Luc, xi, 24. que ses poursuites sont opiniâtres
de sa providence ; s'il se roidit avec tant de fermeté contre Dieu, bien qu'il sache que tous ses efforts seront inutiles; que n*entreprendra-t-il pas contre nous, dont il a si souvent expérimenté la faiblesse? Ainsi je vous avertis, mes chers Frères, de vous défier toujours de cet ennemi : quand même vous le surmontez, vous ne domptez pas son audace, mais vous enflammez son indignation : « Tune plurimum accenditur , cum extinguitur, dit Tertullian * : Quand on l'éteint, c'est alors qu'il s'allume. » Il veut dire que ce superbe, cet audacieux ne croira jamais que vous soyez capable [s] de lui résister ; et plus vous ferez d'effort, plus il dressera contre vous ses diverses et furieuses machines.
Vous vous imaginez peut-être, Fidèles, que s'il est si audacieux, il vous attaquera par la force ouverte. Ha ! qu'il n'en est pas de la sorte! Il est vrai, c'est l'ordinaire des orgueilleux d'exercer ouvertement leurs inimitiés ; mais l'inimitié de Satan n'est pas d'une nature vulgaire : elle est mêlée d'une noire envie qui le ronge éternellement. Il ne peut souffrir que nous vivions dans l'espérance de la félicité qu'il a perdue, que Dieu par sa grâce nous égale aux anges, que son Fils se soit revêtu d'une chair humaine pour nous faire des hommes divins. Il enrage, quand il considère que les serviteurs de Jésus, hommes misérables et pécheurs, assis dans des trônes augustes, le jugeront à la fin des siècles avec les anges ses sectateurs. Cette envie le brûle plus que ses flammes. C'est, mes Frères, ce qui lui fait embrasser les fraudes et les tromperies; parce que l'envie, comme vous savez, est une passion froide et obscure, qui ne parvient à ses fins que par des secrètes menées. Et c'est par là que Satan est infiniment redoutable; ses finesses sont plus à craindre que ses violences. De même qu'une vapeur pestilente se coule au milieu des airs, et, imperceptible à nos sens, inspire2 son venin dans nos cœurs ; ainsi cet esprit malin, par une subtile et insensible contagion, corrompt la pureté de nos âmes. Nous ne nous apercevons pas qu'il agit en nous, parce qu'il suit le courant de nos inclinations. Il nous pousse