‹ ŒuvresChapitre 36 sur 70 · VILLE ÉP1SC0PALE · texte numérisé non relu

VILLE ÉP1SC0PALE

Aux ronces des chemins, dans le sable et L'argile,

Leur geste envoie au loin le grain de l'Evangile

Et chacun de leurs pas fait naître une clarté.

D'autres pieusement rentrent dans la cité.

Et ceux-là, chargés d'ans, de prières, d'études,

Pour des âmes d'enfants quittent les solitudes.

Ils sont grands. Chacun d'eux porte une flamme au front.

Heureux les yeux naïfs et purs qui les verront.

Ils sont l'intelligence et l'amour, mais personne

Dans la rue aux portails fermés ne les soupçonne.

Derrière leurs portails les bourgeois sont chez eux.

Ce sont de fiers béats et d'exquis paresseux.

Point méchants, très épris des choses cléricales,

Ils cultivent en eux des mollesses locales.

Dehors on aperçoit, cherchant le Paradis,

De pauvres petits vieux chanoines engourdis

Qui marchent à pas lents et font trembler les cornes

De leurs sombres chapeaux le long des places mornes.

Où plus d'un boutiquier, près du seuil décevant,

Attend la clientèle et bâille sous l'auvent.

Le ciel gronde, mais les couvents, les séminaires

Et l'Évêché paisible ont des paratonnerres, Et nos gens craignent bien l'orage, en vérité ! Ils ont le sentiment de leur sécurité. Ils se croisent les bras. Comment les autres villes Peuvent-elles suffire à tant d'œuvres serviles ! Certes, de loin en loin, avec le cours des ans, Ici, prêtres, soldats, bourgeois et paysans, Mêlant leurs tlots confus, inondent les portiques ; La grande cathédrale est pleine de cantiques Et les processions, qui sortent par moments Tout autour de la ville, ont de tels déploiements Que des langues de feu traversent l'atmosphère. Pourtant, à ces jours-là, le citadin préfère Les soirs sereins, qui font, entre les murs épais, Descendre le repos, le silence et la paix.

Ici les habitants goûtent les heures calmes;

Ils aiment que les beaux martyrs tiennent leurs palmes

Droites, dans les rayons du soir tranquille et doux.

La moitié de la ville alors est à genoux.

Elle invoque les saints, la Vierge, les apôtres.

C'est un bourdonnement rythmé de patenôtres

VILLE EPISCOPALE 87

Chez les nonnes. Plus loin les prêtres ont des chants Oui, passant les vitraux, vibrent jusques aux champs Et l'amour des autels qu'ornèrent les fleuristes S'épanouit au cœur des grands séminaristes.

L'évêque studieux, dans le vieil Évêché

Sur quelque livre saint avec amour penché,

Après avoir ouï la cloche qui l'appelle,

Suivi de sa maison descend vers la chapelle.

Jeune, sur les degrés de pierre du palais,

Il s'attarde un moment dans les roses reflets

Du couchant, qui s'obstine au coin de quelque vitre.

Souriant, familier, doux, sans crosse ni mitre,

Le prélat t'ait un geste, écarte son manteau

Et laisse voir le doigt où resplendit l'anneau ;

Puis, trouvant à ses pieds d'humbles religieuses,

Il offre l'améthyste à leurs lèvres pieuses.

Il passe, la chapelle, ouverte devant lui,

IN'a plus que le rayon d'une lampe qui luit;

Une invisible main pousse la porte sombre

El l'oratoire élève un murmure dans l'ombre.

C'est la nuit. Çà et là, quelques louches lampions.

Les curés, les bedeaux, les professeurs, les pions,

Sacristains et portiers, gendarmes et chanoines,

Tout est rentré. Le cloître où vécurent des moines

Ouvre sur l'ombre hostile un porche menaçant;

Là, si quelque passant croise un autre passant,

Au lieu de s'arrêter pour un petit colloque,

Ils se font tous les deux une peur réciproque

Et s'enfuient. La cité somnole avec amour :

C'est le repos du soir après celui du jour.

