‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 24 sur 31 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

LA HOCE.

Les voyageurs ont laissé au marchand do cuir tout le temps de s'éloigner, ne se souciant pas de se retrouver avec madame Florimont. Le propriétaire d'une petite carriole leur offre de les mener où ils voudront, se disant voiturin, et assurant que sa voiture est en état de les conduire jusqu'à Naples , dont elle a déjà fait quinze fois le voyage.

Quoique la carriole ne ressemblât nullement à la berline d'un voiturin, nos voyageurs s'en accommodent; mais, avant de monter dedans, Bertrand s'assure qu'elle ne renferme point de femmes ; une robe lui fait peur : il ne voudrait pas même laisser son maître dans la compagnie d'une nourrice.

La carriole ne renferme qu'un bon paysan d'une cinquantaine d'années, que Bertrand examine fort longtemps, afin do s'assurer que ce n'est pas une femme déguisée , et Auguste se place dans la voiture en souriant des craintes de son compagnon.

— Est-ce que vous allez aussi en Italie, brave homme? dit Auguste au paysan.

— Oh ! nenni, monsieur, répond celui-ci ; j' n'allons pas si loin que ça; je me rendons seulement cheux ma sœur, qui demeure à trois petites lieues de Lyon, et qui marie son fils cadet Eustache^ qu'est mon neveu.

— Ah ! vous allez à une noce 1 C'est charmant, cela !... on s'y amuse, on y rit.

— Oh ! oui, monsieur, car cheux nous je sommes tous des farceurs!... et des malins !

— Cela se voit en vous regardaat.

— Et je buvons! que c'est une bénédiction.

— C'est très-bien, cela, dit Bertrand; vous avez donc de bons vins ?

— Ohl fameux I Ma sœur a des vignes; c'est une des plus grosses fermières de l'endroit ; et dame ! quand on marie son fîeu , vous entendez ben qu'on fait sauter les futailles. La noce durera au moins huit jours. Si ça peut vous être agréable, messieurs , faut venir avec moi ; vous serez bien reçus , vous verrez de bons enfants. Ma sœur sera charmée de vous voir, et Cadet aussi, car il aime ben les gens de la ville... Vous êtes Parisiens, n'est-ce pas, messieurs?

— Comme vous dites, monsieur. . .

— Rondin, pour vous servir. Eh benl acceptez-vous?

Auguste regarde Bertrand : l'idée d'aller à une noce villageoise lui sourit assez; de son côté, l'ancien caporal éprouve une secrète tentation de connaître le vin de M. Cadet Eustache ; mais la crainte que son maître ne fasse encore quelque connaissance avec les dames de la noce lui fait résister à cette envie, et il dit tout bas à Auguste :

— Refusez, mon lieutenant; croyez-moî, c'est le plus sage; si nous nous arrêtons sans cesse en route, notre tour du monde se bornera à un tout petit voyage en Bourgogne, qui n'est pas la terre des Virgile et des Tibulle , et nous reviendrons à Paris sans avoir fait fortune.

— Je suis fâché de vous refuser, monsieur Rondin, dit Auguste, mon compagnon m*a fait souvenir que nos affaires nous appelaient au plus tôt en Italie. A la vérité, si nous gardons cette voiture, je ne pense pas que nous y arrivions de longtemps ; je crois que le drôle nous mène au pas ; c'est sans doute pour que sa mauvaise carriole puisse faire une seizième fois le voyage de Naples. Holà ! cocher ! vous dormez, mon ami. Plaisantez-vous de nous conduire ainsi ?

Le cocher se retourne et répond tranquillement aux voyageurs que ses chevaux ont leur pas ordinaire, dont ils ne changent jamais ; mais qu'il répond de les faire arriver sans accident à leur destination.

— C'est bien gentil, dit Bertrand ; c'est-à-dire que nous allons aller en Italie comme si nous suivions un enterrement; sile cocher a déjà fait le voyage quinze fois de ce train-là, il faut

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qu*il ait commence bien jeune. Et vous qui allez à la noce, monsieur Rondin, vous devez être pressé ?

