Var. d'un poison si subtil
3. Edi'/. que Ton... — Mais dans la phrase suivante : ^ qu'on donne >...
agréable pour nous. C'est ce concours de leur complaisance avec la nôtre qui fait que la nôtre se croit bien fondée et s'imprime avec plus de force. Cette même complaisance nous revient par plusieurs endroits, et se réveille de toutes parts: quand nous la prenons toute seule, elle n'est pas moins dangereuse.
C'est, ma sœur, à cet excès qu'arrivent ceux qui ne se glorifient pas en Notre Seigneur, selon le précepte de l'Apôtre (''). « Maudit l'homme qui s'appuie et se plaît en l'homme ! » dit l'oracle de l'Ecriture (''). Et par là, dit saint Augustin (^), celui-là est maudit de Dieu, qui se plaît ou se confie en lui-même, parce que lui-même est un homme : de sorte qu'il ne suffit pas de vouloir être petit aux yeux de tous, si nous ne sommes petits à nous-mêmes, et si nous ne nous tenons les derniers de tous. « Chacun, par le sentiment d'une humilité sincère, doit croire les autres au-dessus de soi : » /;/ humilitaie siiperiores sibi invicem arbitrantes ('^).
Etudiez vos défauts : vous venez dans la religion pour vous détacher de vous-même. Séparée par l'obéissance de votre esprit propre et de vos propres lumières, vous commencerez à vous voir et à vous connaître dans une lumière supérieure.
La science la plus nécessaire à la vie humaine, c'est de se connaître soi-même ; et saint Augustin a raison de dire (') qu'il vaut mieux savoir ses défauts que de pénétrer tous les secrets des Etats, et de savoir démêler toutes les énigmes de la nature. Cette science est d'autant plus belle, qu'elle n'est pas seulement la plus nécessaire, mais la plus rare de toutes. Delictaqicis intelligit (f) ? « Qui est-ce qui connaît ses fautes ? » Nous jetons nos regards bien loin ; et pendant que nous nous perdons dans des pensées infinies, nous nous échappons à nous-mêmes. Tout le monde connaît nos défauts; ils font la fable du peuple ; nous seuls ne les savons pas : et deux choses nous en empêchent. Premièrement nous nous voyons de trop près ; l'œil se confond avec l'objet : nous ne sommes pas assez détachés de nous-mêmes pour nous considérer d'un regard distinct et nous voir d'une pleine vue.
a. I CûK, I, 31. — â./erem., xvii, 5. — c. Enchirid.^ n. 30. — d. Philip.^ n, 3. — e. De Trinit., lib. IV, n. i. — / Ps.^ XVIII, 13.
Secondement, et c'est le plus grand désordre, nous ne voulons pas nous connaître, si ce n'est par les beaux endroits ; nous nous plaignons du peintre qui n'a pas su couvrir nos défauts, et nous aimons mieux ne voir que notre ombre et notre figure, si peu qu'elle semble belle, que notre propre personne, si peu qu'il y paraisse d'imperfection. Cette ignorance nous satisfait ; et par la même faiblesse qui fait que nous nous imaginons être sains quand nous ne sentons pas nos maux, assurés quand nous fermons les yeux au péril ('), riches quand nous négligeons de voir l'embarras et la confusion de nos comptes et de nos affaires, nous croyons aussi être parfaits quand nous n'apercevons pas nos défauts. Quand notre conscience nous les reproche, nous nous étourdissons nous-mêmes.
Dans ce silence, dans cette retraite, envisagez vos défauts, connaissez exactement vos péchés : vous trouverez tous les jours de quoi vous déplaire à vous-même. « Dieu, dit saint Augustin, a voulu, pour nous empêcher de tomber dans l'orgueil, que nous eussions un besoin continuel de la rémission des péchés: » Ne superbi viverêmus, ttt sub quotidiana peccatorii^m remissione vivamus (f). Oui demande qu'on lui pardonne, ne croit pas mériter de gloire.
C'est (^) quelque chose de ferme et de vigoureux. Regardez ce qui reste à faire : vous n'avez rien moins que Jésus-Christ pour modèle. [Obligation (-^)] d'oublier ce qui est derrière vous, et de vous avancer sans cesse vers ce qui est devant vous : Quœ rétro sunt obliviscens, ad ea... quœ sunt priora extendens meipsum {^), Telle est la posture de l'humilité : « oubliant ce qui est derrière, et s'étendant au-devant de toute sa force, » elle porte ses regards bien loin devant soi, dans la crainte qu'elle a de se voir soi-même, et considère toujours ce qui reste à faire, pour n'être jamais flattée de ce qu'elle a fait.
a. Contra Julian., lib IV, cap. m, n. 28. — b. Philip., m, 13.