DEUXIÈME PARTIE
sujet do cctto proposition contient deux propositions, puisqu'il comprend deux verbes ; mais comme ils sont joints par des qui, ils ne font que partie du sujet : au lieu que quand je dis, les biens et les maux viennent du Seigneur, il y a proprement deux sujets, parce qu(,' j'nfRrme également de l'un et de l'autre qu'ils viennent de Dieu.
Et la raison de cela est , que les propositions jointes à d'autres par des qui, ou ne sont des propositions que fort imparfaitement, selon ce qui sera dit plus bas, ou ne sont pas tant considérées comme des propositions que l'on fasse alors, (}ue comme des propositions qui ont été faites auparavant , et qu'alors on ne fait plus que concevoir, comme si c'étaient de simples idées. D'où vient qu'il est indifférent d'énoncer ces propositions incidentes par des noms adjectifs ou par des participes sans verbes et sans qui, ou avec des verbes et des qui ; car c'est la même chose de dire Dieu invisible a créé le monde visible, ou Dieu qui est invisible, a créé le monde qui est visible. A lexandre, le plus généreux de tous les rois, a vaincu Darius, ou Alexandre, qui a été le plus généreux de tous les rois, a vaincu Darius : et dans l'un et dans l'autre, mon but principal n'est pas d'affirmer que Dieu soit invisible, ou qu'Alexandre ait été le plus généreux de tous les rois ; mais supposant l'un et l'autre comme affirmé auparavant, j'affirme de Dieu conçu comme invisible, qu'il a créé le monde visible, et d'Alexandre conçu comme le plus généreux do tous les rois, qu'il a vaincu Darius.
Mais si je disais : Alexandre a été le plus généreux de tous les rois et le vainqueur de Darius, il est visible que j'affirmerais également d'Alexandre, et qu'il aurait été le plus généreux de tous les rois, et qu'il aurait été le vainqueur de Darius. Et ainsi c'est avec raison (}u'oM appelle ces dernières sortes de propositions des propositions composées, au lieu qu'on peut appeler les autres des propositions complexes.
11 faut encore remarquer que ces propositions complexes peuvent être de deux sortes : car la complexion, pour parler ainsi, peut tomber on sur la matière de la proposition , c'est-à-dire sur le sujet ou sur Tattribut, ou sur tous les deux, ou bien sur la forme seulement.
1° La comi^lexion tombe sur le sujet , cpiand le sujet est un terme complexe, comme dans cette proposilidn : Tout homme qui ne craint rien est roi : Rcx est qui metuit nihil.
Beaiiis illc qui prociil negotiis^ il prisca (jfiis morialiuin,
vu LOGIQUE.
Paterna rura bobiis exercet suis, Solutus omni fœnore^^.
Car le verbe est est sous-entendu dans cette dernière proposition, et beatus en est l'attribut, et tout le reste le sujet.
2° La complexion tombe sur l'attribut , lorsque l'attribut est un terme complexe, comme : La piété est un bien qui rend Vhomme heureux dans les plus grandes adversités.
Sum pius JEneas famâ super œthei-a notus^.
Mais il faut particulièrement remarquer ici que toutes les propositions composées de verbes actifs et de leur régime, peuvent être appelées complexes, et qu'elles contiennent en quelque manière deux propositions. Si je dis, par exemple, Brutus a tué un tyran, cela veut dire que Brutus a tué quelqu'un, et que celui qu'il a tué était tyran. D'où vient que cette proposition peut être contredite en deux manières, ou en disant : Brutus n'a tué personne, ou en disant que celui qu'il a tué n'était pas tyran. Ce qu'il est très important de remarquer, parce que lorsque ces sortes de propositions entrent en des arguments, quelquefois on n'en prouve qu'une partie en supposant l'autre : ce qui oblige souvent, pour réduire ces arguments dans la forme la plus naturelle, de changer l'actif en passif, afm que la partie qui est prouvée soit exprimée directement, comme nous remarquerons plus au long quand nous traiterons des arguments composés de ces propositions complexes.
3*^ Quelquefois la complexion tombe sur le sujet et sur l'attribut ; l'un et l'autre étant un terme complexe, comme dans cette proposition : Les grands qui oppriment les pauvres seront punis de Dieu, qui est le protecteur des opprimés.
nie ego qui qiiondam gracili modulatua avtnà Carmen^ et egressus silvis vicina coégi, L7, qiiamvis avido, parèrent arva colono, Gratiim opus agricolis : at mine horrentia Martis A)-ma^ virumque cano, Trojœ qui primus ah oris Ilaliam, fato profugus, Lavinaque venil Littoral.
Les trois premiers vers et la moitié du quatrième composent le sujet de cette proposition ; le reste en compose l'attribut, et l'affirmation est enfermée dans le verbe cano.
Voilà les trois manières selon lesquelles les propositions peuvent être complexes, quanta leur matière, c'est-à-dire quant à leur sujet et à leur attribut.
DKUXltMt PARTIE. 125