Rom., vin
En combattant la concupiscence, il commence à établir nos cœurs dans la paix : nous verrons donc enfin cette bienheureuse journée en laquelle, sans trouble, sans douleurs, sans inquiétude, nous jouirons éternellement avec Dieu d'une pleine paix. Cette pauvre chair corruptible est déjà en quelque sorte vivifiée par le Saint- Esprit : elle vivra entièrement d'une vie divine et par conséquent immortelle. Toutes ces choses se commencent en nous ; et d'autant qu'elles s'y commencent par l'Esprit de Dieu, il n'y a aucune puissance en ce monde qui puisse empêcher le progrès de ce grand ouvrage. Nous seuls y pouvons apporter obstacle, parce que notre consentement y est nécessaire. Pour recevoir les bienfaits de Dieu, il faut que nous nous plaisions dans ses volontés. Tout s'accomplira, si nous le voulons: et nous ne le voulons pas ! Quelle fureur ! Quel aveuglement 1 Chrétien1, dans ces saintes solennités, tu as bu à la fontaine de vie dans la source des sacrements. Tu as reçu la grâce, je le veux croire ; tu as repris une vie nouvelle avec Jésus-Christ. Cette vie nouvelle n'est que commencée ici-bas, et quand elle sera consommée, elle aura tous ces admirables effets que je te représentais tout à l'heure. Dans un mois, dans dix jours, dans trois jours peut-être, tes anciennes habitudes se réveilleront. L'ivrognerie, l'impudicité, la vengeance te rappelleront à leurs faux plaisirs. Tu avais pardonné une injure2; le venin de la haine reprendra ses forces. Arrête, misérable ; considère : hé ! que de belles espérances tu vas détruire ! hé ! que de beaux commencements tu vas arrêter ! Si c'est une malice insupportable de déraciner la première verdure des champs, parce qu'elle est l'espérance de nos moissons ; si nous tenons à très grande injure que l'on arrache dans nos jardins une jeune J plante, parce qu'elle nous promettait4 de beaux fruits,
1. Cette péroraison est entrée, sans manuscrit (Edit, Gazier, p. 144). Ici
aucune correction, dans le sermon encore, il aura modifié telle pensée,
du Carême des Minimes. Il est bien ou telle expression. L'appellation
certain que Bossuet ne l'a pas redite Fid<les, qu'il n'a pas remplacée, n'a
textuellement. Dans le sermon du pas dû être employée à Paris,
dimanche précédent, il avait fait en- 2. Var. : pardonné à tes ennemis,
tendre « une forte réflexion sur les 3. Tar. : belle,
changements précipités de l'hon- 4. Var. : parce qu'elle devait ap-
neur. .. >, simplement indiquée au porter de beaux fruits. — Les édl>
quelle est notre folie, quelle injure nous faisons-nous à nous-mêmes, à l'Église, à l'Esprit de Dieu, de chasser cet Esprit qui commençait en nous un si grand ouvrage, de mépriser la grâce qui est une semence d'immortalité, de perdre la vie nouvelle qui, croissant tous les jours, fût venue à cette perfection que je vous ai dite !
Par conséquent, mes Frères, comme Jésus-Christ est ressuscité, ainsi marchons en nouveauté de vie. Puisque nous sommes ici-bas, en cet exil du monde, parmi tant de maux, songeons qu'il n'est rien de meilleur que cette belle, cette illustre espérance que Dieu nous présente par Jésus-Christ. Après avoir confessé nos péchés dans 1 humilité de la pénitence, cessons, cessons d'aimer ce que nous avons détesté solennellement devant le ministre de la sainte Église, en présence de Dieu et de ses saints anges. N'allons point aux eaux infectées, après nous être lavés au sang de Jésus. Après avoir communiqué à son divin corps, qui est le gage de notre glorieuse résurrection, ne communiquons point à Satan, ni à sa pompe, ni à ses œuvres. Que la joie sainte de l'Esprit de Dieu surmonte la fausse joie de ce monde!
