‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 81 sur 573 · Var. un secret gémissement · texte numérisé non relu

Var. un secret gémissement

SUR l'enfant prodigue. 83

regret funeste et déplorable, qui renouvelle en un moment tous les crimes, qui efface tous les regrets de la pénitence, et qui livre notre âme malheureuse (') à une suite éternelle de regrets furieux et désespérants, qui ne recevront jamais d'adoucissement ni de remède !

Au contraire, un homme de bien, que les douleurs de la pénitence ont <iétaché de bonne foi des joies sensuelles, n'aura rien à perdre en ce jour ; le détachement des plaisirs le désaccoutume du corps ; et ayant, depuis fort longtemps, ou dénoué, ou rompu ces liens délicats qui nous y attachent, il aura peu (^) de peine à s'en séparer. Un tel homme, dégagé du siècle, qui a mis toute son espérance en la vie future, voyant approcher la mort, ne la nomme ni cruelle ni inexorable ; au contraire, il lui tend les bras, il lui montre luimême l'endroit où elle doit frapper son dernier coup.O mort, lui dit-il d'un visage ferme, tu ne me feras aucun mal, tu ne m'ôteras rien de ce qui m'est cher. Tu me sépareras de ce corps mortel ; ô mort, je t'en remercie : j'ai travaillé toute ma vie à m'en détacher. J'ai tâché durant tout son cours (^) de mortifier mes appétits sensuels ; ton secours, ô mort, m'était nécessaire pour en arracher jusqu'à la racine : ainsi, bien loin d'interrompre le cours de mes desseins, tu ne fais que mettre la dernière main à l'ouvrage que j'ai commencé. Tu ne détruis pas ce que je prétends ; mais tu l'achèves. Achève donc, ô mort favorable, et rends-moi bientôt à Celui que j'aime !

Page 1