XIV INTRODUCTION
goûté l'emploi tout simple du mot propre, rude ou archaïque, ceux qui avaient été élevés dans le culte des « termes généraux, » chers à Buffon, et qui, préoccupés par dessus tout de la noblesse du style, faisaient bon marché de la précision, de même qu'ils sacrifiaient volontiers, dans la composition même, l'ordre réel et nécessaire à un faux-semblant de régularité et de symétrie? Nous trouverons assez souvent dans nos deux premiers volumes, surtout au début, des exemples de la prétendue rouille qu'on reprochait à notre auteur. Aujourd'hui, au contraire, il ne manquerait pas de gens disposés à admirer, comme une audace transcendante, tout ce qui ressemble à une anomalie. C'est un autre excès, qui n'est guère plus raisonnable ; et les retouches de l'auteur, où il n'y a pas seulement des embellissements, mais aussi des corrections reconnues nécessaires, nous avertissent de temps en temps de ne pas admirer aveuglément tout ce qui est sorti de sa plume. Santeul écrivait : « Le grand Corneille me dit très souvent, lui dont le théâtre est si bien paré, qu'il sera un jour habillé à la vieille mode 1. » Bossuet et Pascal auraient pu faire la même plainte. Et le premier n'a-t-il pas dit, dans son Discours de réception h V Académie française: «Comment peut-on confier des actions immortelles à des langues toujours incertaines et toujours changeantes? et la nôtre en particulier pouvait-elle promettre l'immortalité, elle dont nous voyons tous les jours passer les beautés, et qui devenait barbare à la France même dans le cours de peu d'années? » Il parlait ainsi en 1671, et il aurait pu alléguer ce qu'il avait plus d'une fois expérimenté, depuis plus de vingt* ans que les chaires de la province ou de la capitale entendaient sa voix. On est tenté de se demander si ses exemples n'auraient pas eu à eux seuls plus d'efficacité pour fixer la langue que l'autorité de tous les académiciens réunis, et si nombre de locutions qui ont vieilli auraient éprouvé cette décadence, à supposer qu'il eût fait imprimer ses sermons. On avait si peu de prose classique à l'époque où la plupart furent prononcés ! Leur éclat n 'eût-il pas
1. Képonse à la critique des inscriptions faites pour l'arsenal de Brest (1679).