‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 29 sur 214 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

individu distinctement connu; mais l'équivoque arrive seulemon t parce que l'esprit, au lieu de ce sujet confus, y substitue souvent lin sujet distinct et (l(H(»rniiné, au<juel il attribue la forme et le modt;. (^ar, comme les hommes sont de différents avis sur ce sujet, ils peuvent donner cette qualité à diverses personnes, et les marquer ensuite par ce mot, qu'ils croient leur convenir, comme autrefois on entendait Platon par le nom de prince des philosophes, et maintenant on entend Aristote.

Le mot de véritable religion n'étant pas joint avec l'idée distincte (rancune religion particulière, et demeurant dans son idée confuse, n'est point équivoque, puisqu'il ne signifie que ce qui est en effet la véritable religion. Mais lorsque l'esprit a joint cette idée de véritable religion à une idée distincte d'un certain culte particulier distinctement connu, ce mot devient très équivoque, et signifie, dans la bouche de chaque peuple, le culte qu'il prend pour véritable.

Il en est de même de ces mots, sentiment d'un tel philosophe sur une telle matière; car, demeurant dans leur idée générale, ils signifient simplement et en général la doctrine que ce philosophe a enseignée sur cette matière, comme ce qu'a enseigné Aristote sur la nature de notre âme, id quod sensit talis scriptor ; et cet iW, c'est-à-dire cette doctrine, demeurant dans son idée confuse sans être appliquée à une idée distincte, ces mots ne sont nullement équivoques ; mais lorsqu'au lieu de cet id confus, de cette doctrine confusément conçue, l'esprit substitue une doctrine distincte et un sujet distinct, alors, selon les différentes idées distinctes qu'on y pourra substituer, ce terme deviendra équivoque. Ainsi, Popinion d'Aristote touchant la nature de notre âme est un moté(iuivoque dans la bouche de Pomponace**, qui prétend qu^il l'a crue mortelle, et dans celle de plusieurs autres interprètes de ce philosophe, qui prétendent, au contraire, qu'il l'a crue immortelle, aussi bien que ses maîtres Platon et Socrate*^. Et de là ii arrive ({ue ces sortes de mots peuvent souvent signifier une chose à (jui la forme exprimée indirectement ne convient pas. Supposant, par exemple, (pie Philippe n'ait pas été véritablement père (rAh^xandre, comme Alexandre lui-m(Miie le voulait faire croire, le mot de fils de Pliilippc, qui signifie en général celui qui a été engendré par Philippe, étant appliqué par erreur à Alexandre, signitieia une personne qui ne serait pas véritablement le fils de Philippe.

Le mot de sens de VÉcriture étant appliqué par un hérétique à une erreur contraire à PÉcriture, signifiera dans sa bouche cette

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erreur qu'il aura cru être le sens de l'Écriture, et qu'il aura, dans cette pensée, appelée le sens de l'Écriture. C'est pourquoi les calvinistes n'en sont pas plus catholiques, pour protester qu'ils ne suivent que la parole de Dieu, car ces mots de parole de Dieu signifient dans leur bouche toutes les erreurs qu'i's prennent faussement pour la parole de Dieu.

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