‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 149 sur 172 · IV. J'ai dit : T supposé que ces choses ne puissent pas lui · texte numérisé non relu

IV. J'ai dit : T supposé que ces choses ne puissent pas lui

('tre intimement unie^^. » parce (jue je prétends, comme on verra par la suite , que l'étendue intelligible, les nombres, l'infini, en un mot. toutes, les natures immuables que T)\eu renferme dans l'immensité et la simplicité de sa substance infiniment infinie, peuvent , sans idée, s'unir à l'àme. de manière qu'elle les contemple. Je prétends même qu'on ne connaît les créatures que par le moyen de cette substance divine et intelligible dans laquelle Dieu même les voit.

V. A l'égard des objets sensibles, je prétends, chapitre r^ de la deuxième partie du troisième livre , que nous ne pouvons les apercevoir, si leurs idées (je n'examine point encore ce que c'est qu'idée) « ne viennent ou de ces objets, ou que « notre àme ait la puissance de les produire , ou que Dieu a les ait produites avec elle en la créant, ou qu'il les pro- « duise toutes les fois qu'on pense à quelque objet , ou que « l'àme ait en elle-même toutes les perfections qu'elle voit « dans ces corps, ce qui revient au sentiment de M. Aniauld, « ou enfin qu'elle soit unie avec un Être tout parfait et qui « renferme généralement toutes les perfections des êtres « créés. »

VI. M. Arnauld, page 33, rapporte aussi cette énumèration des manières dont on peut voir les objets sensibles, et il ajoute : « Si ces prétendus êtres représentatifs des corps n'étaient pas de pures chimères, j'avouerais sans peine qu'il faudrait qu'ils se trouvassent dans notre esprit par quelqu'une de ces cinq manières. Mais, comme je suis persuadé qu'il n'y a rien de plus chimérique, j'ai le dernier étonnement que notre ami, qui a détruit tant d'autres chimères, ait pu donner dans celle-ci. »

VII. Ainsi, selon M. Arnauld, mon analyse ou ma division est exacte, et il convient, page 107, « que les quatre premières n'ont aucune apparence de vérité, «et, par conséquent, il est nécessaire que la cinquième soit véritable, et que tout l'ouvrage de M. Arnauld se renverse, supposé que

A M. ARrsALLD. 311

je prouve la nécessité des idées différentes des modalités représentatives qu il a découvertes, quoiqu'il n'y ait personne au monde qui n'en sache sur cela autant que lui, comme on verra dans la suite; car voici son sentiment.

VIII. Il prétend quafin que l'esprit aperçoive tel ou t^^l objet, il suffit qu'il soit modifié de telle ou telle manière. « Les vraies modifications , dit-il , ne se pouvant concevoir sans concevoir la substance dont elles sont modifications : si ma nature est de penser, et que je puisse penser à diverses choses sans changer de nature , il faut que ces diverses pensées ne soient que différentes modifications de la pensée qui fait ma nature ; » et il croit que son opinion est si claire et si certaine, qu'il trouve qu'il est c ridicule de demander d'où vient que notre esprit aperçoit les objets? Ceux, dit-il, qui ne veulent pas voir ce que c'est qu'apercevoir les objets, je ne sais pas comment le leur faire mieux entendre qu'en leur disant que la nature de l'esprit est de les apercevoir. » Je l)ense qu'il n'y a point d'homme qui n'en pût dire autant que lui.

IX. M. Arnauld ne met donc point de différence entre les perceptions de l'ùme, en tant que modalités de sa substance, et les idées des objets ; il prend la perception et l'idée pour une même chose, page 36 ; en un mot, selon lui, page 37, « toutes nos perceptions sont des modalités essentiellement représentatives. » Il regarde enfin le sentiment de ceux qui prétendent qu'outre la modification de Fàme. il est nécessaire qu'il y ait une idée différente de la même modification , afin que cette modification soit perception de quelque chose, comme un préjugé dans lequel il croit que les philosophes ont donné sur de sottes raisons (chap. 2"), et « que l'auteur de la Recherche de la Vérité les ait reçues aussi bien qu'eux sans autre examen; rien, en vérité, n'est plus étonnant. » Ce sont ses paroles.

Page 1