Les foyers vont s'éteindre et l'oreille s'étonne

De ne pas percevoir, tardif et monotone

Et tombant d'une tour, le son du couvre-feu.

On s'endort dans la ville à la grâce de Dieu.

Seuls Messieurs du Chapitre, en qui l'Esprit Saint veille,

Prolongent un débat, s'excitent, font merveille :

Ils ont, pendant une heure au moins, tué l'ennui.

Mais le doyen se lève. Il bâille. C'est la nuit.

La douce et bonne nuit qui fera taire encore

Les chanoines malicieux jusqu'à l'aurore.

Pour tous les porteurs faméliques De besaces ou de reliques, Moi, je voudrais que nos maisons Fussent, dans toutes les saisons, Des auberges évangéliques.

Je voudrais que les pèlerins

Qui vont, qui fuient sous les chagrins

Dans l'espoir des miséricordes,

Gbez moi dénouassent les cordes

Qui ceignent leurs flancs et leurs reins.

Je voudrais dire à tous les rustres, Aux inconnus comme aux illustres, Aux honnêtes gens, aux coquins,

Aux Jongleurs, Gilles et Pasquins :

« Veuillez vous asseoir sous mes lustres. »

Silencieux, les Pénitents Pénètrent chez moi. Mais j'entends Retentir des cris dans l'espace :

« Voici la misère qui passe, Ouvrez la porte à deux battants! »

Mon auberge a d'immenses salles, Elle a des cryptes colossales Où les gueux descendent au pas.

Mes serviteurs ne savent pas Si nos clients ont les mains sales.

Je loue à des particuliers,

A des moines fort réguliers

Des lits, des chambres et des caves.

J'aime à voir luire les yeux caves

Aux portes d'ombre des celliers.

Quelquefois au fond d'une étable,

Je surprends l'être épouvantable Qu'achèvent le froid et la faim.

— Ami, c'en est trop, à la fin !

Viens, nous allons nous mettre à table.

Regardez-le, ce gueux tremblant :

11 tend son banap au vin blanc, Au sauterne d'or qu'on lui verse.

(Juel arrosage et quelle averse!

Il boit tout, car je fais semblant.

Sa grande bouche s'écarquille.

Je lui passe un tronçon d'anguille, Je lui débouche du barsac, Pendant qu'au trou de son bissac Ma femme fait courir l'aiguille.

Il nous quitte, très décidé, Content, nourri, raccommode.

En parlant de ma femme il pleure.

Il songe : Elle avait tout à l'heure Au bout du doigt un joli dé !

II bat, au liaul des roules blanches, Le rappel. Fêtes et dimanches Tombent sur nous des vagabonds.

Ils tombent par tas et par bonds, Par blocs, comme des avalanches.

Ils sentaient les tripes de loin, Ils les humaient! — Ils ont eu soin, Presque tous, de jeûner la veille.

Nous nous entendons à merveille Et chacun ronge dans son coin.

Qui dira les franches lippees, L'ardeur de ces dents occupées A broyer, à s'entre-choquer Et le grand plaisir de trinquer.

Pour mieux boire à larges lampées?

S'en pousser vraiment jusqu'au col, Pouvoir, sans un sol, en un bol boire à panse déboutonnée Et cela toute la journée,

Sans commettre l'ombre d'un vol !

Morbleu, par le Christ et la Vierge, Si quelque voleur, bonne auberge, Forçait ta porte sous l'auvent, Tu nous verrais tous mettre au vent Et la rapière et la flamberge!

Tu nous as réchauffes, nourris Pendant le jour. Tu nous as pris Dans le soir sombre, quand les portes Se fermaient devant nos cohortes Et se taisaient devant nos cris.

En des régalades suprêmes

Nous avons, jongleurs et bohèmes,

Vaincu parfois tes graiulgousiers,

El les lueurs de tes brasiers

Ont empourpré nos faces blêmes.

