‹ Œuvres pastorales et oratoires (volume 2)Chapitre 20 sur 44 · IS. LIV · texte numérisé non relu

IS. LIV

f' '«stMeuremeot par l'œuvre des hommes ^t h la I façon des cboscs huniaincs; car la sagesse de Dieu demande que loules clioses soient ordonnées et conduites à leur terme de la fa(;on ijni couvient à la nature de cliacune. Mais il n'y a pas un seul et unique genre d'hommes et d'œuvres il l'aide desquels se produise l'accession de nouveaux citoyens il celle Sion de ia terre. En ellet, la première place est duo à ceux qui prêchent la parole de Dieu: c'est ce que le Christ a enseigné par ses exemples et par ses oracles; c'est ce que l'apôtre Paul inculquait en ces termes : Comment croirontib en celui dont ils n'auront point entendu parler? Et eommrjit entendront-ils parler si personne ne le leur prêche ? La foi vient donc de f audition, et taudition est donnée par la parole du Christ (1). Cette fonction appartient h ceux qui ont été légitimement initiés au ministère sacré. Mais l'assistance «t le zitle que leur apportent ceu:£ qui ont coutume de fournir les secours d'ordre matériel ou d'attirer par les prières qu'ils adressent à Dieu les gr&ces célestes, sont considérables. C'est pourquoi l'Evangile donne des éloges aux femmes qui assistaient de leurs biens (2) Jésus-Christ prêchant le ruyaume

Ide Dieu ; et Paul atteste que ceux qui annoncent l'Evangile ont reçu de la volonté de Dieu le droit

(1) Som. X, 14, 17.

de vivre de l'Evangile (1). De même, nous savons que le Christ fit à ceux qui le suivaient et qui Técoutaient ce commandement: Priez le maître de la moisson pour qu^ il envoie des ouvriers en sa moisson (2), et que ses premiers disciples^ à l'exemple des Apôtres, avaient coutume d'adresser à Dieu cette supplication : Donnez à vos serviteurs dannoncer votre parole en toute confiance (3).

Ces deux fonctions, qui consistent à donner et à prier, sont très utiles pour étendre les limites du royaume des cieux, et en même temps elles ont ceci de particulier qu'elles peuvent être facilement remplies par les hommes de toute classe. En effet, quel est celui dont la fortune est si médiocre qu'il ne puisse, une fois ou l'autre, donner une petite aumône, ou que ses grandes occupations puissent empêcher de prier Dieu quelquefois pour les messagers du saint Evangile ? Les hommes apostoliques ont toujours fait usage de ces moyens auxiliaires, spécialement les Pontifes romains, à qui incombe au plus haut degré la sollicitude de propager la foi chrétienne. Cependant, la façon de recueillir ces secours n'a pas été toujours la même, mais elle a varié et s'est diversifiée suivant la variété des lieux et la diversité des temps.

(1> I Cor. IX, 44.

(2) Matth. IX. 38. — Luc. X, 2.

(3) Act. IV, 29.

— 3Ri — A noire époque, où l'on aime à attaquer loule entreprise difficile avec les lumières et les forces réunies de plusieurs hommes, nous avons vu se constituer on divers lieux des sociéti^R, dont plusieurs se sont aussi formées dans le but de servir à propager la religion en certains pays. Entre les autres, brille la pieuse association qui s'est établie, il y a près de soixante ans, h Lyon, en France, et qui a reçu le nom âv Propagation de la Foi. Elle eut d'abord pour but de porter secours à quelques missions d'Amérique; bientôt, comme le grain de sénevé, elle crut et devînt un grand arbre dont les rameaux verdoyants s'étendent au large, i tel point qu'elle prête à toutes les missions de la terre une efficace assistance. Cette magnifique inslîlulîoii fut promptenieiit approuvée par les Pasteurs de l'Eglise et honorée des plus précieux éloges. Les Pontifes romains Pie VU, Léon XII, Pie VIII, Ko8 prédécesseurs, la recommandèrent vivement «t l'enricliirenl d'indulgences, Grégoire XVI la favorisa avec beaucoup plus de zèle encore et l'embrassa dans toute la plénitude de sa charité paternelle. Dans uuc Lettre Encyclique donnée le 15 du mois d'août, en la quarantii^me année de ce siècle, il on parla en ces termes : a Celte œuvre « grande et très sainte, que de modiques oll'randes « et des prières quotidiennes adressées à Dieu par < cbaque associé, soutiennent, accroissent, forli- « fient, qui a pour objet de sustenter les ouvriers

