‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 302 sur 441 · Proposition participe : sorte 2. Coloss.. il · texte numérisé non relu

Proposition participe : sorte 2. Coloss.. il

d'ablatif absolu. 3. I Cor., il. 1 et seq.

faisons gloire de ne savoir autre chose que Jésus-Christ. Et certes, ce serait en vain que nous rechercherions d'autres instructions, puisque, par le Verbe fait homme, la Science elle-même nous a parlé; et que la Sagesse, pour nous enseigner, a fait devant nous ce qu'il fallait faire, et que la Vérité même s'est manifestée à nos esprits et s'est rendue sensible à nos yeux.

Voilà de quelle sorte Jésus-Christ, notre grand pontife, a porté sur lui-même la doctrine et la vérité. Mais d'autant que c'est à la croix qu'il a particulièrement exercé sa charge de souverain prêtre, c'est là, c'est là, mes Frères, que, malgré la fureur de ses ennemis et la honte de sa nudité ignominieuse, il nous a paru le mieux revêtu de ses beaux ornements de doctrine et de vérité. Jésus était le livre où Dieu a écrit notre instruction ; mais c'est à la croix que ce grand livre s'est le mieux ouvert, par ses bras étendus, et par ses cruelles blessures, et par sa chair percée de toutes parts ; car, après une si belle leçon, que nous reste-t-il à [ap] prendre ? Fidèles, ce qui nous abuse, ce qui nous empêche de reconnaître le souverain bien, qui est la seule science profitable, c'est l'attachement et l'aveugle estime que nous avons pour les biens sensibles. C'est ce qui a obligé le Sauveur Jésus à choisir volontairement les injures, les tourments et la mort. Bien plus, il a choisi de toutes les injures les plus sensibles, et de tous les supplices le plus infâme, et de toutes les morts la plus douloureuse ; afin de nous faire voir combien sont méprisables les choses que les mortels abusés appellent des biens, et qu'en quelque extrémité de misère, de pauvreté, de douleurs que l'homme puisse être réduit, il sera toujours puissant, abondant, bienheureux, pourvu que Dieu lui demeure.

Ce sont ces vérités, Chrétiens, que le grand pontife Jésus nous montre écrites sur son corps déchiré, et c'est ce qu'il nous crie par autant de bouches qu'il a de plaies: de sorte que sa croix n'est pas seulement le sanctuaire d'un pontife et l'autel d'une victime, mais la chaire d'un maître et le trône d'un législateur. De là vient que l'apôtre saint Paul, après avoir dit qu'il ne sait autre chose que Jésus-Christ, il ajoute aussitôt : Et

Sermons de Bossuet. 26

Jésus-Christ crucifié ; parce que, si ces vérités chrétiennes nous sont montrées dans la vie de Jésus, nous les lisons encore bien plus efficacement dans sa mort, scellées et confirmées par son sang : tellement que Jésus crucifié, qui a été le scandale du monde et qui a paru ignorance et folie aux philosophes du siècle, pour confondre l'arrogance humaine est devenu le plus haut point de notre sagesse.

Ha ! que l'admirable Bernard s'était avancé dans cette sagesse! Il était toujours au pied de la croix, lisant, et contemplant, et étudiant ce grand livre. Ce livre fut son premier alphabet dans sa tendre enfance ; ce même livre fut tout son conseil dans sa sage et vénérable vieillesse. Il en baisait les sacrés caractères ; je veux dire ces aimables blessures, qu'il considérait comme étant encore toutes fraîches et toutes vermeilles, et teintes de ce sang précieux qui est notre prix et notre breuvage. Il disait avec l'apôtre saint Paul 1 : Que les sages du monde se glori [fient], les uns de la connaissance des astres, et les autres des éléments ; ceux-là de l'histoire ancienne et moderne, et ceux-ci de la politique; qu'ils se vantent, tant qu'il leur plaira, de leurs inutiles curiosités : pour moi, si Dieu permet que je sache Jésus crucifié, ma science sera parfaite, et mes désirs seront accomplis. C'est tout ce que savait saint Bernard ; et comme l'on ne prêche que ce que l'on sait, lui, qui ne savait que la croix, ne prêchait aussi que la croix.

La science de la croix fait les chrétiens ; la prédication de la croix produit les apôtres2. C'est pourquoi saint Paul, qui se glorifie de ne savoir que Jésus crucifié, publie ailleurs hautement qu'il ne prêche que Jésus crucifié3. Ainsi faisait le dévot saint Bernard. Je vous le ferai voir en particulier et dans sa cellule étudiant la croix de Jésus, afin que vous respectiez la vertu de ce bon et parfait chrétien ; mais après je vous le représenterai dans les chaires et dans les fonctions ecclésiastiques, prêchant et annonçant la croix de Jésus, afin que vous glorifiiez Dieu, qui nous a envoyé cet apôtre.

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