DEUXIÈME PARTIE. — - IV. CXXiij
avoir le sort du P. André , qu'un peu plus de caractère. Il avait d'abord paru plus dévoué qu'André lui-même au cartésianisme. Le P. Guymond lui avait aussi proposé de renoncer à Descartes et à Malebranche et même de les réfuter ; il avait répondu comme André et avec plus de hauteur, que, loin de les réfuter, il était prêt à les .défendre. Il traite même assez sévèrement cette concession qu'André avait faite à Guymond , qu'il y avait dans Descartes et dans Malebranche plusieurs propositions fausses. La lettre qu'il lui écrit à ce sujet mérite bien d'être donnée tout entière :
«Delà Flèche, ce 4 mai 1712.
« Votre lettre, mon cher collègue, m'a éclairé d'un point que j'étois curieux de savoir, c'est que le- P. Guymond me vint trouver cet hiver pour me dire qu'il avoit reçu d'une personne de mérite de la province , qui passoit pour donner dans les idées du P. M., une lettre où elle faisoit abjuration de cette doctrine , avouant qu'elle y reconnoissoit bien des erreurs dangereuses. Je lui répondis alors que , si cela étoit, certainement celui qui abandonnoit ainsi le P. M', ne l'avoit jamais entendu. Il- m'a plusieurs fois averti, avec beaucoup d'affectation et d'empressement des desseins que les supérieurs ont, dit-il, de pousser à toute outrance ceux qui [plusieurs mots illisibles). Il m'a même proposé sérieusement de faire et d'envoyer au père général une protestation de péripatétisme où je désavouerois Descartes, et je ne me suis
de l'Action de Dieu écrit mieux que le P. Duterlre. Le?. Dutertre avoit
connu autrefois le P- Malebranche à Paris, et lui faisoit des visites
Son livre ne lui fit aucun honneur, même dans sa compagnie. On en estima davantage le P. André. Tous les pères qui passoient par Alençon le complimentoient fort en l'assurant qu'on faisoit beaucoup plus d'estime de sa fermeté que de l'instabilité du P. Dutertre , qu'on le plaignoit seulement d être dans l'erreur; mais plusieurs d'entre eux , gens d'esprit, lui faisôient entendre qu'il pouvoit bien avoir raiso-n.»
CXXiv INTRODUCTION.
délivré de toutes ces propositions , dont une étoit encore de travailler à réfuter Mal., qu'en lui déclarant nettement que je ne trouvois rien dans cet auteur que de très-vrai et de très-édifiant , et que je m'offrois volontiers à le justifier contre ceux qui Fattaqueroient, bien loin de le réfuter. Cette réponse l'a enfin fait désespérer de mon changement, et il me laisse maintenant en repos. Pour sûr, je ne vous conseille pas de lui rien mander dont il puisse tirer 'avantage ; son zèle est trop bouillant pour compter sur un parfait secret. Je suis même fâché que vous lui ayez donné lieu de croire ou de dire au moins que vous trouviez des erreurs dans le P. M.; mais vous pouvez vous retrancher, dans votre réponse, à lui alléguer en général quelques erreurs des cartésiens , comme les idées innées au sens que le commun l'entend , que Dieu ait fait les essences des choses par une volonté aussi arbitraire que celle dont il a créé les choses mêmes , etc. Je suis avec respect, mon cher collègue, votre,. etc.