PRIÈRES POUR LES BIENS DE LA TERRE
Dans la crainte fondée que la continuité du mauvais temps ne nuise gravement aux récoltes, nous nous adresserons à Dieu pour lui recommander les besoins de nos peuples et détourner de nous tout à la fois les péchas qui offensent continuellement sa souveraine justice et les fléaux dont nous sommes menacés.
A ces diverses intentions, les prêtres diront pendant neuf jours à la sainte messe, à partir du 1*" juillet, les collecte, secrète et postcommunion: Pro quacumque tribulatione (1).
Le dimanche 6 juillet, en la fête du Précieux Sang de Notre-Seigneur, au salut, après le motel au Saint-Sacrement et l'antienne de la sainte Vierge, on chantera le psaume 6* {Domine, ne infurore tuo arguas me), suivi des verset et répons : Domine^ non secundum peccatanostra facias nobis, — i^. Neque secundum iniquitates nostras rétribuas n^bis, et de Toraison : Ne despicias, omnipotens Deus (2).
(1) Orat. ad div. n« 13.
(2) Mi8B. ad diy. no 13.
XXVJI
HOUHES, CHRÉTIENS, FRANÇAIS
DISCOURS
PB0N0NC1& ▲ LA DISTBIBUTION DES PBIZ DU COLLÉOB DR JUILLT
(29 JUILLET MDCOCLXXIX)
Messieurs, Jeunes amis,
J'acquitte aujourd'hui au milieu de vous une dette de reconnaissance.
Je ne suis point, il est vrai, un enfant de Juilly. Va jeunesse n'a pas grandi sous ses beaux oml^rages. Je n'y ai pas vu chaque année le marronnier de Malebranche se couvrir de son royal man- ®^u de fleurs et annoncer, avec le retour du prin- ^Hips, l'approche si désirée des vacances : et, bien [Ue je sache les noms des maîtres par les mains de
qui de nombreuses générations ont été formées ici à la discipline, à l'amour du travail, à la forte piété, ni je n'ai reçu leurs leçons, ni je n'ai eu le bonheur de vivre de leur vie et de m'édifier au contact de leurs vertus.
Mais rien de ce qui touche à la famille oratorienne ne saurait m'être étranger. Car, si elle a eu pour moi les tendresses et les sollicitudes d*une mëre, je lui ai voué l'affection d'un fils. J'ai été de ceux qu'un mystérieux dessein de la Proyidence appelait et réunissait, il y a 27 ans, pour leur faire relever, sous la bénédiction d'un grand Pape, l'édifice construit à Paurore du xvn* siècle par les mains pieuses des Bérulle et des Condren, et emporté, avec tant d'autres œuvres utiles, dans les orages de la Révolution.
A l'exemple de quelques-uns de nos anciens Pères, j'ai pu, avec l'autorisation du Pontife Suprême, former des liens sacrés avec une antique et illustre Église sans rompre ceux qui m'unissaient à l'Oratoire ; et heureux d'obéir, comme autrefois, àlavoixduPèrevénéré(l) qui dirigeâmes premiers pas vers le sanctuaire, je me suis rendu à son appel, je suis venu présider cette fête, apporter à vos maîtres un gage public .de ma fira* ternelle affection et vous encourager, jeunes gens, à vous montrer toujours dignes de votre cher Juiliy.
(1) Leti«8Révét«ndPèrePététot,eapérieargénéi«lderOmt<)irB,
II ne vous est point indifférent, j'en suis sûr, de passer les premières et les plus décisives années de votre vie dans un lieu où les souvenirs du passé commentent à chaque instant pour vous les leçons du présent.
Le collège de Juilly n'est-il pas, en vérité, comme un abrégé de l'histoire de votre pays? Les pierres de cette maison et les arbres séculaires de votre parc ne vous donnent-ils pas, dans leur muet langage, de continuelles leçons d'amour de la patrie ?
Ici, près des bords d'une fontaine devenue légendaire, une humble bergère du nom de sainte Ge neviëve a mené paître ses brebis, et, préludant à la miraculeuse mission de Jeanne d'Arc, a fait jaillir de son âme virginale et vaillante la prière devant laquelle devait trembler Attila, et s'arrêter, frémissant et troublé, le flot d'une redoutable invasion.
Ici, encore, à la veille du siècle que devait immortaliser saint Louis, de pieux cénobiles sont venus fonder un de ces monastères que le P. Lacor daire a si justement appelés « le chef-d'œuvre de
l'art et du cœur de l'homme i>. Le travail de l'esprit et le travail des mains également en honneur,
la discipline d'une règle volontairement acceptée et héroïquement obéie ont formé en ce lieu des Ames à la fois très humbles et 1res libres, passion? nées pour la science, trouvant dans une conti-
Mgr PSBBAUD. — Œu7ieH, t. IL 30
nuelle abnégation le secret de la vraie grandeur.
