‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 191 sur 573 · Var. éviter · texte numérisé non relu

Var. éviter

respecte en votre iureur l'ordre de son Père. Ainsi son innocence est abandonnée au débordement effréné de votre licence ('), et à la toute-puissance, si je puis l'appeler ainsi, de votre malice.

Si jamais il vous arrive, messieurs, de tomber entre les mains de vos ennemis, d'être décriés par leurs médisances, enveloppés dans leurs artifices, accablés par leur puissance et par leur crédit, souvenez-vous du Juste que vous voyez succomber aujourd'hui sous la malice obstinée de ses envieux. C'est là, je le confesse, la plus rude épreuve de la patience : on cède plus facilement dans les autres maux où la malice des hommes ne se mêle pas (^). Et la raison, chrétiens, c'est que par exemple dans les maladies un certain cours naturel des choses nous découvre plus clairement l'ordre de Dieu, auquel notre volonté quoique indocile voit bien néanmoins qu'il faut se rendre. Mais cet ordre,qui nous est montré dans les nécessités naturelles, nous est caché au contraire par la malice des hommes. Lorsque nous sommes circonvenus par des fraudes (^), par des injustices, par des tromperies ; lorsque nous voyons que « nos ennemis nous ont comme assiégés et environnés par des paroles de haine, » ainsi que parle le divin Psalmiste : Sermonibus (^) odii circumdederunt nie i^) ; et que, de quelque côté que nous nous tournions, leur malice a pris les devants et nous a fermé les portes de toutes parts (^), alors il est malaisé de reconnaître l'ordre d'un Dieu juste parmi tant d'injustices qui nous pressent ; et comme rien ne nous paraît que la malice des hommes qui nous trompent et qui nous oppriment (^), notre cœur croit

a. Ps.^ cvin, 2.

Page 1