— Oh I on m' attendra, D'ailleurs i' faut que Cadet se repose avant de se marier.

— Est-ce que le marié vient aussi de voyager?

•— Oui, monsieur, il vient de Paris, c'est de là qu'il ramène sa future.

— Ah I il a été cherché une femme à Paris ?

-— y vas vous dire, messieurs : Cadet est un finot qui ne se laisse pas attraper t Les filles de son endroit sont joliment délurées : et pour être sûr d'avoir queuque chose de bon, il est allé chercher une femme à Paris.

— Voilà un gaillard qui doit être bien spirituel !

— Oh I c'est le plus fin séducteur à six lieues à la ronde; sa mère le laisse faire tout ce qu'il veut : il est donc parti pour Paris, où d'ailleurs il avait affaire. Au bout de quelque temps il a écrit chez lui qu'il avait trouvé la femme qui lui convient. Dame ! vous entendez ben qu'il faut que ce soit une vertu et l'innocence môme I car Cadet est joliment connaisseur en fait de sexe.

'- Et c'est à Paris qu'il a trouvé ce trésor ?

^ Non pas justement à Paris, mais dans les environs. Si bien qu'ayant plu à sa belle, il la ramène avec lui et va l'épouser. Y'ià pourquoi j'aurais ben voulu que vous lussiez de la noce pour me' dire aussi vot' sentiment sur le choix de mon neveu.

Auguste ne serait pas fâché de connaître la fiancée que M. Cadet Ëustache a été chercher dans les environs de Paris ; il pense à Denise, et se figure que le neveu de M. Rondin a trouvé quelque jeune villageoise aussi jolie, aussi fraîche, aussi séduisante que la petite laitière. Cette idée le fait soupirer.

— Elle aussi est peut-être mariée ! se dit-il, car elle aimait quelqu'un ; elle me l'a dit, en m'avouant qu'elle ne m'aimerait jamais.

Auguste ne rit plus depuis que ses souvenirs le reportent à Montfermeil. Le paysan, surpris de la tristesse de son voisin, n'ose plus lui proposer de venir à la noce, et Bertrand se dit tout bas :

— Certainement, ça serait fort amusant de rester à table pendant huit jours ; mais à une noce il y a toujours quelque joli minois, et il ne faut pas exposer mon lieutenant à enlever encore

StfS LA LAITIÈRE

quelqu'un, parce que je ne rencontrerai pas toujours des marchands de cuir.

On ne dit plus rien, la carriole continue de rouler. En quatre heures on fait une lieue. Au bout de ce temps, le père Rondin, qui aime à causer, dit à Auguste :

— Il est certain que si vous allez en Italie pour affaires, vous n'arriverez pas à temps. Est-ce que vous êtes procureur ?

— Non, je suis peintre et musicien.

— Peintre et musicien 1 jarni, comme ça ferait notre affaire! vous feriez danser nos filles et vous feriez le portrait de la mariée. Ça serait une jolie surprise pour Eustache !

— Parbleu ! se dit Auguste, il serait assez drôle, en effet, que je fisse le premier essai de mes talents avec ces bonnes gens. Qu'en dis-tu, Bertrand ? faire le portrait de la mariée, cela me sourit assez.

— D'abord Cadet m'a écrit que c'était un superbe brin de fille, dit le père Rondin. Attrapez-vous ben la ressemblance des visages?

— Mais je n'ai encore essayé que celle-là ; du reste, je peindrai tout ce que vous voudrez. Allons, Bertrand, voilà qui me décide. Nous irons à la noce.

^" Va pour la noce, monsieur. Mais, pour Dieu ! n'y faites pas de folies, et souvenez-vous de mes résolutions.

— Sois tranquille, tu seras content de moi;

Le père Rondin est enchanté d'avoir décidé les voyageurs à venir à la noce, il est môme au moment d'inviter aussi le cocher, lorsque la voiture, qui allait au pas, verse dans un fossé, le seul qui se trouvât alors sur la route, et les voyageurs roulent les uns sur les autres.

