‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 467 sur 573 · Var. honteux d'avoir tant pu · texte numérisé non relu

Var. honteux d'avoir tant pu

2. L'histoire n'aura pas tant d'indulgence pour un prince frivole et dissolu. Mais au début de son règne, il s'était fait une réputation telle, que ce qui donna le plus d'émulation à Louis XIV pour s'appliquer aux affaires du gouvernement, ce furent, selon madame de Motteville, <L les grandes louanges qu'il entendait lui donner sur la manière dont il gouvernait son royaume. »

3. Bossuet avait dit à Henriette elle-même, dès l'époque du rétablissement de son fils sur le trône : i. Grande et auguste reine, en laquelle Dieu a montré de nos jours un spectacle si surprenant de toutes les révolutions des choses humaines, et qui seule 71^ êtes poijtt changée aî( milieu de tant de changements... » (Voy. l'allocution entière, t. III, p. 474, 475.)

retour dans son cœur. Elle vit avec étonnement que Dieu, qui avait rendu inutiles tant d'entreprises et tant d'efforts, parce qu'il attendait l'heure qu'il avait marquée, quand elle fut arrivée, alla prendre comme par la main le roi son fils, pour le conduire à son trône. Elle se soumit plus quejamais à cette main souveraine, qui tient du plus haut des cieux les rênes de tous les empires (') ; et, dédaignant les trônes qui peuvent être usurpés, elle attacha son affection au royaume où l'on ne craint point d'avoir des égaux (^), et où l'on voit sans jalousie ses concurrents. Touchée de ces sentiments, elle aima cette humble maison (2) plus que ses palais. Elle ne se servit plus de son pouvoir que y-^nr protéger la foi catholique, pour multiplier ses aumônes, et pour soulager plus abondamment les familles réfugiées de ses trois royaumes, et tous ceux qui avaient été ruinés pour la cause de la religion, ou pour le service du roi.

Rappelez en votre mémoire avec quelle circonspection elle ménageait le prochain, et combien elle avait d'aversion pour les discours empoisonnés de la miédisance. Elle savait de quel poids est, non seulement la moindre parole, mais le silence même des princes ; et combien la médisance se donne d'empire, quand elle a osé seulement paraître en leur auguste présence. Ceux qui la voyaient attentive à peser toutes ses paroles, jugeaient bien qu'elle était sans cesse sous la vue de Dieu, et que, fidèle imitatrice de l'institut de Sainte-Marie, jamais elle ne perdait la sainte présence de la majesté divine. Aussi rappelait-elle souvent ce précieux souvenir par l'oraison, et par la lecture du livre de l'Imitation de Jésus, où elle apprenait à se conformer au véritable modèle des chrétiens. Elle veillait sans relâche sur sa conscience. Après tant de maux et tant de traverses, elle ne connut plus d'autres ennemis que ses péchés. Aucun ne lui sembla léger:

1. Bossuet, qui se souvenait tout à l'heure de ses Sermo7is, se souviendra de cette phrase dans un passage célèbre du Discours sur P Histoire universelle : «Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de tous les royaumes...» (III^ part, ch. VIII.)

2. En note le texte de saint Augustin, qui a inspiré cette pensée : Plus amant tllud regnum in guonofi ti>nent habere consortes. (De Civit. Dei, lib. V, cap. xxiv.

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