‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 111 sur 214 · TROISIÈME PARTIE. 20:i · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 20:i

Or, il y a des riches qui sont du nombre de ceux qui ne sont pas amis de Dieu :

Donc il y a des riches qui ne sont point heureux.

Mais ce qui fait qu'il n'est ])as nécessaire d'exprimer la mineure de cette sorte, et qu'on lui laisse l'apparence d'une proposition négative, c'est que c'est la même chose de dire négativement qu'un homme n'est pas ami de Dieu , et de dire affirmativement qu'il est non ami de Dieu, c'est-à-dire du nombre de ceux qui ne sont pas amis de Dieu.

Exemple VI. Il y a beaucoup d'arguments semblables dont toutes les propositions paraissent négatives, et qui néanmoins sont très bons , parce qu'il y en a une qui n'est négative qu'en apparence , et qui est affirmative en effet , comme nous venons de le faire voir, et comme on verra encore par cet exemple :

Ce qui n'a point de parties ne peut périr par la dissolution de ses parties :

Notre âme n'a point de parties :

Donc notre âme ne peut périr par la dissolution de ses parties.

Il y a des gens qui apportent ces sortes de syllogismes pour montrer que l'on ne doit pas prétendre que cet axiome de la logique. On ne conclut rien de pures négatives, soit vrai généralement et sans distinction : mais ils n'ont pas pris garde que, dans le sens, la mineure de ce syllogisme et autres semblables est affirmative , parce que le milieu, qui est le sujet de la majeure, en est l'attribut; or, le sujet de la majeure n'est pas ce qui a des parties, mais ce qui n'a point de parlies ; et ainsi le sens de la mineure est : notre âme est une chose qui ii'a point de parties ; ce qui est une proposition affirmative d'un attribut négatif.

Ces mêmes personnes prouvent encore que les arguments négatifs sont queU[uefois concluants, par ces exemples : Jean n'est pas raisonnable : donc il n'est point homme. Nul animal ne voit : donc nul homme ne voit. Mais elles devaient considérer que ces exemples ne sont que des enlhymèmes, etqiio nul onthymème no conclut qu'en veitu d'une proposition sous-entendue, et qui par conséquent doit être dans l'esprit, quoiqu'elle ne soit pas exprimée; or, dans l'un et l'autre de ces exemples, la proposition sous-entendue est nécessairement affirmative. Dans le premier, celle-ci : i Tout homme est raisonnable : Jean n'est point raisonnable : donc Jean n'est point homme; et, dans l'autre ; Tout hommQ estani-

mal : nul animal ne voit: donc nul homme ne voit ; or, on ne peut pas dire que ces syllogismes soient de pures nétratives, et, par conséquent, les enthymèmes, qui ne concluent que parce qu'ils enferment ces syllogismes entiers dans l'esprit de celui qui les fait, ne peuvent être apportés en exemple , pour faire voir qu'il y a quelquefois des arguments de pures négatives qui concluent.

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