Gen., xxvm, 12. que de faire mal si celui-ci avait
4. Lâchât : Est-ce pas...? — Cet bien fait. Ici c'était le cas. éditeur, même quand il n'avait pas
que nous sommes justifiés par son sang1, qui pourrait dire la tendresse de son amour ? Or, si Dieu a usé envers nous d'une telle miséricorde pendant que nous étions des rebelles, que ne fera-t-il pas, maintenant que par la croix du Sauveur nous sommes devenus ses enfants? Et celui qui nous a donné son Fils unique, que nous pourra-t-il [p. 23] refuser2?
Pour moi, je vous l'avoue, Chrétiens, c'est là toute ma gloire, c'est là mon unique consolation : autrement, dans quel désespoir ne me jetterait pas le nombre infini de mes crimes? Quand je considère le sentier étroit sur lequel Dieu m'a commandé de marcher, et l'incroyable difficulté qu'il y a de retenir, dans un chemin si glissant, une volonté si volage et si précipitée que la mienne ; quand je jette les yeux sur la profondeur immense du cœur humain, capable de cacher dans ses replis tortueux tant d'inclinations corrompues, dont nous n'aurons nous-mêmes nulles connaissances ; je frémis d'horreur, ô Fidèles, et j'ai juste sujet de craindre qu'il ne se trouve beaucoup de péchés dans les choses qui me paraissent les plus innocentes. Et quand même je serais très juste devant les hommes, ô Dieu éternel, quelle justice humaine ne disparaîtra pas devant votre face ? Et qui serait celui qui pourrait justifier sa vie, si vous entriez avec lui dans un examen rigoureux3 ? Si le grand apôtre saint Paul, après avoir dit avec une si grande assurance qu'il ne se sent point coupable en lui-même, ne laisse pas de craindre de n'être pas justifié devant vous 4, que dirai-je, moi misérable ? et quels devront donc être les troubles de ma conscience? Mais, ô mon pontife miséricordieux, mon pontife fidèle et compatissant à mes maux, c'est vous qui répandez une certaine sérénité dans mon âme. Non, tant que je pourrai embrasser votre croix, jamais je ne perdrai l'espérance; tant que je vous verrai à la droite [p. 24] de votre Père avec une nature semblable à la mienne, portant encore sur votre chair les cicatrices de ces aimables blessures que vous avez reçues pour l'amour de moi, je ne croirai jamais que le genre humain vous déplaise, et la terreur