CHAPITRE VI
Des idées, considérées selon leur généralité, particularité et singularité.
Qiloicpie toutes les choses qui existent soient singulières, néanmoins, par le moyen des abstiactions que nous venons d'expli- (juer, nous ne laissons pas d'avoir tous plusieurs sortes d'idées, dont les \mes ne nous représ(Mitent qu'une seule chose, conune ridée que chacun a de soi-même, et les autres en peuvent également représenter plusieurs, comme lorsque quelqu'un conçoit un triangle sans y considérer autre chose, sinon que c'est une figure à trois ligni^s et à trois angles ; l'idée (]u'il on a formée peut lui servir a concevoir tous les autres triangles.
Les idées qui no représentent qu'une seule chose s'appellent
singulières ou individuelles, et ce qu'elles représentent, des individus ; et celles qui en représentent plusieurs s'appellent universelles, communes, générales.
■ Les noms qui servent à marquer les premières s'appellent propres, Socrate, Rome, Bucéphale; et ceux qui servent à marquer les dernières , communs et appellatifs , comme homme , ville , cheval; et tant les idées universelles que les noms communs, peuvent s'appeler termes généraux.
Mais il faut remarquer que les mots sont généraux en deux manières : l'une, que l'on appelle univoque, qui est lorsqu'ils sont liés avec des idées générales ; de sorte que le même mot convient à plusieurs, et selon le son, et selon une même idée qui y est jointe : tels sont les mots dont on vient de parler, d'homme, de ville, de cheval.
L'autre, qu'on appelle équivoque, qui est lorsqu'un même son a été lié par les hommes à des idées différentes; de sorte que le même son convient à plusieurs, non selon une même idée, mais selon les idées différentes auxquelles il se trouve joint dans Fusage : ainsi le mot de canon signifie une machine de guerre, et un décret de Concile, et une sorte d'ajustement; mais il ne les signifie que selon des idées toutes différentes.
Néanmoins cette universalité équivoque est de deux sortes. Car les différentes idées jointes à un même son, ou n'ont aucun rapport naturel entre elles, comme dans le mot de canon, ou en ont quelqu'un, comme lorsqu'un mot étant principalement joint à une idée, on ne le joint à une autre idée que parce qu'elle a un rapport de cause ou d'effet, ou de signe, ou de ressemblance à la première ; et alors ces sortes de mots équivoques s'appellent analogues; comme quand le mot de sain s'attiibue à l'animal, à l'air et aux viandes, car l'idée jointe à ce mot est principalement la santé qui ne convient qu'à l'animal ; mais on y joint une autre idée approchante de celle-là, qui est d'être cause de la santé, qui fait qu'on dit qu'un air est sain, qu'une viande est saine, parce qu'ils servent à conserver la santé.
Mais quand nous parlons ici de mots généraux, nous entendons les univoquesqui sont joints à des idées universelles et générales.
Or, dans ces idées universelles, il y a deux choses qu'il est très important de bien distinguer, la compréhension et rétendue.
J'appelle compréhension de l'idée, les attributs qu'elle enferme en soi, et qu'on ne peut lui ôter sans la détruire, comme la compréhension de l'idée du triangle enferme extension, figure, troig