Gomme emportés dans l'irréel, Après un adieu solennel

ÎU HEURES LOINTAINES

Au feu qui réchauffait nos membres, Nous avons, là-haut dans tes chambres, Trouvé l'égalité du Ciel.

Étendus en de larges couches, Nous avons, de toutes nos bouches, Vanté l'auberge et prié Dieu.

Et depuis lors l'hymne en tout lieu Fleurit sur nos lèvres farouches.

La chaumière isolée, étroite, toute nue

lit qui cache au vallon son toit has sous la nue;

Celle où mes yeux naïfs ont pu voir des parents

Très vieux, spirituels, aimables, ignorants ;

La petite maison dont le seuil sans défense

Avait l'air de sourire aux jeux de mon enfance,

Depuis longtemps n'a plus personne. Elle est sans voix.

Triste, j'y reviens seul et, morne, je revois

De mes parents défunts les vieilles allégresses.

Devant l'àtre, mon oncle étalait des paresses

Charmantes, cependant qu'avec de bien beaux sons

Ma tante lui chantait de superbes chansons.

J'écoutais en rêvant ces nobles mélopées.

Parfois des chants de guerre où brillaient des épées

Mêlaient mon âme ardente aux fureurs des assauts

El mou oncle lui-même ébauchait des sursauts. Lorsque nous étions las des airs patriotiques, Simplement, tous les trois, nous chantions des cantiques. Un surtout, très naïf, pastoral, pas très long, Que pour le catéchisme écrivit Fénelon.

On y dit aux ruisseaux qui « sont dans les prairies » De chanter le bon Dieu « sur leurs rives fleuries » ; Puis on mêle aux concerts de ces petits ruisseaux Et les petits moutons et les petits oiseaux.

Le catéchisme ouvert vibrait comme une lyre,

Et mon oncle était fier que ma tante sût lire.

Quand les derniers tisons s'éteignaient devant nous,

La prière du soir nous mettait à genoux :

Ma grand' tante lisait dans son livre à voix haute;

Mon grand-oncle, par cœur, lentement et sans faute,

Répondait fortement et vers les Gieux ravis

Sa voix montait, montait, jusqu'aux sacrés parvis.

Dans mon coin je n'avais plus du tout peur du Diable,

Tant cette voix était pieuse et formidable.

On priait pour les morts et pour tous les vivants,

Pour les marins battus par les flots et les vents,

Pour les petits soldats de notre Infanterie,

Mais surtout, oh ! surtout pour la Cavalerie,

Car les bons vieux avaient, du côté de Vouziers,

Leur fils, chef d'escadrons au premier cuirassiers.

Ils célébraient tous deux sa gloire et son génie,

A voix basse, quand la prière était finie.

Ils se déshabillaient en causant; puis, couchés,

Ils prenaient des papiers en un tiroir cachés

lit ma tante lisait encore quelque chose.

Du brave commandant ils savouraient la prose :

a Morbleu, mes chers parents, si je m'offre un congé.

Je veux l'unique chambre où j'ai toujours logé.

Surtout, pas d'édredon! Et si je prends la plume

C'est pour qu'on jette dans la cour ce lit de plume

Que ma mère a voulu l'autre soir m'imposer!

Là-dessus je vous donne à chacun un baiser. »

Les vieux sur l'oreiller croyaient sentir sa bouche.

Le même doux espoir les berçait dans leur couche.

Ils restaient souffle à souffle et la main dans la main.

En murmurant : le fils arrivera demain...

Il arrivait! Son verbe emplissait la chaumière.

Il demandait des œufs, du vin, de la lumière;

Il voulait du mouton, du veau, du lard, du bœuf.

A son père il offrait un habit flambant neuf,

A sa mère des bas et des boucles d'oreilles.

Puis il entrait en des colères sans pareilles,

Pour rien. Il défendait qu'on le remerciât.

Il voulait que l'étain des fourchettes brillât.

Après avoir sifflé des airs d'opéra-bouffe,

Il s'écriait : « Ouvrez la fenêtre, j'étouffe! »

Vraiment c'était à qui se précipiterait.

