Var. que vous vous fiiez
pourquoi je ne vois point d'homme sensé qui ne se destine un lieu de retraite, qu'il regarde de loin comme un port dans lequel il se jettera, quand il sera poussé par les vents contraires. Mais cet asile que vous vous préparez contre la fortune est encore de son ressort ; et, si loin que vous étendiez votre prévoyance, jamais vous n'égalerez (') ses bizarreries. Vous penserez vous être munis d'un côté, la ruine (^) viendra de l'autre. Vous aurez tout assuré aux environs, l'édifice fondra tout à coup (^). Si le fondement est solide, un coup de foudre viendra d'en haut qui renversera tout de fond en comble. Je veux dire simplement et sans figure, que les malheurs nous assaillent et nous pénètrent par trop d'endroits, pour pouvoir être prévus et arrêtés de toutes parts. Il n'y a rien sur la terre, enfants, amis, dignités, emplois, où nous mettions notre appui (^), qui non seulement ne puisse manquer, mais encore ne puisse nous être tourné (^) en une amertume infinie ; et nous serions trop novices dans l'histoire de la vie humaine, si nous avions encore besoin qu^on nous prouvât cette vérité. Posons donc que ce qui peut arriver, ce que vous avez vu mille fois arriver aux autres, vous arrive aussi à vous-mêmes. Car sans doute, mes frères, vous n'avez point parmi vos titres de sauvegarde contre la fortune : vous n'avez ni de privilèges, ni d'exemptions contre les communes faiblesses. Faisons donc qu'il arrive que l'espérance de votre fortune soit ruinée (^) par quelque disgrâce, votre famille désolée par quelque mort désastreuse, votre santé ruinée par quelque cruelle rrialadie ; si vous n'avez quelque lieu où vous vous mettiez à couvert (7), vous essuierez tout du long la fureur des vents et