PREMIÈRE PARTIE. XXXV
sur l'immortalité de l'âme1. Nous allons voir tout à l'heure que , dans un de ces deux Mémoires , le P. Lclong affirmait que le P. Malebranche avait été en correspondance avec plus de cinq cent cinquante personnes. Où est maintenant cette correspondance? Certainement elle existe quelque part , comme le P. Tabaraud l'affirme. Janséniste ou jésuite, on ne brûle pas des lettres sorties d'une telle plume et signées d'un tel nom.
Le malheur que redoutait le P. André devait lui arriver, mais plus tard. Il emploie les années 1718 et 1719 à revoir soigneusement l'ébauche de son ouvrage et à rassembler de nouveaux documents pour en augmenter le prix. Il écrit à M. de Marbeuf, le 20 septembre 1718 :
« .... Malgré tous les orages qui m'accueillent ou qui me menacent, mon travail ne discontinue point. J'ai fini l'analyse du Traité de l 'amour de Dieu, avec l'histoire des effets qu'il produisit par rapport à son auteur ; sa réconciliation avec M, de MeauX) le fameux Bossuet , bien différent de son successeur; le commencement de la guerre que le P. Malebranche eut à soutenir contre le P. Lami , bénédictin , à cette occasion. ...»
Il écrit encore à M. de Marbeuf, le 7 octobre 1718 :
« J'ai fini toutes les analyses qui regardent la guerre
du P. Malebranche et du P. Lami.... Ce qui m'oblige de me presser si fort, c'est l'amour de la vérité qui ne souffre point de retardement ; c'est la prévention où je vois le monde à l'égard du P. Malebranche , et qui semble se fortifier depuis sa mort; ce sont les sots discours que j'entends ou qui me reviennent tous les jours. Le croiriez-vous, Monsieur, si tout
1 Fragments philosophiques, 3e édit.,, t. II, p. 167. Ajoutez la correspondance récemment découverte de Malebranche et de Malran. Journal des Savants, 1842.
XXXYJ INTRODUCTION.
n'était croyable de certaines gens , ce qu'un jésuite écossais m'a dit à moi-même , qu'assistant à la mort un catholique de son pays , il lui fit abjurer le malebranchisme? Il s'en est vanté devant moi comme d'une belle action. Un autre m'a dit qu'on lui avait dépeint chez nous le P. Malebranche comme une espèce d'athée. On cite encore un certain M. de Surinam, si je ne me trompe, homme de qualité , demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, qui a dit en face au P. Malebranche, en présence de deux de nos pères, l'un nommé le P. Leclerc, et l'autre le P. Urquart l, que ses sentiments étaient, à la vérité, fort beaux, mais qu'après tout ils allaient à la ruine de la religion. N'est-il pas évident qu'il faut incessamment confondre tous ces gens-là et leurs pareils ? Ainsi , Monsieur , ne négligeons rien , vous de votre côté , moi du mien , pour en venir à bout. »
15 novembre 1718 :
« Je vous envoie les trois cahiers de notre histoire
que je vous avais annoncés. Vous les trouverez marqués d'un nouveau chiffre. Il n'est pas besoin de vous dire la raison de ce changement, ma situation vous le dit assez. Je suis ravi que mon griffonnage ne vous arrête pas , et que vous soyez un peu content de mes analyses ; bonnes ou mauvaises , elles m'ont bien coûté. Je vous envoie tout ce qui regarde le P. Lami. Je vais lire incessamment tout ce qui concerne notre affaire de la Chine , pour la scavoir à fond avant que d'en venir à Y Entretien avec un philosophe chinois...))
Les lettres suivantes peuvent donner une idée du vaste cadre qu'embrassait la Vie de Malebranche, le plan de cet ouvrage et la manière de l'auteur.
a m. de marbeup. - Du 26 novembre \y7\ 8.
« Je viens de recevoir les livres que vous m'aviez annoncés dans votre dernière lettre. Il faut avouer, Monsieur, qu'on ne 1 Voyez plus bas.