‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 102 sur 175 · AU MINISTRE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

AU MINISTRE DE LA GUERRE

Naples, le 86 novembre 1807.

Monseigneur, depuis six mois je redemande à M. Roismon, caissier de l'artillerie, mille six cents francs que je lui ai confiés à titre de dépôt. Il prétend retenir cette somme par ordre du général Dedon, à cause de certains frais de bureau touchés par moi il y a quatre ans, et qui, dit-il, ne m'étaient point dus. Premièrement je nie le fait : je n'ai jamais touché de frais de bureau que sur des ordonnances particulières du ministre de la guerre.

Mais quand ce qu'il dit serait vrai, fusse -je débiteur de cent mille francs à la caisse de l'artillerie, il n'en serait pas moins obligé de me remettre à ma première réquisition le dépôt dont il s'est chargé. Je ne suis point en compte avec la caisse. L'autorité du général est nulle dans cette affaire. En un mot, ce n'est point à la caisse, mais à M. Roismon que j'ai confié mon argent, et il n'en doit de compte qu'à moi.

Il allègue une autre excuse qui me parait plus plausible. Quoiqu'il ait le titre de caissier, la caisse n'est pas en son pouvoir; elle est, dit-il, chez le général, dans sa chambre; il en a les clefs; et par conséquent, lui caissier, ne peut me

rendre mon argent, que le général n'y consente, à quoi il n'est pas disposé.

Est-ce ma faute à moi, monseigneur, si le caissier n'a pas la caisse? Pouvais-je faire ces distinctions et deviner que M. Boismon était caissier pour prendre mon argent, mai9 non pas pour me le rendre? Je laisse ces subtilitf's à ceux qui en ont le profit.

Enfin, vous voyez, monseigneur, que le général Dedon couche avec mon argent. Le ravoir à son insu, cola est fort difficile. J'ai fait ce que j'ai pu, et j'y renonce. Obtenir qu'il me le rende n'est possible qu'à vous, monseigneur, et je supplie Votre Excellence de vouloir bien s'employer à cette bonne œuvre.

A M. DE SAINTE-CROIX

Naples, le 27 novembre 1807.

Monsieur, vous me ravissez en m'apprenant que votre besogne avance, et que vous êtes résolu de ne la point quitter que vous ne l'ayez mise à fin. Voilà parler comme il faut. Vous voulez qu'on vous encourage. J'y ferai mon devoir, soyez-en sûr, me promettant pour moi, de ce nouveau travail, autant de plaisir que m'en fit votre première édition. Il n'y avait que vous, monsieur, qui pussiez n'en être pas entièrement satisfait, et faire voir au public qu'il y manquait quelque chose.

• La petite drôlerie, dont vous me demandez des nouvelles, est assez dégrossie. J'en suis à l'épiderme. C'est là le point justement où se voit la différence du sculpteur au tailleur de pierres. Ce texte a des délicatesses bien difficiles à rendre, et notre maudit patois me fait donner au diable.

Ne me vantez point votre héros * ; il dut sa gloire au siècle dans lequel il parut. Sans cela, qu'avait-il de plus

t. Alexandre le Grand

ÉCRITES DE FRANCE ET D'ITALIE. 3fi3

que le? Gengis-Kan, les Tamerlan? Bon soldat, bon capilaine, mais ces vertus sont communes. Il y a toujours dans une nrni';e cent officiers capables de la bien commander; un prinpp même y réussit, et ce que fait bien un prince, tout le monde le peut faire. Quant à lui, il ne fit rien qui ne se fût lait sans lui. Bien avant qu'il fût né, il était décidé que la Grèrp prendrait l'Asie. Surtout gardez-vous, je vous prie, de le comparer à César, qui était autre chose qu'un donneur de batailles. Le vôtre ne fonda rien. Il ravageait toujours, et s'il n'était pas mort il ravagerait encore. Fortune lui livra le monde, qu'en sut-il faire? Ne me dites pas : fil eût vécu! car il devenait de jour en jour plus féroce et plus ivrogne.

J'ai ici à ma disposition une bonne bibliothèque, et ce m'est un grand secours pour la petite bagatelle que je vous destine, monsieur. Cependant il me manque encore des outils pour enlever certains nœuds. Il faudrait être à Paris, et y être de loisir, deux choses à moi difficiles.

Vous avez grande raison de me dire : quittez ce vil métier. Vous me parlez sagement, et je ne veux pas non plus faire comme Molière, à qui toute sa vie ses amis en dirent autant. Il était, lui, chef de sa troupe; moi, je mouche les chandelles. Ne croyez pas pourtant, monsieur, que j'y aie perdu tout mon temps; j'y ai fait de bonnes études, et je sais à présent des choses qu'on n'apprend point dans les livres.

Je me rapproche de vous de deux cents lieues. Je vai3 bientôt à Milan.

[A Rome, Courier retrouva d'anciens arais, arec lesquels il demeura quinze jours, M. d'Agincourt, l'abbé Marini, madame Dionigi. Il s'arrêta aussi à Florence pour voir les bibliothèques, et visiter M. Ackerblad, savant Suédois dont il sera question plus tard. Enfin, il arriva à Vérone à la fin de janvier. On l'y attendait depuis près de six mois, et il y trouva une lettre du ministre de la guerre qui le mettait aux arrêts et ordonnait la retenue d'une partie de ses appointements.]

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