Plus tard, et ces souvenirs vous sont plus familiers, la vieille abbaye des chanoines de Saint- Victor, devenue TAcadémie, puis le collège de Juilly, a ou sa part dans le travail national auquel le siècle de Louis XIV est redevable de sa gloire.
Un évèque de Meaux, du nom de Bossuet, est venu y présider des fêtes de la jeunesse semblables à celle qui nous rassemble, et, se reposant ici du labeur de ses courses apostoliques, il a pu trouver dans le religieux et fécond silence de cette solitude quelques-unes des plus vivantes inspirations de son éloquence. Je ne doute pas que, pour lai faire une société digne de son génie, les Pères de rOratoire n'aient aimé à grouper autour de lui plusieurs des hommes éminents dont la Providence se montra si prodigue à cette époque. Quand on parcourt les allées de votre beau parc, on se surprend à écouter, àdeux sièclesde distance, les entretiens de Bossuct avec un métaphysicien comme Malebranche, un érudit comme Mabillon, unapAtre comme Bourdaloue, le jésuite Bourdaloue, le courageux et austère prédicateur d'une morale en fcce de laquelle, au lieu d'insulter, de travestir et de calomnier, comme on le fait de nos jours, les coupables d'alors savaient courber humblement la tète et dire avec Louis XIV : « Le prédicateur a fait « son devoir, sachons faire le nôtre ».
Vous avez droit, jeunes gens, d'être fiers de ces
souvenirs, et vos maîtres ont raison de les faire concourir à l'éducation chrétienne et nationale qui est l'honneur et la force de cette maison.
Malebranche, écrivant un traité de morale pour la société de sontemps, a dit : f< Il faut être homme y ic chrétien^ Français (1) ».
Noble parole dont on s'est toujours inspiré ici pour former des hommes au caractère fortement trempé, inébranlables dans leurs convictions religieuses, ramenant tout le détail de leurs devoirs à ces grandes choses : le service de Dieu et le service du pays, le dévouement à cette France que de regrettables défectionsn'empêcherontpas, je l'espère, de demeurer toujours chrétienne.
Pour nous, je le dis très haut, nous ne comprenons pas autrement l'économie de l'œuvre sacrée de l'éducation, de cette œuvre dont le clergé ne peut paSy ne doit pas et ne veut pas se désintéresser. Aussi bien, et malgré les préventions qu'on exploite contre nous à cet égard, nous avons assez de confiance dans le bon sens public pour espérer de le voir triompher des efforts auxquels se livre à cette heure l'esprit sectaire, sans tenir compte des leçons
du passé, des besoins du présent, des intérêts de l'avenir.
Une éducation virile, chrétienne et nationale I
(1) Traité de maraU, ch. X, n» 14.
Ils l'ont donnée à leurs élèves ces maîtres modestes et laborieux qui, étrangers par goût et par état aux querelles des partis, uniquement appliqués à leur tâche professionnelle, n'ont cherché, au temps de Louis XIII et de Louis XIV comme au lendemain de la révolution, et à travers toutes les vicissitudes du présent siècle, qu'à faire dp leurs disciples, suivant le beau mot de Malebranche, « des « hommes, des chrétiens et des Français ».
Fidèles à cette ancienne tradition, vos maîtres d'aujourd'hui s'inspirent des mêmes principes et n'entendent pas autrement la mission dont les investit à votre égard la triple confiance de vos familles, de l'Église et de la France.
Faire de vous des hommes, mes amis, tel est le but de cette discipline à la fois ferme et paternelle, qui vous donne, dès vos premières années, la salutaire habitude du courage, de l'efTort, du sacrifice, toutes choses sans lesquelles vous ne sauriez ni obéir à la règle, ni vous plier aux exigences de l'étude, ni combattre les défauts de votre âge, ni développer en vous cette volonté qui est la faculté maîtresse de la vie ot le ressort auquel rien ne supplée quand il s'agit de travailler, de lutter et de souffrir, c'est-à-dire de faire œuvre d'homme.
Toutefois, instruits par l'expérience de dix-huit siècles, vos maîtres se gardent bien de fonder l'œuvre de votre éducation sur la base fragile et
insuffisante d'une morale purement naturelle. C'est rhonneur de Thomme d'être trop grand pour se passer de rÉternel et de l'Infini dans ses efforts vers la perfection, et on peut bien appliquer à l'éducation, en le retournant, le fameux mot de Pascal : « Qui ne fait pas l'ange, fait la bête ».
