‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 138 sur 175 · AU P. ANDRÉ, A AMIENS · texte numérisé non relu

AU P. ANDRÉ, A AMIENS

« Le 25 mai.

« Mon très-révérend et très-cher père , « Vous avez sans doute appris les grands changements arrivés dans la philosophie du collège. Le P. Souciet2 est allé àSéez, remplir la place du P. Harscouet, qui est revenu ici. Le P. Fleury, régent de physique, et lui se trouveront, à ce que je crois, un peu embarrassés, s'ils s'aperçoivent qu'ils dictent tous deux les mêmes cahiers , à peu de chose près ,

1 Note tirée des manuscrits de M de Quens : « Eustache Lebrun, fils d'un bourgeois de Paris, avoit quatre ou cinq frères aussi jésuites. Homme d'esprit et aimable. Régent des basses classes, eut pour écoliers deux princes de Lorraine-Marsan; étant professeur de philosophie à Amiens, se servit des cahiers de son frère dont il n'étoit nullement content; pria le P. A., son ami, de lui prêter les siens (le P. A. étoit en physique dans le même temps). Le P. Lebrun fut charmé de sa morale et de ses explications sur la liberté, et ses écoliers firent beaucoup mieux dans les thèses que ceux de ses collègues. Une de ses thèses censurée par les jésuites de Paris; elle étoit contraire aux formes substantielles et à l'âme des bêtes. Le P. Lebrun prit le parti d'aller aux missions; fut envoyé dans la Martinique; avoit envie d'aller plutôt en Canada, parce qu'il éloit d'un tempérament à souffrir beaucoup de la chaleur. »

2 Est-ce le P. Etienne Souciet, né à Bourges en 1671, mort à Paris en 1744, auteur de plusieurs ouvrages estimés (voy. Moréri et l'éloge du P. Souciet dans les Mémoires de Trévoux, avril 1744), ou bien son frère, aussi jésuite, Estienne-Auguste Souciet, né en 1685, mort en 1744, professeur de théologie scolastique au collège des jésuites de Paris? (Voyez Moréri.)

CCViij INTRODUCTION.

car j'en ai fait la comparaison ; mais quels sont ces cahiers? ce sont les vôtres, mon révérend père , qui leur font vraiment à l'un et à l'autre beaucoup d'honneur. Les préfets, les répétiteurs, les écoliers se louent de la netteté de la méthode qui y règne. Encore passe que le P. Harscouet s'en fasse honneur, c'est un très-honnète homme ; mais pour l'autre, qui n'est et ne sera jamais qu'un moine des plus épais, sans la considération que j'ai pour le P. Harscouet, j'aurois découvert son manège. Ce qui est d'autant plus plaisant, c'est qu'on ne lui a fait aucune affaire , tandis que le P. Harscouet en a eu, pour avoir dicté la même chose. Il est vrai qu'il est venu des lettres de Rome qui le justifient entièrement. Il n'est pas besoin que je vous prie de garder le silence sur ce que j'ai l'honneur de vous mander ici. Vous -en voyez les conséquences. J'ai l'honnneur d'être, etc.,

« Prévost, J. »

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