Heureusement, on en est quitte pour quelques confusions, et le cocher s'occupe tranquillement à relever ses chevaux, en disant aux voyageurs qu'il est fâché de ne point les avoir prévenus, mais que depuis le temps qu'il passe en cet endroit, il est très-rare qu'il n'y verse point, parce ses chevaux en ont pris l'habitude.

Cet accident acbève de dégoûter les voyageurs de la méchante carriole.

— Il n'y a que pour une journée de marche d'ici cheux nous, dit le père Rondin, allons-y à pied ! Nous serons plus vite arrivés. Etes vuos de force à faire ce trajet?

La proposition du paysan est acceptée. On laisse là la carriole. Bertrand prend une valise, Auguste veut absolument porter l'autre, et l'on se met en marche.

Le pays est charmant. On se réjouit de voyager à pied. Le père Rondin connaît les chemins. On ne s*arrête que pour se restaurer une fois, et le lendemain, dans la matinée, on arrive à la ferme de M. Cadet Eustache.

On n'en est plus qu'à cent pas, lorsqu'un grand garçon en sort et court se jeter au cou du père Rondin en s'écriant ;

— V'ià mon oncle!... arrivez donc, mon oncle! Je n'attends pus que vous pour me marier! et dame! c'est que j'en ai fièrement envie!...

— Bonjour, Cadet. Tiens, je t'amène deux bons enfants, mon garçon ; v'ià monsieur qui fait des peintures et de la musique, et puis M. Bertrand, qui boit sec, je t'en avertis.

M. Cadet Eustache fait de grands saluts aux voyageurs, puis dit à son oncle :

— Est-ce que vous ne nous amenez t^ue ça?

— Comment, que ça, mon garçon?

— Oh' dame! c'est que si vous en aviez eu encore d'autres, ça n'aurait été que mieux, parce que nous voulons nous amuser, voyez-vous! Mais c'est égal, ça fait toujours deux de plus.

— Est-ce que tu n'as pas beaucoup de monde à ta noce?

— Ah ! nous sommes déjà quatre-vingts.

— r m'semble que c'est pas mal.

— Ah! c'est qu'il faut rire!... Je veux rire!... Et il faut être beaucoup pour rire; d'abord, moi, je ne ris jamais à moins d'être une douzaine!...

— Je vous avais bien dit que mon neveu était un farceur! dit le père Rondin à Auguste, qui regarde Bertrand en souriant, tandis que celui-ci murmure :

— Voilà un marié qui m'a l'air d'un grand imbécile !

— Mais conduis-nous donc. Cadet, nous sommes fatigués, et nous avons besoin de nous rafraîchir.

— Ah! pardon, mon onde, c'est que, voyez-vous, ma future ne me sort pas de la télé...

— Ohî vous verrez, messieurs, je ne vous dis que ça; vous verrez une femme d'une fraîcheur!... Ah! comme une betterave! et des appas! oh! mais je dis des appas de tous les côtés !...

— Ab! coquin! il paraît qu'en ramenant de son pays ici, tu as jugé tout cela?

— Oh 1 mon oncle 1... Quant à ça, je m*en serais ben gardé... parce que c*est Tinnocence même, voyez-vous , et elle m'aurait baillé queuque bon soufflet 1 avec ça qu'elle est solide, ma future. C'est une vertu joliment ronde... Enfin, c'est démon choix, et puisque vous v'ià, nous ferons dès demain la noce.

Tout en parlant, on est arrivé à la ferme, qui est belle et annonce des gens à leur aise. M. Cadet dit à un de ses garçons :

— Jérôme, va annoncer dans tout le pays que c'est pour demain la noce, et que tout se prépare pour le repas, le bal; tu iras prévenir les ménétriers que j'avons retenus. Mon oncle, j' vas chercher ma future; elle est avec ma mère chez un de nos voisins, mais je veux que vous la voyiez tout de suite, et ces messieurs aussi.

— Ce garçon-là est terriblement amoureux, dit le père Rondin en conduisant les voyageurs dans une salle où il les fait asseoir.