Vous voulez éliminer la religion de l'éducation^ comme un élément inutile. Prenez garde I ce n'est pas là une de ces utopies inoffensives qui ne nuisent qu'à leurs auteurs. En vous refusant à faire des chrétiens, vous vous condamnez à ne même pas faire des hommes, et c'est le pays tout entier qui portera bientôt la conséquence de vos principes erronés et de vos déplorables préventions.
Enfin, à cette éducation virile et religieuse, reste à donner son cachet national. Ce n'est point indifféremment toute espèce d'hommes et de chrétiens qu'il s'agit de former ici sans tenir compte ni du pays ni du temps où ils devront vivre. Il s'agit, au contraire, d'ajouter à ces influences de la morale et de la religion, qui sont de tous les siècles, l'intelligence du siècle dans lequel la Providence vous a placés et de la société dont vous devez continuer l'histoire : en un mot, il faut faire de vous des Français et des Français de votre temps.
C'est précisément ici que s'accentuent le plus vivement les préventions dont nous sommes l'objet et au nom desquelles les logiciens du parti révolu-
tionnaire demandent qu'on nous interdise d*uae façon absolue toute participation au ministère si patriotique de l'éducation de la jeunesse. Nos idées politiques et sociales seraient, parait-il, tellement étroites, et nos principes en telle contradiction avec les devoirs d'un Français du XIX* siècle, appelé ï vivre au sein d'une démocratie, que la raison souveraine du salut de Tétat exigerait qu^on nous appliquât, sans faiblesse et sans retard, Finexorable disposition de la loi des Douze-Tables à Tégard des étrangers : Adversus hostem mtema atictoritas esto.
A ces accusations, bruyamment répétées en nos jours par tous les échos de la tribune et de la presse, nous avons déjà répondu, et nous répondrons encore sans amertume, mais sans peur : Nous ne reconnaissons à personne le droit d'aimer plus que nous notre temps et notre patrie. Nous payons, il est vrai, à un passé glorieux, le tribut d'une sincère admiration, et nous no comprenons guères un amour intelligent de la France biffant brutalement quatorze siècles de son histoire, depuis cette bergère Geneviève, dont la mémoire préside tout à la fois aux origines de la nation française et à celles de votre collège, jusqu'à ce roi Louis XVI, si digne, par ses vertus et par son amour du peuple d'assurer au pays les bienfaits d'une réforme en lui épargnant les désastres d'une révolution. Non, l'ancienne France n'est pas morte pour nous, qui
sommes ses enfants. Nos âmes vibrent à Tunisson de ses malheurs ou de ses gloires ; et nous n'avons pas rinfatuation dépenser que toute sagesse, toute grandeur^ tout progrès datent uniquement de ce siècle, sans tenir aucun compte des travaux accomplis par nos pères pendant la longue période dont nous résumions tout à l'heure l'histoire, en saluant les vieux souvenirs de Juilly.
D'autre part, nous ne voulons pas nous attarder ni attarder les autres dans les ruines d'autrefois, malgré le religieux respect qu'elles nous inspirent. Nous ne prétendons nullement concentrer l'activité des générations contemporaines dans une admiration archéologique et exclusive du passé, qui se traduirait en bouderie et en mauvais vouloir à l'égard du présent : et si, à cette heure, d'incorrigibles préventions menacent de troubler par des conflits la séculaire et toujours désirable alliance de l'Église et de l'État, nous en prenons le ciel à témoin, ce n'est pas nous, successeurs des apôtres du Christ et enfants dévoués de la France, ce n'est pas nous qui avons rompu la paix et commencé la guerre.
On nous trouvera, il est vrai, les armes à la main et prêts à lutter jusqu'à notre dernier soupir pour les droits sacrés de l'autel, de la conscience et de la famille. Mais se défendre, ce n'est point attaquer, et quand les Machabées combattaient pour l'indépendance religieuse et nationale de leur
pays, celui-là eût abusé de la faculté de menlir qui eût fait de l'impie Antiochus le champion de la liberté proscrite et le vengeur du droit opprimé.
Contemporains d'une époque oh, sous la sanction des lois, la liberté et Tégalité sont le patrimoine de tous les citoyens, et où, hélas ! sous nos yeux, et en dépit de nos avertissements, on s'arme chaque jour de ces principes pour battre en brèche les croyances les plus respectables et les fondements mêmes de tout Tordre religieux et moral, comment ne réc1amerions-nouspas,à toutlemoins, nôtre part du droit commun, telle qu'elle nous est garantie par les traditions chrétiennes de notre pays et par les traités solennellement conclus entre la puissance spirituelle et la puissance civile? Nous nous étonnons seulement d'avoir à défendre ces libertés et droits contre ceux qui, pour les attaquer, sont obligés de faire violence à tous leurs principes et de s'infliger les plus humiliants démentis, puisqu'il leur faut recourir à des lois depuis longtemps condamnées par l'opinion publique et abrogées en droit ou en fait par toutes les nations vraiment libres de l'ancien et du nouveau monde.
