‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 108 sur 214 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Des modes de la quatrième figure.

La quatrième figure est celle où le moyen est attribut dans la majeure, et sujet dans la mineure; elle est si peu naturelle, qu'il est assez inutile d'en donner les règles. Les voilà néanmoins, afin qu'il ne manque rien à la démonstration de toutes les manières simples de raisonner.

Rkgle 1. Quand la majeure est affirmative, la mineure est toujours universelle.

Car le moyen est pris particulièrement dans la majeure affirmative, parce qu'il en est l'attribut. Il faut donc (par la première règle générale) qu'il soit pris généralement dans la mineure, et que par conséquent, il la rende universelle, parce qu'il en est le sujet.

RÈGLE 11. Quand la mineure est affirmative, la conclusion est toujours particulière.

Car le petit terme est attribut dans la mineure, et par conséquent il y est pris particulièronient, ((uand elle est affirmative ; d'où il s'ensuit (par la deuxième règle générale) (pfil doit être aussi piuticulior dans la conclusion, ce qui lu rend particulière, parce qu'il en est le sujet.

RÈGLE 111. Dans les modes négatifs , la majeure doit être générale.

Car la conclusion étant négative , le grand terme y est pris généralement. Il faut donc (par la deuxième règle générale) qu'il soit pris aussi généralement dans les prémisses. Or, il est le sujet de la majeure aussi bien que dans la deuxième figure, et par conséquent il faut, aussi bien que dans la deuxième figure, qu'étant pris généralement, il rende la majeure générale.

Démonstration.

Qu'il ne peut y avoir que cinq modes dans la quatrième figure.

Des dix modes concluants, A, I, I, et A, 0, 0, sont exclus par la première règle.

A, A, A, et E, A, E, sont exclus par la deuxième. 0, A, 0, par la troisième.

Il ne reste donc que ces cinq :

2 Affirmatifs. j j^'/''/' 3 Négatifs, e' \' 0.

'^'^'^' Ie,'i,o.

Ces cinq modes peuvent se renfermer dans ces mots artificiels.

Bar- Tous les miracles de la nature sont ordinaires : BA- Tout ce qui est ordinaire ne nous frappe point: RI. Donc il y a des choses qui ne nous frappent point, qui sont des miracles de la nature.

Ca- Tous les maux de la vie sont des maux passagers : LEN- Tous les maux passagers ne sont point à craindre : TES. Doîic nul des maux qui sont à craindre n'est un mal de cette vie.

Di- Quelque fou dit vrai :

BA- Quiconque dit vrai mérite d''être suivi : Tis. Donc il y en a qui méritent d'être suivis, qui ne laissent jms d'être fous.

Fes- Nulle vertu n'est une qualité naturelle : ■ i

PA- Toute qualité naturelle a Dieu pour premier auteur : MO. Donc il y a des qualités qui ont Dieu pour auteur, qui ne sont pas des vertus.

Fri- y<-d malheureux n'est content ;

TROISIEME l'AKTlE. VJ'

SE H ij a (/e*' jH'rsonnes contentes qui sonlqKiixorea : soiM. Il y a donc des pauvres qui ne sont pas malheureux.

Il est bon d'avertir que l'on exprime ordinairement ces cinq modes en cette façon : Baralipton, Celantes, Dabitis, Fapesmo, Frisesomoruin ; ce qui est venu de ce qu'Aristote n'ayant pas fait une figure séparée de ces modes, on ne les a regardés que comme des modes indirects de la première figure, parce qu'on a prétendu que la conclusion en était renversée, et que l'attribut en était le véritable sujet. C'est pourquoi ceux qui ont suivi cette opinion ont mis pour première proposition celle où le sujet de la conclusion entre, et {)0ur mineure celle où entre Tattribut.

Et ainsi ils ont donné neuf modes à la première figure, quatre directs et cinq indirects, qu'ils ont renfermés dans ces deux vers :

Barbara, Celarent, Daru,Fcrio, Baraliplon, Celantes, Dabiiis, Fapesmo, Frisesomorum,

Et pour les deux autres figures.

Cesare, Camestres, Festino, Earoco, Daraptiy Felaplotiy Disamis, Datisi, Bocardo, Ferisoix.

Mais, comme la conclusion étant toujours supposée, puisque c'est ce qu'on veut prouver, on ne peut pas dire proprement qu'elle soit jamais renversée, nous avons cru qu'il était plus avantageux de prendre toujours pour majeure la proposition où entre l'attribut do la conclusion : ce qui nous a obligés, pour mettre la majeure la première, de renverser ces mots artificiels. De sorte que, pour mieux les retenir, on peut les renfermer en ce vers :

Barbari, Caleutes, Dibatis, Fespamo, Frisesom. Récapitulation des diverses espèces de syllogismes.

* De tout ce qu'on vient de dire, on peut conclure qu'il y a dix-neuf espèces de syllogismes, qu'on peut diviser en diverses manières.

jo j^j^ j Généraux 5. ^o ^i^ \ AfTirmatifs 7.

I Particuliers 14. 1 Négatifs 12.

lA, 1.

30 En ceux qui concluent. ; *^' '^*

40 Selon les difl'crcntcs figures, on les subdivisant par les

modes ; ce qui a déjà été assez fait dans l'explication de chaque figure.

50 Ou, au contraire, selon les modes, en les subdivisant par les figures ; ce qui fera encore trouver dix-neuf espèces de syllogismes, parce qu'il y a trois modes, dont chacun ne conclut qu'en une seule figure ; six dont chacun conclut en deux figures ; et un qui conclut en toutes les quatre.

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