Bientôt madame Eustache arrive ; elle embrasse son frère, et va embrasser les nouveaux venus, parce qu'à la campagne c'est comme cela que Ton commence à faire connaissance.

— Et où donc est la future? dit le père Rondin , est-ce que nous n'allons pas la voir?

— Tout à l'heure, mon frère; elle est allée faire un brin de toilette pour la société. Âh! ma finel c'est une belle fille, et Cadet s'y connaît.

— Et a-t-elle des écus?

— Elle a un petit magot bien gentil que lui a donné le seigneur chez lequel elle était, en disant à not* fieu que c'était une vraie rosière qu'il lui donnait là ; et vous savez que Cadet est un malin qui ne se laisserait pas attraper.

— Morbleu 1 dit Bertrand à Auguste, si la rosière répond au futur, je gage que nous allons voir quelque grosse vachère de Pon toise.

Enfin on entend la voix de Cadet Eustache, qui vient présenter sa future à la société; et Auguste n'est pas peu surpris de reconnaître dans la fiancée du fermier mademoiselle Tapette, la jardinière de M. de la Thomassinière.

Mademoiselle Tapette est grandie, et elle est toujours très-

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grasse ; ce qui en fait effectivement une belle fille , qui, comme autrefois, marche les yeux baissés et salue sans regarder personne.

— Superbe ! s*écrie le père Rondin ; bravo, GadetI ma fine, t'as joliment trouvé ça, mon garçon ! ... et c'est qu'on voit encore sur ses joues le duvet de la pudeur.

M. Cadet reçoit les compliments en souriant, et dit :

— J'ai l'honneur de vous présenter mamzelle Suzanne Tapette, qui sera demain madame Eustache si Dieu nous prête vie.

On embrasse la future, c'est encore l'usage; et Bertrand, qui ne connaît pas l'aventure d'Auguste à la campagne de Fleury, se rassure en voyant la mariée, et se flatte qu'elle ne lui fera pas faire de folies.

Cependant, quand est venu le tour d'Auguste d'embrasser mademoiselle Suzanne Tapette, celle-ci, malgré son ingénuité, lève les yeux, et un petit cri lui échappe en reconnaissant le jeune homme.

— Je suis bien maladroit, dit aussitôt Auguste; ialler mettre mon pied sur le vôtre ! pardon, belle fiancée !

— Ah I c'est ça qui l'a fait crier! dit Cadet en riant; oh î quand on marche sur le pied aux filles d' cheux nous, ailes ne crient pasl... ailes savent ben ce que ça veut dire. C'est pas comme Suzanne I A propos, monsieur, mon oncle m'a dit que vous faisiez des portraits ; est-ce que vous faite? aussi des figures?

; — Que voudriez-vous que je fisse ?

— Ah ! j' veux dire une tète avec des yeux, un nez, et cetera.

— Je n'en trouve ordinairement que comme cela.

— Pardi, monsieur, si vous aviez le temps de m'attraper la ressemblance de ma future, le visage seulement, ça me ferait ben plaisir.

— Je n'ai en voyage que mes crayons, mais je puis essayer delà dessiner.

— La dessiner I ça sera-t-y elle tout de même?

— Sans doute.

— Mamzelle Suzanne Tapotte, monsieur va faire vot' portrait, i' va vous attraper.

La future fait des façons pour se laisser dessiner, mais M. Cadet y met de l'obstination ; et elle consent enfin à prêter sa figure à Auguste, qui demande une chambre où il puisse travailler tranquillement et sans être dérangé.

On conduit Auguste dans une petite chambre dans le haut de la maison, on lui donne tout ce qui lui est nécessaire; et M. Cadet lui amène sa future, qui s'assied, les yeux baissés, devant la table sur laquelle Auguste travaille. M. Cadet se dispose à regarder comment on attrapera sa belle, lorsque Auguste lui dit :

— - Je suis bien fâché de vous renvoyer, mais je ne puis dessiner devant du monde. Si vous voulez avoir le portrait de votre femme, il faut me laisser seul avec elle ; c'est d'ailleurs Fusage : un peintre n'aime pas que l'on regarde son ouvrage avant qu'il soit terminé.

