I. La substance, qui est ou spirituelle, ou corporelle, etc
II. La ouantité, qui s'appelle discrète, quand les parties n'en sont point liées, comme le nombre ;
Continue, quand elles sont liées; et alors elle est ou successive comme le temps, le mouvement;
Ou permanente, qui est ce qu'on appelle autrement l'espace, ou l'étendue en longueur, largeur, profondeur ; Ta longueur seule faisant les lignes ; la longueur et la largeur les surfaces, et les trois ensemble les solides.
III La qualité, dont Aristote fait quatre espèces.
La V comprend les habitudes, c'est-à-dire, les dispositions d'esprit ou de corps, qui s'acquièrent par des actes réitérés, comme les sciences, les vertus, les vices, l'adresse de peindre, d'écrire, de danser.
La 2®, les puissances naturelles, telles que sont les facultés de l'àme ou du corps, l'entendement, la volonté, la mémoire, les cinq sens, la puissance de m^archcr.
i>HEMILRE PARTIE. 57
Lu 3®, les qualités sensibles, comme la dureté, ia mollesse, la
pesanteur, le froid, le chaud, les couleurs, les sons, les odeurs, les
divers {j,oûts.
La i^, la forme et la figure qui est la détermination extérieure
de la quantité, comme être rond, carré, sphérique, cubique.
IV. La relation, ou le rapport d'une chose à une autre, comme de père, de fds, de maître, de valet, de roi, de sujet; de la puissance à son objet, de la vue à ce qui est visible ; et tout ce qui marque comparaison , comme semblable, égal , plus grand , plus pdit.
V. L'agir, ou en soi-même, comme marcher, danser, connaître» aimer; ou hors de soi, comme battre, couper, rompre, éclairer, échauffer.
VL Patir, être battu, être rompu, être éclairé, être échauffé.
VIL OO, c'est-à-dire, ce qu'on répond aux questions qui regardent le lieu, comme être à Rome, à Paris, dans son cabinet, dans son lit, dans sa chaise.
VIIL Quand , c'est-à-dire, ce qu'on répond aux questions qui regardent le temps, comme, quand a-t-il vécu? il y a cent ans; quand cela s'est-il fait? hier.
IX. La situation , être assis, debout, couché, devant, derrière, à droite, à gauche.
X. Avoir, c'est-à-dire, avoir quelque chose autour de soi pour servir de vêtement , ou d'ornement , ou d'armure , comme être habillé, être couronné, être chaussé, être armé.
Voilà les dix catégories d'Aristote , dont on fait tant de mystères, quoique à dire le vrai, ce soit une chose de soi très peu utile, et qui non-seulement ne sert guère à former le jugement, ce qui est le but de la vraie logique , mais qui souvent y nuit beaucoup pour deux raisons qu'il est important de remarquer.
La première est qu'on regarde ces catégories comme une chose établie sur la raison et sur la vérité, au lieu que c'est une chose tout arbitraire, et qui n'a de fondement que l'imagination d'un homme qui n'a eu aucune autorité de prescrire une loi aux autres, qui ont autant de droit que lui d'arranger d'une autre s.)rte U's objets de leurs pensées, chacun selon sa manière de philosopher. Et, en effet, il y en a qui ont compris en ce distique
tout ce que l'on considère selon une nouvelle philosophie en
toutes les choses du monde.
Mens, mensura, quies, motus, positura, figura Sunt cum materiâ cunctarum exordia rerum.
C'est-à-dire, que ces gens-là se persuadent que l'on peut rendre raison de toute la nature , en n'y considérant que ces sept choses ou modes. 1. Mens , l'esprit, ou la substance qui pense. 2. Materiâ, le corps ou la substance étendue. 3. Mensura, la grandeur ou la petitesse de chaque partie de la matière. 4. Positura , leur situation à l'égard les unes des autres. 5. Figura , leur figure. 6. Motus, leur mouvement. 7. Quies, leur repos ou moindre mouvement.
La seconde raison qui rend l'étude des catégories dangereuse, est qu'elle accoutume les hommes à se payer de mots , à s'imaginer qu'ils savent toutes choses, lorsqu'ils n'en connaissent que des noms arbitraires qui n'en forment dans l'esprit aucune idée claire et distincte , comme on le fera voir en un autre endroit ^.
On pourrait encore parler ici des attributs des Lallistes*^^ bonté , puissance , grandeur, etc. ; mais en vérité c'est une chose si ridicule , que l'imagination qu'ils ont , qu'appliquant ces mots métaphysiques à tout ce qu'on leur propose , ils pourront rendre raison de tout, qu'elle ne mérite seulement pas d'être réfutée.
Un auteur de ce temps a dit avec grande raison que les règles de la logique d'Aristote servaient seulement à prouver à un autre ce que l'on savait déjà; mais que l'art de Lu!lo ne servait qu'à faire discourir sans jugement de ce qu'on ne savait pas. L'ignorance vaut beaucoup mieux que cette fausse science qui fait que l'on s'imagine savoir ce qu'on ne sait point. Car, comme saint Augustin a très judicieusement remarqué dans le livre de l'Utilité de la créance, cette disposition d'esprit est très blâmable pour deux raisons : l'une, que celui qui s'est faussement persuadé qu'il connaît la vérité, se rend par là incapable de s'en faire instruire; l'autre , que cette présomption et cette témérité est une marque d'un esprit qui n'est pas bien fait : Opinari, duas oh res turpissimum est : quod discerc non potest qui sibijamse scire persuasity et perse ipsa temeritas non benè affecti animisignum est. Car le mot opinari, dans la pureté de la langue latine, signifie la disposition d'un esprit qui consent trop légèrement à des choses incertaines, et qui croit ainsi savoir ce qu'il ne sait pas. C'est pourquoi tous les