Je me souviens ici, Chrétiens, de la joie1 divine et spirituelle qui était autrefois dans l'Église au saint jour de Pâques. C'était vraiment une joie divine, une joie qui honorait Jésus-Christ, parce qu'elle n'avait point d'autre objet que la gloire de son triomphe. C'était pour cela que les déserts les plus reculés et les solitudes les plus affreuses prenaient une face riante. Maintenant nous nous réjouissons, il n'est que trop vrai ; mais ce n'est pas vous, mon Sauveur, qui êtes la cause de notre joie. Nous nous réjouissons de ce qu'on pourra faire bonne chère en toute licence : plus de jeûnes, plus d'austérités ! Si peu de soin que nous avons peut-être apporté pendant le carême à réparer les désordres de notre vie2, nous nous en relâcherons tout à fait. Le saint jour de Pâques, destiné pour nous faire commencer une vie nouvelle avec le Sauveur, va ramener sur
tours, brouillant ces variantes, im- 2. Var. : de nos appétits. — C'était
priment : « elle nous promettait une seconde rédaction. Bossuet re-
<T apporter. . . î> vient à la première, qu'il récrit. 1 . Var. : de l'allégresse.
la terre les pernicieuses délices du siècle, si toutefois nous leur avons donné quelque trêve, et ensevelira dans l'oubli la mortification et la pénitence; tant la discipline est énervée parmi nous ! Nous croyons avoir assez fait quand nous nous sommes acquittés pour la forme d;une confession telle quelle et d'une communion qui peut-être est un sacrilège. Mais quand même elle serait sainte, comme je le veux présumer, vous n'avez fait que la moitié de l'ouvrage.
Fidèles, je vous en avertis de la part de Dieu: la principale partie reste à faire, qui est d'amender votre mauvaise vie, de corriger le dérèglement de vos mœurs, et de déraciner ces habitudes invétérées qui vous sont comme passées en nature. Si vous avez été justifiés, j'avoue que vous n'avez plus à craindre la damnation éternelle ; mais ne vous imaginez pas pour cela être en sûreté. Craignez vos mauvaises inclinations ; craignez ces objets qui vous plaisent trop 1, craignez ces dangereuses rencontres dans lesquelles votre innocence a déjà tant de fois fait naufrage ; que votre expérience vous fasse prudents, et vous oblige à une précaution salutaire.
Car la pénitence a deux qualités qui sont toutes deux également saintes et inviolables. Retenez ceci, s'il vous plaît : la pénitence a deux qualités : elle est le remède pour le passé; elle est une précaution pour l'avenir. La disposition pour la recevoir comme remède de nos désordres passés, c'est la douleur des péchés que nous avons commis. La disposition pour la recevoir comme précaution de l'avenir, c'est une crainte filiale des péchés que nous pouvons commettre et des occasions qui nous y entraînent. Gardons-nous bien, Fidèles, de violer la sainteté de la pénitence en l'une ou en l'autre de ses parties, de peur de faire injure à la grâce et à la libéralité du Sauveur.
Par conséquent ne perdons jamais cette crainte respectueuse qui est l'unique garde de l'innocence. Craignons de perdre Jésus, qui nous a gagnés par son sang. Partout où je le vois, il nous tend les bras ; Jésus-Christ
1. Var. : plus qu'il n'est conve- au corps du Sauveur nable à un chrétien qui a participé
nous tend les bras à la croix : Venez, dit-il, mourir avecmoi. Jésus-Christ sortant du tombeau, victorieux de la mort, il nous tend les bras : Venez, dit-il, ressusciter avec moi. Jésus-Christ à la dextre1 du Père nous tend les bras : Venez, dit-il, régner avec moi. Vous serez, vous serez un jour tels que je suis en cette glorieuse demeure2. Vivez, consolez-vous, réjouissez-vous dans cette espérance. Je suis heureux, je suis immortel : soyez immortels à la grâce ; vous obtiendrez enfin dans le ciel le dernier accomplissement de la vie nouvelle, c'est-àdire la justice parfaite, la paix assurée, l'immortalité de l'âme et du corps. Amen.