— Ah ! c'est juste, dit Cadet; au fait, si je regardais, il n'y aurait plus de surprise.

— C'est cela même.

— Allons, je m'en vas. Mamzelle Tapette, faut pas avoir peur de rester avec monsieur, c'est un artiste, il va vous attraper et me surprendre I Ah 1 que ce sera gentil I

Mademoiselle Tapette sourit sans lever les yeux, et M. Cadet la laisse seule avec Auguste, et va ordonner tous les préparatifs de la noce.

Bertrand est déjà à table avec le père Rondin. Bientôt plusieurs fermiers des environs viennent les rejoindre. Les voisins, les voisines, les parents, les amis, viennent dès la veille s'installer à la ferme d'Eustache. On dresse de grandes tables , on les couvre de viandes et de brocs. On rit, on chante, on crie, on fait du tapage, car la gaieté des paysans est bruyante. On se croirait déjà à la noce; et Bertrand, qui trouve le vin bon, et ne remarque pas parmi les villageoises de figures qui puissent enflammer son maître, pense que l'on pourra sans danger passer huit jours à la ferme.

Cependant tout le monde demande la future, et M. Cadet dit :

— On l'attrape dans ce moment-ci, on me fait une surprise, on imite sa figure. Quoique ç^, je vais voir si ça avance.

M. Cadet monte à la chambre où il a laissé Auguste et mademoiselle Tapette. Mais on s'est enfermé, sans doute pour ne pas être dérangé. Le futur frappe doucement à la porte en disant :

— C'est moi, est-ce fini?

— r Non, pas encore 1 répond Auguste.

— Ça avance-t-il un peu ?

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•- Oui, cela va bien.

— Qu'est-ce que vous lui faites maintenant?

— Une oreille.

— Est-elle ressemblante ?

— Elle sera frappante.

Cadet redescend trouver la société en criant :

— Je n'ai pas pu entrer, il était en train de lui faire une oreille qui sera parlante. Oh I il parait que c'est un malin c' peintre-là. J'ai voulu regarder à travers la serrure, mais apparemment que la pose était de profil ; car, au lieu d'une oreille, il m'a semblé voir un œil. J' mettrai le portrait de ma femme dans not' grand salle, en face de celui de ce sanglier qui a été tué par mon grand-père.

Enfin, au bout de deux heures, Auguste revient donnant la main à la future, qui ne lèverait pas les yeux pourvoir un diamant, et est encore plus rouge qu'à l'ordinaire. Chacun se récrie sur sa beauté, sa fraîcheur et son air d'innocence, et M. Cadet fait jabot.

Le futur demande à voir le portrait, Auguste lui présente alors une tête qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de la dame de pique ; et chacun s'extasie en disant que c'est frappant, et que, de plus, cela a l'avantage de ressembler aussi au marié et au père Rondin. M. Cadet est enchanté, et Auguste reçoit les compliments de toute la compagnie.

Le reste de la journée se passe en danses, en plaisirs; beaucoup ne quittent la table que pour aller se mettre au lit, et Bertrand est de ce nombre.

Enfin le jour de l'hymen est venu. Dès le point du jour on est sur pied à la ferme. M. Cadet a un costume qu'il s'est fait faire à Paris : habit, veste et culotte brou de noix. La maman Eustache va habiller la mariée. Bientôt madame Suzanne Tapette est amenée avec le bouquet virginal ; puis on se met en marche pour l'église, ayant les ménétriers en tète du cortège.

Bertrand s'amuse beaucoup à la noce, Auguste paraît aussi ne point s'y déplaire : il fait danser les filles tandis que son compagnon fait sauter les bouchons. La nuit entière se passe en jeux, en repas, en festins. Mais, à minuit, M. Cadet a emmené sa femme dans la chambre nuptiale, et on continue de boire et de danser. Au bout de deux heures on est fort étonné de voir le

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