Cor., x. 11. 4. Rom., x
Sermons de Bossuet. SI
les prophètes soupiraient perpétuellement après sa venue, parce qu'il était la fin de la Loi et le sujet principal de ses prophéties. D'où il s'ensuit manifestement que toutes les cérémonies de la Loi, toutes ses solennités, tous ses sacrifices regardaient uniquement le Sauveur; et qu'il n'y a page dans les Écritures en laquelle nous ne le vissions, si nous avions les yeux assez épurés.
Et certes, puisqu'il plaisait à notre grand Dieu de se revêtir d'une chair humaine, il était convenable, mes Sœurs, que, de même que, ce mystère étant accompli, nous en célébrons la grandeur par de pieuses actions de grâces, aussi ceux qui en ont précédé l'accomplissement vécussent dans l'attente de ce bonheur qui devait arriver à notre nature. Il est vrai que le Verbe éternel, en se faisant homme, est né dans un temps limité ; car c'est une suite de la condition humaine. L'éternité s'est alliée avec le temps, afin que ceux qui sont sujets au temps pussent aspirer à l'éternité. Mais encore que la venue du Sauveur fût arrêtée à un temps certain par les ordres de la Providence divine ; toutefois il faut avouer que le mystère du Verbe fait chair devait remplir et honorer tous les temps. C'est pourquoi il était à propos qu'où il n'était pas par la vérité de sa présence, il y fût du moins d'une autre manière par des figures très excellentes. Et de là vient que la loi de Moïse est pleine de merveilleuses figures qui nous représentent le Sauveur Jésus.
En effet, je vous demande, mes très chères Sœurs, d'où vient tant de sang répandu dans les cérémonies anciennes, sinon pour représenter le sang de Jésus? Pourquoi est-ce que par le sang de l'agneau le peuple est délivré du glaive vengeur qui désola les maisons des Égyptiens? pourquoi est-ce que l'alliance est signée et ratifiée par le sang? pourquoi n'y a-t-il point d'entrée dans le sanctuaire, si le pontife n'a les mains teintes du sang des victimes? pourquoi les crimes sont-ils expiés, les pontifes et leurs vêtements consacrés par le sang versé dans le sacrifice? le sang des animaux égorgés était-il suffisant pour apaiser Dieu? était-il capable de purifier l'homme? Si ce n'est pour nous faire entendre
qu'il n*y a ni délivrance, ni consécration., ni alliance, ni expiation, ni salut, que par le sang de l'Agneau sans tache, qui a été tué, dit saint Jean l3 dès l'origine du monde: tué, dis-je, dès l'origine du monde, parce que, dès l'origine du monde, sa mort a été figurée par une multitude infinie de sacrifices sanglant-.. C'est ce qui fait dire à Tertullien : O Christum in novis veterem2 ! Oh ! que Jésus-Christ est ancien dans la nouveauté de son Évangile ! Ce que nous honorons est nouveau, parce que Jésus-Christ l'a mis dans un nouveau jour3 ; ce que nous honorons est ancien, parce que la figure s'en trouve dès les premiers temps. La Loi est un Évangile caché, et l'Évangile est une Loi expliquée.
Et c'est ce qu 'exprime l'apôtre saint Paul en ces excellentes paroles : la Loi a l'ombre des cJioscs futures, et non point la vive image4 des choses. Que veut dire ce grand apôtre, que la Loi a l'ombre et non point la vive image? La comparaison est prise de la peinture. Le peintre dessine le portrait du roi. Vous en voyez déjà quelque ressemblance dans les premiers crayons du tableau : ce sont ses traits, c'est sa taille, c'est son air, c'est l'image du prince que vous y voyez; mais quand l'ouvrage sera accompli, c'est alors que le roi paraîtra avec 5 sa majesté naturelle. Ainsi la Loi avait Jésus-Christ dans des ombres et dans des figures, et comme dans un crayon imparfait ; mais elle n'avait pas l'image finie. Et de même que la peinture achevée efface les linéaments imparfaits, ainsi la beauté parfaite de l'Évanuile efface l'imperfection de la Loi par des couleurs plus vives et plus éclatantes. C'est pourquoi Jésus-Christ change l'eau en vin, c'est-à-dire la loi de Moïse en son Évanuile6.