Nous nous mettions à table et chacun dévorait;

Soit qu'il remplit son verre ou revint à la sauce,

Toujours le commandant chantait d'une voix fausse.

Il fredonnait le « Loup-Cervier » , la « Saint-Hubert » ,

A moins qu'il ne citât le général Ambcrt,

Dont l'œuvre militaire émergeait de ses poches.

H faisait au gouvernement quelques reproches.

Il criait à son père à la fin du repas :

« L'Empereur n'arme pas! l'Empereur n'arme pas! »

Et ma tante, à travers ses lunettes chagrines, Apercevait la guerre au faite des collines.

Tous ceux que j'ai connus dans cette humble maison. Dans le petit enclos, dans l'étroit horizon Si bien fait pour la vie obscure et pour le rêve, Sont morts. Et j'ai trouvé leur existence brève, Quoique plusieurs aient dit, en regardant mes yeux : u Enfant, ne pleure pas, songe qu'ils étaient vieux. » J'ai poursuivi les morts de mes sombres tendresses; Mais le monde oublieux, subtil et plein d'adresses, Dans la gaité des jours disperse tous les deuils.

Des villages détruits je revois les vieux seuils, Les âtres anciens, les lointaines chaumières. Celle de mes parents avait plus de lumières, Plus de muiTnures saints et plus de cris joyeux; Partant, plus de bonheur qu'aucune sous les cieux. J'y retrouve des cœurs aimants, de bons visages, Des êtres généreux, faisant comme les sages [/aumône sans compter, tout en vivant de peu. Je les revois causant, le soir au coin du feu, Ou mêlant les éclats de leurs gaités si franches Au rire clair et chaud du soleil dans les branches. En hiver l'almanach leur disait le tourment

Et la couleur du ciel dans le département.

Ma grand' tante en lisait des pages tout entières.

Alors elle épuisait deux ou trois tabatières

Et ses doigts répandaient la poudre de tabac

Sur la prose et les vers du petit almanach.

J'entends encor la voix de cette vieille femme;

Le beau rythme enchantait mon oreille et mon àrne

lorsqu'elle interprétait avec force et douceur

Les poèmes divins du grand Le Vavasseur.

Jusqu'au dernier hiver la voix de ma grand'tante

Se Ht entendre ainsi, berceuse et chevrotante.

Mon grand-oncle, en été, par un soleil ardent, S'en allait au « relai » chercher le commandant, Son fis, un gâs superbe et le seul de sa race Qui vécût dans les camps et portât la cuirasse. Le bonhomme voyait au loin les épis blonds Qui remuaient sur les coteaux, dans les vallons. Alors il eût voulu, dédaignant la voiture, Que son fils à cheval surgit dans la nature. 11 faisait de son rêve une réalité, Car, tout seul au milieu de la plaine arrêté,

Il voyait le soldat galopant clans la gloire Avec son casque d'or et sa crinière noire. En revenant le soir il s'étonnait vraiment Que son fds dans la cour entrât si simplement; Que celui dont le verbe eût effrayé les foules Ne troublât ni l'ânon, ni le veau, ni les poules. Aussi lorsque, dressé comme un épouvantai!, L'horrible commandant, froissé par un détail, Tout à coup tempêtait au fond de la demeure, Le vieux père ravi faisait : « A la bonne heure ! »

Voix du rire ou de la colère, où sont les voix? Où sont les gens, où sont les choses d'autrefois? Pourquoi les blancs poiriers qui fleurissaient les portes Laissent-ils vers les seuils pendre leurs branches mortes? La chaumière au printemps n'a plus de joyeux bruits; Les arbres en été n'auront plus ces beaux fruits, Rouges comme du sang ou dorés comme l'huile, Que le soleil gonflait sous l'ardoise ou la tuile; A l'automne prochain, dans le calme du soir, L'aïeul sur le vieux banc ne viendra plus s'asseoir. L'âtre vide a perdu sa flamme accoutumée

Et le toit son léger panache de fumée.

Le vent d'hiver qui court autour des horizons

Reviendra gémir seul aux fentes des cloisons.

