‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 51 sur 214 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

que nous avons expliqués d'une autre manière ; mais en ce qui regarde le verbe, dont il traite dans le chap. xiii , je ne ferai que transcrire ce que cet auteur en dit, parce qu'il m'a semblé que l'on n'y pouvait rien ajouter.

Les hommes , dit-il , n'ont pas eu moins besoin d'inventer des mots qui marquassent l'affirmation, qui est la principale manière de notre pensée , que d'en inventer qui marquassent les objets de nos pensées.

Et c'est proprement en quoi consiste ce que l'on appelle verbe , qui n'est rien autre qu'wn mot dont le principal usage est de signifier V affirmation , c'est-à-dire de marquer que le discours où ce mot est employé est le discours d'un homme qui no conçoit pas seulement les choses , mais qui en juge et qui les affirme ; en quoi le verbe est distingué de quelques noms, qui signifient aussi l'affirmation, comme affirmans, affirmatio , parce qu'ils ne la signifient qu'en tant que, par une réflexion d'esprit, elle est devenue l'objet de notre pensée; et ainsi ils ne marquent pas que celui qui se sert de ces mots affirme, mais seulement qu'il conçoit une affirmation.

J'ai dit que le principal usage du verbe était de signifier l'affirmation, parce que nous ferons voir plus bas que l'on s'en sert encore pour signifier d'autres mouvements de notre âme, comme ceux de désirer, de prier, de commander, etc. Mais ce n'est qu'eu changeant d'inflexion et de mode , et ainsi nous ne considérons le verbe, dans tout ce chapitre, que selon sa principale signification, qui est celle ((u'il a à l'indicatif. Selon cette idée. Ton peut dire que le verbe de lui-même ne devrait point avoir d'autre usage que de marquer la liaison que nous faisons dans notre esprit des deux termes d'une proposition ; mais il n'y a que le verbe êlrcy qu'on appelle substantif, qui soit demeuré dans cette simplicité, et encore n'y est-il proprement demeuré que dans la troisième personne du présent e.si, et en de certaines rencontres : car, comme les hommes se portent naturellement à abréger leurs expressions, lisent joint presque toujours à l'afiirmation d'autres significations dans un mémo mot.

I. Ils y ont joint celle de quelque attribut, de sorte qu'alors deux mots font une proposition, comme quand je dis: Pctrus vivit , Pierre iiit , parce que le mot de invit enferme seul l'affirmation , et de plus l'attribut d\Hre vivant ; et ainsi c'est la même chose do dire Pierre vit, (jue do dire Pierre est virant. De là est venue la grande diversité de verbes dans chai[uc langue ; au lieu que si

l'on s'était contenté de donner au verbe la signification générale de l'affirmation, sans y joindre aucun attribut particulier, on n'aurait eu besoin dans chaque langue que d'un seul verbe , qui est celui que l'on appelle substantif.

II. Ils ont encore joint en de certaines rencontres le sujet de la proposition ; de sorte qu'alors deux mots peuvent encore, et même un seul mot , faire une proposition entière : deux mots , comme quand je dissum homo, parce que sum ne signifie pas seulement l'affirmation, mais enferme la signification du pronom ego qui est le sujet de cette proposition, et que l'on exprime toujours en français je suis homme: un seul mot, comme quand je dis vivo, sedeo; car ces verbes enferment dans eux-mêmes l'affirmation et l'attribut, comme nous avons déjà dit; et, étant à la première personne, ils enferment encore le sujet je suis vivant, je suis assis. De là est venue la différence des personnes qui est ordinairement dans tous les verbes.

III. Us ont encore joint un rapport au temps au regard duquel on affirme ; de sorte qu'un seul mot, comme cœnâsti, signifie que j'affirme de celui à qui je parle l'action de souper, non pour le temps présent, mais pour le passé, et de là est venue la diversité des temps qui est encore pour l'ordinaire commune à tous les verbes.

La diversité de ces significations, jointe à un même mot, est ce qui a empêché beaucoup de personnes, d'ailleurs fort habiles, de bien connaître la nature du verbe, parce qu'ils ne l'ont pas considéré selon ce qui lui est essentiel, qui est V affirmation, mais selon ces autres rapports qui lui sont accidentels en tant que verbe.

Ainsi Aristote s'étant arrêté à la troisième des significations ajoutées à celle qui est essentielle au verbe, l'a défini, vox significans cum tempore"^^, un mot qui signifie avec temps.

D'autres, Comme Buxtorf^'^^ y ayant ajouté la seconde, l'ont défini, vox flexilis cum tempère etpersonâ, un mot qui a diverses inflexions avec temps et personnes.

D'autres s'étant arrêtés à la première de ces significations ajoutées, qui est celle de l'attribut, et ayant considéré que les attributs que les hommes ont joints à l'affirmation dans un même mot sont d'ordinaire des actions et des passions, ont cru que l'essence du verbe consistait à signifier des actions ou des passions.

Et enfin, Jules-César Scaliger a cru trouver un mystère dans son livre des Principes de la langue latine, en disant que la distinction de choses in permanentes et fluentes, en ce qui demeure

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