ms. est en blanc: apparemment le jeune auteur n'en a pas écrit davantage en cette circonstance.

SERMON POUR LA FETE du

ROSAIRE ('), prêché à Navarre, octobre 1651.

Ce long discours, dont j'ai vu des théologiens admirer la profondeur, a été assigné par erreur à la fête de la Compassion (2^ sermon). Le manuscrit indique formellement celle du Rosaire (f 149). Quant à la date, on ne saurait, avec Lâchât, la reculer jusqu'en 1655, puisque Bossuet, comme nous le verrons bientôt, y renvoie, le 8 septembre 1652. Gandar a bien su reconnaître ici une composition de Navarre ; il la choisit même comme type des essais de cette épo(\\xc {Bossuet orateur, 20-25). Les allusions aux calamités publiques avaient persuadé à tort au savant auteur des Études sur la vie et les ouvi'ages de Bossuet (Floquet, I, 261), qu'elle s'adressait à l'auditoire de Metz ; ces allusions ne conviennent que trop à la situation de la capitale elle-même pendant la Fronde. Le discours s'adresse aux auditeurs de l'extérieur.

Bossuet n'a pas compris parmi les œuvres qu'il résuma plus tard ce sermon d'écolier, touchant et naïf, mais un peu diffus. Le sommaire que donne Lâchât (IX, 523) est celui du sermon de 1657.

Dicitjestis Matri suœ : Mtdier^ ecce Filius tîius. Deinde dicit disci-pulo :

Ecce Mater tua.

JÉSUS dit à sa Mère: « Femme, voilà votre Fils. » Après il dit à son disciple : « Voilà votre mère. » {Joati.^ XIX, 26, 27.)

SI jamais l'amour est ingénieux, si jamais il produit de grands et de nobles effets, il faut avouer que c'est particulièrement à l'extrémité de la vie qu'il fait paraître ses plus belles inventions et ses plus généreux transports. Comme l'amitié semble ne vivre que dans la compagnie de l'objet aimé, quand elle se voit menacée d'une séparation éternelle, autant qu'une loi fatale l'éloigné de la (') présence, autant elle tâche de durer dans le souvenir. C'est pourquoi les amis mêlent ordinairement des actions et des paroles si remarquables parmi les douleurs vx

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