Le froid, l'omhre et l'ouhli régnent dans la chaumière.

Ceux qui, les bras ouverts, les yeux pleins de lumière,

Debout et souriants, nous firent tant d'accueils,

Sont maintenant là-bas couchés dans les cercueils;

Leurs bras se sont roidis dans les tombes obscures,

Et voici que le temps efface leurs figures...

MJX CIUMPS

Décembre, janvier, février

— Mois où, prenant pour oreiller

Les froides langueurs d'un long somme,

La Vie elle-même s'endort;

Où l'amour partout semble mort,

Excepté dans le cœur de l'homme.

Le ciel est pâle et nébuleux ; Autour de l'âtre, les frileux Trouvent les places exiguës Et la bise, dans les maisons, Pincée aux fentes des cloisons, Se lamente en plaintes aiguës.

La neige pèse sur les toits,

Couvre les champs, charge les hois ;

Bêtes et gens sous leur suaire

Se résignent, ensevelis

Et comme perdus dans les plis

D'un immense drap mortuaire.

Les hourgeois, ronds comme des chats, Sortent fourrés du haut en has ; Les paysans portent des mouffles.

Au hout du nez piquant son fard, Décembre frise le brouillard Et change en panaches les souffles.

Blottis au cœur des pommiers creux, Les pics-verts s'épluchent entre eux, Font les yeux mourants et clignotent; Les corbeaux jeûnent; tout songeurs, Sous terres les mulots rongeurs Grignotent, grignotent, grignotent.

La faim prend le héron transi.

Sur les bords de l'étang durci, Rien, plus rien, la chasse est fermée.

Tout le long des petits ruisseaux Rien, ni mouches, ni vermisseaux Pour la bécassine affamée.

Le rat trottine entre les joncs -, Dans la brume un vol de pigeons Tourbillonne et cherche sa voie Et, tamisé par le brouillard, Du canard l'appel nasillard Provoque la plainte de l'oie.

Dans le plus profond du hallier Le bouquin semble sommeiller, Sans s'inquiéter de sa hase ; L'aboi lointain d'un chien captif Parfois met un éclair furtif En ses yeux, couleur de topaze.

Les lapins, obscurs ouvriers, Réfléchissent dans leurs terriers;

Ils confinent aux latitudes Où, dans des poses de mammouths, Les blaireaux pattus, gras et mous Goûtent leurs longues quiétudes.

L'hiver est clément aux blaireaux; Mais il fait mugir les taureaux Et meugler les vaches taries ; Les juments au poil hérissé, En sentant leur cuir traversé, Rêvent de chaudes écuries.

Décembre, janvier, février, Sont rudes aux gens sans foyer; Voici les neiges qui s'amassent Au souffle glacé des autans.

Ouvrez la porte à deux battants; Ouvrez, j'entends des gueux qui passent.

Le vieux pauvre, ami du soleil,

Trouve que, par un temps pareil,

Le métier manque un peu de charmes ;

Ses yeux éteints pleurent de froid Et le long de sa barbe on voit En glaçons ruisseler ses larmes.

Sa blouse sale est en lambeaux ; Dans les fentes de ses sabots Se hérissent des brins de paille.

Par tous les trous de son chapeau La bise entre et pique sa peau.

Il trépigne, tremble, tressaille.

Il s'arrête après chaque pas.

Son chien fidèle, qui n'est pas De ceux qu'en hiver on habille, Tàte le givre à pas prudents Et, tout près de claquer des dents, Il geint, le nez dans sa sébille.

Voici l'auberge : entre chez nous, Bonhomme, écarte les genoux, A ton compagnon fais sa place.

Vous êtes parmi des chrétiens,

L'hôte, pitoyable aux bons chiens, De chez lui défend qu'on les chasse.

Si, de décembre à février, A l'auberge vient s'égayer Quelque voyageur rouge ou blême, Est-il riche et gourmand? Tant mieux, Il nous paiera bien ; s'il est gueux, Nous le servirons tout de même!

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