‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 458 sur 573 · Var. tout cendre qu'il est · texte numérisé non relu

Var. tout cendre qu'il est

3. Nous dirions des régicides, maintenant qu'un attentat semblable a tristement enrichi nos annales et notre langue. Bossuet assimile l'assassinat, juridique ou non, d'un roi à celui d'un père.

pupilles, et les reines mêmes ('), si absolus et si redoutés; quand on regarde la facilité incroyable avec laquelle la religion a été ou renversée ou rétablie, par Henri, par Edouard, par Marie, par Elisabeth, on ne trouve ni la nation si rebelle, ni ses parlements si fiers et si factieux : au contraire, on est obligé de reprocher à ces peuples d'avoir été trop soumis, puisqu'ils ont mis sous le joug leur foi même et leur conscience. N'accusons donc pas aveuglément le naturel des habitants de l'île la plus célèbre du monde, qui, selon les plus fidèles historiens, tirent leur origine des Gaules; et ne croyons pas que les Merciens, les Danois et les Saxons, aient tellement corrompu en eux ce que nos pères leur avaient donné de bon sang, qu'ils soient capables de s'emporter à des procédés si barbares, s'il ne s'y était mêlé d'autres causes. Qu'est-ce donc qui les a poussés ? Quelle force, quel transport, quelle intempérie a causé ces agitations et ces violences? N'en doutons pas, chrétiens, les fausses religions, le libertinage d'esprit, la fureur de disputer des choses divines sans fin, sans règle, sans soumission, a emporté les courages. Voilà les ennemis que la reine a eu à combattre (^), et que ni sa prudence, ni sa douceur, ni sa fermeté, n'ont pu vaincre.

J'ai déjà dit quelque chose de la licence où se jettent les esprits, quand on ébranle les fondements de la religion, et qu'on remue les bornes une fois posées. Mais, comme la matière que je traite me fournit un exemple manifeste, et unique dans tous les siècles, de ces extrémités furieuses, il est, messieurs, de la nécessité de mon sujet, de renfionter jusques au principe, et de vous conduire pas à pas par tous les excès où le mépris de la religion ancienne et celui de l'autorité de l'Eglise ont été capables de pousser les hommes.

Donc la source de tout le mal est que ceux qui n'ont pas

1. Les uns et les autres sont nommés dans la suite de la phrase. Ces princes et princesses qui imposaient des dogmes à leurs sujets furent Henri VIII et ses enfants : Edouard VI, qu'il eut de Jeanne Seymour ; Marie Tudor, qu'il eut de Catherine d'Aragon , Elisabeth, qu'il eut d'Anne de Boleyn.

2. En rappelant ainsi à propos le souvenir de son héroïne, l'orateur reste toujours en vue de son sujet proprement dit, « alors même, dit M. Jacquinet, qu'il s'élève beaucoup au-dessus. » — L'accord, du participe, aujourd'hui facultatif, n'avait pas lieu dans ces sortes de phrases.

ORAISON ?^UNÈHRE

craint de tenter au siècle passé la réformation par le schisme, ne trouvant point de plus fort rempart contre toutes leurs nouveautés, que la sainte autorité de l'Église, ils (') ont été obligés de la renverser. Ainsi les décrets des conciles, la doctrine des Pères, et leur sainte unanimité, l'ancienne tradition du Saint-Siège et de l'Eglise catholique, n'ont plus été comme autrefois des lois sacrées et inviolables. Chacun s'est fait à soi-même un tribunal où il s'est rendu l'arbitre de sa croyance ; et, encore qu'il semble que les novateurs aient voulu retenir les esprits en les renfermant dans les limites de l'Écriture sainte, comme ce n'a été qu'à condition que chaque fidèle en deviendrait l'interprète, et croirait que le Saint-Esprit lui en dicte l'explication, il n'y a point de particulier qui ne se voie autorisé par cette doctrine à adorer ses inventions, à consacrer ses erreurs, à appeler Dieu tout ce qu'il pense (^). Dès lors on a bien prévu que, la licence n'ayant plus de frein, les sectes se multiplieraient jusqu'à l'infini ; que l'opiniâtreté serait invincible ; et que tandis que les uns ne cesseraient de disputer, ou donneraient leurs rêveries pour des inspirations, les autres, fatigués de tant de folles visions, et ne pouvant plus reconnaître la majesté de la religion déchirée par tant de sectes, iraient enfin chercher un repos funeste et une entière indépendance dans l'indifférence des religions (3), ou dans l'athéisme.

Tels, et plus pernicieux encore, comme vous verrez dans la suite, sont les effets naturels de cette nouvelle doctrine. Mais de même qu'une eau débordée ne fait pas partout les mêmes ravages, parce que sa rapidité ne trouve pas partout les mêmes penchants et les mêmes ouvertures; ainsi, quoique cet esprit d'indocilité et d'indépendance soit également répandu dans toutes les hérésies de ces derniers siècles, il

Page 1