‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 142 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — VI. CCXJ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — VI. CCXJ

qu'il éprouve pour toute congrégation , fût-elle la plus sainte du monde.

A MONSIEUR LARCHEVÊQUE, DOCTEUR EN MÉDECINE , AU COLLEGE DU PLESSIS, RUE SAINT-JACQUES, A PARIS.

« Monsieur,

« La grâce de Noire Seigneur Jésus-Christ.

« Il y a quelques jours que j'ay reçu votre obligeante lettre, qui m'a été rendue par un détour assez déplaisant. J'ay attendu à y répondre que N. P. provincial fût parti, afin de pouvoir vous parler avec plus de certitude sur ma situation. Il est vrai, Monsieur, non pas que j'ai eu quelque démêlé avec nos pères, mais qu'ils m'ont traité de la manière du monde la plus cruelle et la plus sensible à un homme d'honneur. De jeunes étourdis, soutenus de quelques pères graves, ennemis de M. l'évèque d'Arras et de plusieurs autres personnes plus considérables, m'ont accusé nettement de jansénisme , et même de dogmatiser parmi notre jeunesse. Calomnie évidente; mais enfin sur quoi fondée? '1°. Parce que j'avais eu l'imprudence de douter de l' excommunication de M. le cardinal (de Noailles), de M. d'Arras et de plusieurs autres, disant, lorsqu'on m'en parloit, que je les laissois faire leurs comptes avec le bon Dieu; 2°. parce que j'avois dit une fois que la France navoit pas besoin de l'inquisition pour maintenir la foi, puisque nous avons des évoques qui sont nos inquisiteurs nés; 3°. parce que je condamnois ouvertement les libelles sanglants , les chansons impies, les satires insolentes que l'on faisoit continuellement contre M. d'Arras, et généralement contre tous ceux qui ne sont point de notre parti ; 4°. parce que je ne parlois de la constitution ni en bien ni en mal; 5°. parce que j'avois reçu une lettre de M. le chancelier * en réponse aux compliments que j'avois pris la liberté de lui faire sur son rappel à la

' Daguesseau.

CCXÎJ INTRODUCTION.

cour. Je ne surfais point, Monsieur, je ne vous dis que des vérités, mais des vérités qu'il n'est pas bon de dire à tout le monde. A ces moyens d'accusation de jansénisme on en ajouta d'autres : que j'étois d'intelligence avec M. d'Arras; que j'avois été chez lui pour le voir incognito; que j'avois fait un méchant petit écrit qui avoit paru contre notre société, et plusieurs autres faussetés pareilles. Mais la frayeur est toujours dans l'âme de ceux qui se sentent coupables, et il n'y a point de violence qu'ils ne fassent pour s'en délivrer, lorsqu'ils ont le pouvoir en main. C'est ce qu'ont fait nos bons politiques; il a donc fallu céder à la force. Pour tirer de leurs mains les livres et les mémoires qu'on m'avoit prêtés pour faire l'histoire du P. Malebranche, il m'a fallu, contre mon inclination, leur promettre que je n'écrirois plus à ceux dont je les tenois, gens suspects à notre compagnie, mais qui n'en sont pas, à mon avis, moins honnêtes gens. J'ai eu beau demander que l'on me communiquât les accusations , par écrit , que l'on avoit faites contre moi , je n'ai rien gagné. On m'en a seulement lu trois ou quatre articles ; et , sur mes réponses , qui en faisoient voir non-seulement la fausseté , mais l'impertinence , on n'a point osé m'en continuer la lecture. J'ai demandé souvent à quelques-uns de nos pères s'il n'y avoit point de canon dans l'Église pour juger un prêtre; on ne m'a répondu que par un grand silence. Je voulois du moins que l'on brûlât ces accusations calomnieuses ou extravagantes, puisqu'on ne vouloit point me les communiquer pour me donner lieu de me défendre. Point du tout ; je sais que, depuis mon élargissement, on les a envoyées à Paris. Pourquoi? apparemment pour y être gardées dans les archives de la province; à quel dessein? Dieu le sait, et je m'en repose sur sa Providence. Il ne faut pas qu'un chrétien rougisse de la croix qui l'a sauvé. Nous devons croire que nos ennemis ont du moins de bonnes intentions dans le mal qu'ils veulent nous faire. Cependant , Monsieur, je vous l'avoue, je songerois à la retraite . si je trouvois , pour me dé-

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