Est-ce à dire, toutefois, que, pour répondre àces inexcusables agressions^ nous prendrons une attitude systématiquement hostile à l'égard des institutions qui nous régissent ?
Il n'en est rien.
Fidèle à ses constantes traditions, et poursui-
vani toujours à travers toutes les vicissitudes de ce monde les intérêts supérieurs d'une autre vie, rÉglise n'a jamais refusé ni sa bienveillance ni son concours aux Gouvernements, toutes les fois que ceux-ci ont consenti à respecter son divin mandat d'apostolat et d'enseignement. A vrai dire^ sa politique est de n'en point faire, et sa force de ne toucher aux questions du temps que dans leur rapport avec l'éternité. Dans la sphère où s'agitent les passions humaines, la diversité des vues est un principe inévitable de divisions et de conflits. Dans la sphère supérieure où se décident les destinées des âmes, les querelles de parti n'ont plus qu'une importance secondaire, et l'Église, qui se sent redevable de son action à tous les lieux et à tous les temps, se garde bien d'aliéner l'indépendance nécessaire de son ministère en s'inféodant exclusivement à telle ou telle forme des constitutions politiques. D'ailleurs, dans une société où tout est si mobile, et où ce qu'on acclamait hier comme le dernier mot du progrès sera qualifié demain d'institution surannée, et congédié pour faire place à des idées nouvelles, il est bon, je dirai plus, il est nécessaire que l'Église fasse hautement profession d'aimer tous les hommes, de servir tous les hommes, de se dévouer pour tous les hommes, quelles que soient les institutions sous lesquelles il leur plaise d'abriter leurs destinées temporelles, et sous la seule et expresse réserve du respect de
ses droits et de sa liberté. Aussi, fermement résolus à ne jamais mêler à l'œuvre de l'éducation de la jeunesse les agitations de la politique auxquelles elle doit demeurer étrangère, nous n'oublions pas que notre mission est de former des Français capables de servir leur pays et de se dévouer pour lui, dans le temps même où nous sommes, et dans le cadre historique où la Providence lésa placés.
Sur ce point capital, le langage des Évèques est unanime, et il faut toute la puissance du parti pris pour ne pas rendre hommage à la loyale attitude dans laquelle nous avons déclaré vouloir demeurer, à la condition qu'on respecterait le caractère sacré de notre mission , et qu'on ne joindrait pas l'hypocrisie à la violence, en mutilant ou supprimant la liberté nécessaire de notre ministère par la triple et scandaleuse violation de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.
Nous ne cesserons, d'ailleurs, de répéter que quiconque nous divise nous affaiblit. Nous travaillerons sans relâche pour notre part à la sincère union de toutes les forces sociales dont la France se compose, et en toute circonstance, nous inspirerons à tous ceux qui nous écoutent l'horreur des discordes civiles.
Je lisais, il y a peu de jours, dans le livre des Machabées, l'histoire d'un certain Jason qui, non
seulement sans raison, mais sans prétexte^ assaillit tout d'un coup ia ville de Jérusalem, et en frappa sans pitié les habitants, oubliant, dit Thisrien sacré, « que ceux dont il triomphait étaient « non des ennemis, mais des concitoyens, et qu'é- € tablir sa prospérité sur la ruine de ses compact triotes, c'est le pire de tous lesmauK : Arbitrans « hostium et non civium se trophâsa capturum^ <( nec cogitabat prosperitatem adversus cognatos a malum esse maximum (1) i>. Finalement cette entreprise, mêlée de perfidie et de violence, tourna à la confusion de son auteur, « finem vero insi' a diarumsuarum confusionem accepit », et bientôt, expulsé comme violateur des lois, ennemi de sa patrie et de ses concitoyens, il alla périr misérablement à Lacédémone, « omnibus odiosus^ utrefuga legumy ut patries et civium hostiSy et qui multos de patria sua expulerat, peregre periit (2) ». N'oublions pas. Messieurs, la leçon contenue dans ce souvenir du passé. Nous vivons dans un temps de division et de confusion : ne cherchons jamais à faire prévaloir nos idées aux dépens de la justice, de la vérité et de la charité. Proscrire ceux qui ne pensent pas comme nous, en usant à leur égard du droit du plus fort, ce ne serait travailler ni pour Dieu ni pour les hommes : ce serait
(1) IIMach.v, 6.
(2) Ibid., 8-9.
DISCOURS
PBONOKOA A L*ÉOLI8B aAHIT-LAUBBVT DU CBEU80T