Fabvier
je n'ai rien appris. Je l'ai trouvée changée; elle a été surprise, au contraire, de me voir si peu vieilli. Ils m'ont fait de grands compliments sur ma réputation. J'ai été étonné de la trouver si bien informée ; car ils sont à mille lieues de la littérature; enfin je me suis amusé une heure.
Un M. Henin, chez la veuve, s'est vanté de te connaître. Le connais-tu? Je ne t'en ai jamais entendu parler. Il est antiquaire, je l'ai vu jadis je ne sais où. Il parle très-bien l'italien ; il dit que tu es belle, que tu vaux un trésor. Cela prouve qu'il a du moins vu des gens qui te connaissaient.
On m'a envoyé gratis un cours d'agriculture pratique en sept ou huit cahiers. Cela est trop scientifique.
Je trouve ici, en rentrant chez moi, un mandat du juge d'instruction pour être interrogé demain.
A MADAME COURIER
Mardi, 1822.
Me voici dans mon nouveau logement, où je vois de mon lit la moitié de Paris et une belle campagne. La jardinière me fait mon manger. Je suis à peu près, pour vivre, comme à la Filonnière.
Je m'occupe de la Réponse aux Anonymes. On imprime l'Hérodote. Tu peux croire que je suis occupé, mais je serai ici à merveille pour tout.
Il faut que je te quitte ; il est dix heures, je vais à mon jugement.
Jeudi.
Mon affaire est remise à mardi ; je compte faire défaut. J'ai dîné hier chez Cauchois-Lemaire avec Manuel, Béranger et des femmes. Béranger me conte qu'Emilie est en Amérique. Elle est allée d'abord aux États-Unis, où elle s'ennuyait fort; puis la fièvre jaune étant venue, je ne sais où Emilie s'en est allée. Son mari va à Saint-Domingue sans elle.
Je lis un livre saisi, défendu, qui est fort curieux; ce sont les Mémoires nouvellement imprimés de Madame, duchesse
d'Orléans, mère du duc d'Orléans régent. On voit bien là ce que c'est que la cour; il n'y est question que d'empoisonnement, de débauche de toute espèce, de prostitution. Ils vivaient vraiment pêle-mêle.
fDes lettres que Courier écrivit fort régulièrement à sa femme, pendant ses fréquents voyages cette année 1823, très - peu auraient de l'agrément pour le public. Entendu à demi-mot par son correspondant, il n'a besoin souvent que d'une ligne ou d'une phrase pour le tenir au courant de leurs affaires les plus intimes; n'employant d'ailleurs nulle circonlocution pour exprimer l'éloge ou le blâme des objets dont il est frappé. 11 continua , selon sa coutume, de composer à la campagne, et retournait à Paris pour chaque nouvelle brochure, ne se fiant à personne du soin de les faire imprimer. Il y porta, au mois de février, sa Seconde Réponse aux Anonymes. Selon toute apparence, cette lettre, ou pour mieux dire, les recherches qu'elle nécessita sur des choses très-délicates et très-eachées, eurent pour Courier de graves conséquences.
Suivent, en ordre de date, le Livret de Paul-Louis •
La Gazette de village, toute de faits véritables, et qui peut-être quelque jour sera anno'ée ;
Puis la Pièce diplomatique, laquelle fut composée à Paris ;
Enfin les petits articles, publiés eu leur temps dans plusieurs journaux, et auxquels deux ou trois lettres ci-jointes pourront former un utile complément,]