€ apostoliques, d'exercer à Tégard des néophytes « les œuvres de la charité chrétienne et de délivrer <: les fidèles de la fureur des persécutions. Nous « Testimons très digne de l'admiration et de « l'amour de tous les gens de bien. Et il ne faut a: point croire que ce soit sans un dessein particuc lier de la divine Providence qu'un bien si utile K à l'Eglise lui a été accordé dans ces derniers € temps. A une époque, en effet, où les machinac tions de tout genre de Tennemi infernal atta- € qucnt l'Epouse bien-aimée de Jésus-Christ, rien € ne pouvait lui arriver plus opportunément que € de voir les fidèles, enflammés du désir de pro- € pagcr la vérité catholique, joindre leurs efforts « et leurs ressources pour travailler à gagner tous € les hommes à Jésus-Christ. » Après ces paroles, il exhortait les évèques à s'appliquer avec soin, chacun dans son diocèse, à ce qu'une institution si salutaire prit chaque jour de nouveaux développements. — Pie IX, de glorieuse mémoire, ne s^écarta point des traces de son prédécesseur : il n'omit aucune occasion de venir en aide à cette société si bien méritante et d'accroître sa prospérité. En effet, par son autorité, il accorda aux associés les plus amples privilèges de la bienveillance pontificale, il excita la piété des chrétiens à soutenir l'œuvre, et il décora de divers insignes honorifiques les principaux d'entre les associés qui se distinguaient par des mérites spéciaux :

enfin, cerlaines œuvres auxiliaires qui étaient venues s'ajouLer à l'institution reçurent l'approbation et les éloges du même Pontife.

Dans le même temps, l'émulalion de la piété amena la formation de deux autres sociétés dont l'une prit son nom de la Sainte Enfance de Jésus- Christ et l'autre des Écoles d'Orient. La première se proposa de recueillir et d'élever chrétiennement les malheureux enfants que les parents poussés par la paresse ou par la misère exposent inhumainement, surtout en Chine, où cette coutume barbare est plus en usage. La charité des associés les recueille donc avec amour, et, après tes avoir quelquefois rachetés à prix d'argent, elle veille à ce qu'ils soient baptisés, afin qu'ils grandissent, avec l'aide de Dieu, comme une espérance de l'Eglise, ou que, si la mort vient à les prendre, ils puissent du moins jouir de la félicité éternelle. — L'autre société que Nous avons rappelée s'occupe des jeunes gens ; elle travaille de toute ses forces à ce qu'ils soient imbus de la saine doctrine, et elle cherche à écarter les périls d'une science trompeuse, vers laquelle ils ne sont que trop souvent portés par le désir immodéré de savoir. — Du reste, ces deux sociétés prêtent leur concours à l'association plus ancienne qui a pris son nom de la Propagation de la Foi, et, soutenues par les aumûneset par les prières des nations chrétiennes, elles tendent, amicalementunies, au même but: carelles poursui-

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vent toutes cette fin que, parladiiïusioDdelalumière évangélique, le plus graud nombre possible de ceux qui sont étrangers à l'Eglise parviennent àla connaissance de Dieu, et qu'ils le servent ainsi que Celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ. C'est donc à juste titreque, par des Lettres Apostoliques, PielX, I Notre prédécesseur, a donné des éloges, corome Nous l'avons indiqué, k ces deux institutions, et ' qu'il leur a libéralement accordé les saintes iudut- ' gences.

