DE LA PÉNITENCE
Ou nous faisons l'ordre, ou nous le souffrons. Dieu répare l'injustice de notre crime par la justice de notre peine.
Il n'est pas malaisé de prouver que Dieu accuse les pécheurs. Il a gravé en eux sa loi éternelle, c'est la conscience ; c'est cette loi qui nous accuse : Accusantibus aut defendentïbus1. En cette vie, elle nous accuse intérieurement ; mais le sentiment n'en est pas bien vif, parce que nous l 'étouffons par nos crimes, parce que notre âme est comme endormie, charmée par les faux plaisirs de la terre et par une certaine illusion des sens. Et toutefois sa force paraît en ce que nous ne pouvons l'arracher: elle ne laisse pas de se faire entendre. En l'autre vie, elle agira dans toute sa force : la force de l'accusateur est dans le jugement. En ce monde, il suffit qu'elle nous avertisse; en l'autre, il faudra qu'elle nous convainque. Les consciences sont les livres qui seront ouverts: manifestabimur, apparebimus. Nous y serons découverts par cette lumière infinie qui pénètre le secret des cœurs. Là paraîtra cette méchanceté, cette perfidie pour laquelle tu ne croyais pas pouvoir rencontrer des ténèbres assez épaisses. Là seront exposées en plein jour tes honteuses et criminelles passions, tes abominables plaisirs. Cet accusateur inflexible exagérera l'horreur de ton crime. Ta conscience parlera contre toi devant Dieu, devant les anges et devant les hommes. Comment pourras-tu te défendre contre un accusateur si sincère?
La honte née du désordre, établie contre le désordre. Sacrifie à Dieu la honte que tu avais immolée au diable.
Dieu, pour montrer qu'il ne nous abandonnait pas à nos passions, nous a donné la honte pour retenir leur emportement.
1 Rom., il, 13.
PermonE de Bo^suet.