Var, appétits
déréglés les irritent (') et les fortifient. N'est-il pas vrai, chrétiens? moins une chose est permise, plus elle a d'attraits ; le devoir est une espèce de supplice ; ce qui plaît par raison ne plaît presque pas : ce qui est dérobé à la loi nous semble plus doux ; les viandes défendues nous paraîtront (^) plus délicieuses durant le temps de pénitence : la défense est un nouvel assaisonnement qui en relève le goût {'). Il semble que nous nous irritions contre la loi, de ce qu'elle contrarie nos désirs, et que nous prenions plaisir à notre tour de ('^) la contrarier par une espèce de dépit : tellement que nous vouloir contenir par la discipline, c'est nous faire déborder avec plus d'excès, et précipiter plus violemment notre liberté indocile et impatiente. C'est ce qui fait dire à l'Apôtre, que «le péché prend occasion du précepte {') pour nous tromper,» ç'est-à-dire, pour nous tenter davantage et plus dangereusement : Peccatîim, occasione accepta per inaiidatitm, seduxit me if). O Dieu, quel est donc notre égarement? et combien est éloignée l'arrogance humaine de l'obéissance qui vous est due, puisque même l'autorité de votre précepte nous est une tentation pour le violer !
Paraissez, ô très sainte Vierge ! paraissez, ô divin Jésus ! et fléchissez par votre exemple nos cœurs indomptables. Oui peut être exempt d'obéir, puisqu'un Dieu même se soumet? Quel prétexte (^) pouvons-nous trouver pour nous dispenser de la loi, après que la Vierge même se purifie, et ne croit point être excusée par sa pureté angélique d'une observance qui lui est si peu nécessaire ? Si la Loi qui a été donnée
a. Rom.^ vn, 11.
1. Var. les excitent, — les augmentent. — Fremière rédaction: les aiguisent...
2. Var. nous paraissent. — Ces variantes sont préférées au texte dans les éditions. Elles étaient le texte du brouillon.
3. Note marginale : Fallit e?iîin peccatiim fallaci dulcedme, gnia qua7ito minus licet, ianio magis lubet. Lisez : Fallit peccatuin fallaci dulcedine^ cutn tanto jnagis libet qiianto nii7ius licet. (S. Aug., De gjccest. ad Siniplic.^ lib. I.) — Les éditeurs introduisent cette note dans le texte, avec une traduction : « Ainsi le péché nous trompe par une fausse douceur, parce qu'il nous paraît d'autant plus agréable qu'il est moins permis. >
4. Edit. à. — Ces mots : « et que nous prenions plaisir... » sont une addition de la mise au net. De même plus haut : « le devoir est une espèce de supplice. »