CHAPITRE VII
Quelques axiomes importants et qui peuvent servir de principes à de grandes
vérités.
Tout le monde demeure d'accord qu'il est important d'avoir dans l'esprit plusieurs axiomes et princii)es, qui, étant clairs et indubitables, puissent nous servir de fondement pour connaître les choses les plus cachées; mais ceux que l'on donne ordinairement sont de si pou d'usage qu'il est assez inutile de les savoir, car ce qu'ils ap[)ellont le premier principe de la connaissance, Il est impossible que la mémo chose soit et ne soit pas^ est très
clair et très certain ; mais je ne vois point de rencontre où il puisse jamais servir à nous donner aucune connaissance. Je crois donc que ceux-ci pourront être plus utiles. Je commencerai par celui que nous venons d'expliquer.
Axiome I. Tout ce qui est renfermé dans Vidée claire et distincte d^une chose peut en être affirmé avec vérité.
Axiome II. Vexistence, au moins 'possible, est renfermée dans Vidée de tout ce que nous concevons clairement et distinctement.
Car, dès-là qu'une chose est conçue clairement, nous ne pouvons pas ne point la regarder comme pouvant être, puisqu'il n'y a que la contradiction qui se trouve entre nos idées qui nous fait croire qu'une chose ne peut être ; or il ne peut y avoir de contradiction dans une idée lorsqu'elle est claire et distincte.
Axiome III. Le néant ne peut être cause d'aucune chose. 11 naît d'autres axiomes de celui-ci, qui peuvent en être appelés des corollaires, tels que sont les suivants.
Axiome IV, ou 1" corollaire du 3^ Aucune chose ni aucune perfection de cette chose actuellement existante ne peut avoir le néant ou une chose non existante pour cause de son existence.
Axiome V, ou 2^ corollaire du 3«. Toute la réalité ou perfection qui est dans une chose, se rencontre formellement ou éminemment dans sa cause première et totale.
Axiome VI, ou 3° corollaire du 3«. Nul corps ne peut se mouvoir soi-même, c'est-à-dire se donner le mouvement, n'en ayant point.
Ce principe est si évident naturellement, que c'est ce qui a introduit les formes substantielles et les qualités réelles de pesanteur et de légèreté; car les philosophes voyant, d'une part, qu'il était impossible que ce qui devait être mu se mût soi-même, et s'étant faussement persuadés, de l'autre, qu'il n'y avait rien hors la pierre qui poussât en bas une pierre qui tombait, ils se sont crus obligés de distinguer deux choses dans une pierre, la matière qui recevait le mouvement, et la forme substantielle aidée de l'accident de la pesanteur qui le donnait ; ne prenant pas garde, ou qu'ils tombaient par là dans l'inconvénient qu'ils voulaient éviter, si cette forme était elle-même matérielle, c'est-à-dire une
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vraio matière; ou que si elle n'était pas matière, ce devait ôtre une substance qui en fût réellement distincte; ce qu'il leur était impossible de concevoir clairement, à moins que de la concevoir comme un esprit, c'est-à-dire une substauce qui pense, comme est véritablement la forme de l'homme, et non pas celle do tous les autres corps.
Axiome VII, ou 4« corollaire du 3«. Nul corps ne peut en mouvoir un autre, s'il n'est mu lui-même : car si un corps étant en repos ne peut se donner le mouvement à soi-même, il peut encore moins le donner à un autre corps.
Axiome VIII. On ne doit pas nier ce qui est clair et évident pour ne pouvoir comprendre ce qui est obscur.
Axio:\iE IX. // est de la nature d'un esprit fini de ne pouvoir comprendre Vin/îni.
Axiome X. Le témoignage d'aune personne infiniment puissante^ infiniment sage, infiniment bonne et infiniment véritable, doit avoir plus de force pour persuader notre esprit que les raisons les plus convaincantes.
Car nous devons être plus assurés que celui qui est infiniment intelligent ne se trompe pas, et que celui qui est infiniment bon ne nous trompe pas, que nous ne sommes assurés que nous ne nous trompons pas dans les choses les plus claires.
Ces trois derniers axiomes sont le fondement de la foi, de laquelle nous pourrons dire quelque chose plus bas.
Axiome XI. Les faits dont les sens peuvent juger facilement étant attestés par un très grand nombre de personnes de divers temps, de diverses nations, de divers intérêts, qui en parlent comme les sachant par eux-mêmes, et quon ne peut soupçonner d'avoir conspiré ensemble pour appnijer un mensonge, doivent passer pour aussi constants et indubitables que si on les avait vus de ses propres yeux.
C'est le fondement de la plupart de nos connaissances, y ayant Inlinimont plus de choses que nous savons par cette voie que ne sont celles que nous savons par nous-mêmes.