‹ ŒuvresChapitre 59 sur 70 · MELANCOLIE · texte numérisé non relu

MELANCOLIE

Pendant que la chevalerie Paradait au pied des châteaux, J'ai rejoint dans l'hôtellerie Tous les gueux aux tristes manteaux,

Tous ceux que chaque jour ramène Vers l'injustice et la douleur, Et qui de la souffrance humaine Ont gardé l'antique pâleur.

Chez l'hôtesse Mélancolie Ils n'ont point trouvé le repos, Car le même vent de folie Souffle à travers leurs oripeaux.

Moi, j'aime ces gens ridicules, Ces gueux dont les corps amaigris Errent au fond des crépuscules Où se perdent dans le ciel gris.

J'aime leur logis et leur table.

Chez tous les gobeurs de rayons,

En dépit du vin détestable,

Le cœur est chaud sous les haillons.

Et voilà pourquoi ma tristesse, Maison joyeuse, a fui ton seuil.

La Mélancolie est l'hôtesse Dont j'ai goûté le sombre accueil.

FLEURS FRELES

La fleur frêle de l'églantier, Que le premier jour a pâlie, Unit, au détour du sentier, La grâce à la mélancolie.

Chère, ici nous avons parlé Tous deux de tendresse infinie.

Où l'hymne s'est-il envolé?

Où vont les fleurs et l'harmonie?

Lorsque nous chercherons demain L'endroit témoin de nos paroles, Le vent des nuits sur le chemin Aura dispersé les corolles

18a VOIX DE LA GLEBE

La fleur frêle de notre espoir, Le doux secret de nos pensées, Ira-t-il aussi, quelque soir, Se perdre au fond du chemin noir Avec les corolles blessées?

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