C'est pourquoi ces trois sociétés, qui fleurissaient avec la faveur si manifeste des Souverains Pontifes, et dout chacune poursuivait son œuvre propre avec une perpétuelle constance et un zfele unanime, produisirent des fruits abondants de salut, apportèrent un puissant concours à Notre Congrégation de la Propagande, ol de l'aide pour soutenir le poids des missions, et parurent si prospères qu'elles donnaient pour l'avenir la joyeuse espérance d'une plus grande moisson. Uais de nombreuses et violentes tempêtes qui so souIe- , vèrent contre l'Eglise, dans les pays déjà éclairés i de la lumière évangélique, furent nuisibles aussi aux œuvres qui sont établies pour civiliser les | nations barbares. — Beaucoup do causes contribuèrent à diminuer le nombre et les libéralités des associés. Et, en elTet, lorsqu'on répand partout dans le peuple les opinions perverses par lesquelles le désir de la félicité mondaine est excité et l'espé-

rance des hicns célesles écartée, quo peut— on attendre de ceux qui usent de leur esprit pour imaginer, de leur corps pour se procurer des voluptés? De tels liommcs utfriroot-ils à Dieu les prières qui obtiendront de lui qu'il amène, par sa grAce victorieuse, les peuples as^is dans les ténèbres à la divine lumière de l'Evangile? Fourniront-ils des ressources aux prêtres qui travaillent et qui combattent pour la foi ? Il fallut même que la malignité des temps rendit aussi moins généreuses les âmes pieuses, soit parce que l'abondance de l'iniquité refroidit la charité d'un grand nombre, soit parce que la gène dans les familles, les agitations publiques (avec la peur de temps plus mauvais], inspirèrent à plusieurs plus de ténacité dans l'épargne, plus de parcimonie dans l'aumàne.

D'autre part, les missions apostoliques souffrent de besoins graves et divers, parce que le nombre des onvricrs du Seigneur diminue chaque jour, et que ceux qui sont ravis par la mort, accablés par l'Age, brisés par le travail, n'ont pas pour les remplacer aussitôt des successeurs qui les égalent en nombre et valeur. Car nous voyons les Familles religieuses, qui envoyaient un certain nombre do missionnaires, dissoutes par des lois ennemies, les clercs arrachés à l'autel et contraints de subir le fardeau de la milice, les biens du clergé séculier et régulier presque partout affichés et vendus, —

Ea attendani, on a ouvert des routes vers des plages qui paraissaient inaccessibles ; la liste des pays et des nations connus s'est accrue ; do nombreuses oxpéditîons de soldats du Christ ont été demandées cl de nouvelles stations établies : pour tous ces motifs, on manque d'un nombre d'hommes assez grand qui se dévouent à ces missions et qui apportent les secours opportuns. — Noua ne parlons pas des difficultés et des obstacles nés des contradictions. Souvent, en effet, des hommes trompeurs, semeurs de mensonges, se déguisent en apdlres du Christ, el, munis de toutes les ressources humaines, s'emparent d'avance de la mission des prêtres catholiques, ou se substituent à ceux qui font défaut, ou, élevant une diaîre ennemie, enseignent en opposition avec eux, estimant avoir assez obtenu si, pour des auditeurs qui entendent la parole de Dieu différemment expliquée, ils rendent la voie du salut incertaine. Plût au Ciel que leurs artifices fussent sans résultat! Il est assurément bien déplorable que ceux mêmes qui repoussent de tels maîtres ou qui ne les connaissent pas du tout, et qui soupirent après la lumière de la vérité, manquent souvent d'un homme pour les instruire dans la saine doctrine et les appeler au sein de l'Eglise. En vérité, les enfants demandent du pain, el il n'y a personne pour le leur rompre ; les champs ont blanchi pour la moisson, et la moisson est abondante, maïs les

ouvriers sont en petit nombre et se trouveront ' peut>ètre bienlAt en plus petit nombre encore. Les choses étant ainsi. Vénérables Frères, Nous Nous faisons un devoir de stimuler le ih\e pieux et la charité des chrétiens, pour qu'ils s'appliquent à aider, ici par des prières, là par des aumônes, l'œuvre sacrée des missions et la propagation de la foi. Combien grande est l'excellence de cette œuvre, c'est ce que montrent soit les biens qui y sont attachés, soit les avantages et les fruits qui en résultent. Celte œuvre sainte, en effet, tend directement à la gloire du nom divin et à l'extension du règne de Jésus-Christ sur la terre; elle est une source incroyable de bienfaits pour ceux qui sont retirés de la fange du vice et do l'ombre de la mort, et qui non seulement sont rendus participants du salut éternel, mais passent de la vie inculte et des mœurs barharesà tous les avantages de la vie civilisée. Bien plus, elle est extrêmement atile et fructueuse pour tous ceux qui y prennent quelque part, car elle leur procure des richesses spirituelles, leur offre matière à mériter et rend pour ainsi dire Dieu hii-mème leur débiteur.

Vous donc, Vénérables Frères, qui êtes appelés à partager Notre sollicitude. Nous vous exhortons instamment k vous unir unanimement à Nous pour venir en aide avec zèle et ardeur aux missions apostoliques, soutenus par la confiance en Dieu «t ne vous laissant effrayer par aucune difficulté.

n s'agit du salut des âmes, pour lequel Notre Rédempteur a donné sa vie et nous a établis^ nous évèques et prêtres, en vue de l'œuvre des saints et de la consommation de son corps. C'est pourquoi, tout en conservant le poste et la garde des troupeaux que Dieu a confiés à chacun, faisons tous nos efforts pour que les missions possèdent les ressources qui sont en usage, comme Nous Tavons rappelé, depuis l'origine de l'Eglise, savoir la prédication de l'Evangile, les prières et les aumônes des âmes pieuses.

Si donc vous connaissez des hommes zélés pour la gloire de Dieu, portés à entreprendre et propres à accomplir les expéditions sacrées, donnez-leur des encouragements, afin qu'après avoir consulté et reconnu la volonté de Dieu, ils ne cèdent pas à la chair et au sang, mais qu'ils se hâtent d'obéir à la voix du Saint-Esprit. Travaillez vivement aussi à obtenir des autres prêtres, des religieux et religieuses de tout ordre, enfin de tous les fidèles confiés à vos soins, qu'ils ne cessent de prier pour attirer le secours du Ciel sur les semeurs du Verbe divin. Qu'ils recourent à l'intercession de la Vierge, Mère de Dieu, qui a la force d'exterminer toutes les erreurs ; de son très chaste Epoux, déjà choisi par plusieurs missions pour protecteur et pour gardien , et que le Siège apostolique a récemment donné pour patron à l'Eglise universelle ; des Princes des Apôtres et de tout le collège d'où

partit la premifere prédication de l'Evangile pour retentir sur toute la surface de la terre ; enfin de tous les autres Saints qui ont consumé leurs forces on répandu leur sang dans ce même ministère. — Que la prière soit accompagnée de l'aumûne, dont la vertu est telle que des personnes éloignées et occupées d'autres soins deviennent par elle les auxiliaires des hommes apostoliques et participent à leurs travaux et à leurs mérites. Sans doute, les temps sont tels que beaucoup souffrent de la gène ; mais que nul ne se décourage pour cola: car l'aumdnequi est demandée pour l'objet qui nousoccupe ne peut guère être gênante pour personne, quoique ta réunion d'un grand nombre de ces aumônes puisse fournir des ressources assez considérables. Qu'à la suite de vos instructions, Vénérables Frères, chacun considère que sa libéralité sera pour lui, non pas une perte, mais un gain, parce qne celui qui donne à l'indigent prête au Seigneur ; et c'est pour cela que l'aumône a été appelée la plus fructueuse des industries. Si en effet, d'après l'autorité de Jésus-Christ, celui qui aura donné au moindre des siens un verre d'eau froide ne restera pas sans récompense, une récompense magnifique est assurément réservée & celui qui, dépensant pour les missions une somme même exiguC et y joignant des prières, accomplit à la fois divers actes de charité et devient, — ce que les saints Pères ont appelé la plus divine d'entre

— seules choses divines, — l'auziliaire de Dieu dans le saint du prochain.

Nous avons la ferme confiance, Vénérables Frëres, que tous ceux qui se glorifient du nom de catholiques, ayant ces considérations présentes à l'esprit et étant enflammés par vos exhortations, ne failliront en rien à ce devoir de piété qui Nous tient tant à cœur^ et qu'ils ne souffriront pas que leur zèle k étendre le règne de Jésus-Christ soit surpassé par l'activité et l'industrie de ceux qui travaillent k propager la domination du prince des ténèbres. — En attendant, conjurant Dieu d'être propice aux entreprises pieuses des nations chrétiennes. Nous vous donnons affectueusement dans le Seigneur la Bénédiction Apostolique, comme gage de notre particulière bienveillance, k vous. Vénérables Frères, au clergé et au peuple confié à votre vigilance.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 3 décembre 1880, de Notre pontificat la troisième année.

LÉON XIII, PAPE

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