‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 26 sur 172 · CHAPITRE IV. fi · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. fi

« étendues, et 1 àme ne Tétant pas, il n v a point de pro- « portion entre elles. Outre que nos âmes ne sortent point du « corps pour mesurer la grandeur des cieux, et par consé- « quent elles ne peuvent voir les corps de dehors que par « des idées qui les représentent : c'est de rpioi tout le monde « doit tomber dacconl. » On ne pourrait parler avec plus de confiance quand on n'aurait à proposer que des choses aussi claires que des axiomes de géométrie. Aussi . poursuit-il du même ton :

« Nous assurons donc qu'il est absolument nécessaire que ff les idées que nous avons des corps et de tous les autres « objets que nous n'apercevons point par eux-mêmes , vien- « nent de ces mêmes corps et de ces objets . ou bien que « notre àme ait la puissance de produire ces idées , ou que (I Dieu les ait produites avec elle en la créant , ou qu'il les w produise toutes les fois qu'on pense à quelque objet, ou « que rame ait en elle-même toutes les perfections qu'elle « voit dans ces corps , ou enfin qu'elle soit unie avec un être « tout parfait , et qui renferme généralement toutes les {^r-

fections des êtres créés. »

Si ces prétendus êtres représentatifs des corps n'étaient pas de pures chimères , j'avouerais sans peine qu'il faudrait qu'ils se trouvassent dans notre àme par quelqu'une de ces cinq manières. Mais comme je suis persuadé qu'il n'y a rien de plus chimérique , j'ai le dernier étonnement de ce que notre ami , qui a détruit tant d'autres chimères semblables, ait pu donner dans celle-ci.

La conclusion a le même air de confiance . mais accompagnée de quelques termes modestes , dont ne laissent pas de se sersir ceux qui sont le plus persuadés qu'ils n'avancent rien qui ne soit de la dernière clarté.

« Nous ne saurions voir les objets quen Tune de ces « manières. Examinons quelle est celle qui semble la plus « vraisemblable de toutes , sans préoccupation et sans nous « effrayer de la diinculté de cette question ; peut-être que

u nous la résoudrons assez clairement , quoique nous ne « prétendions pas donner ici des démonstrations incon- « testables pour toutes sortes de personnes, mais seuie- « ment des preuves tres-convaincantes pour ceux au moins « qui les méditeront avec une attention sérieuse ; car on « passerait peut-être pour téméraire si l'on parlait autre- « ment. »

Et moi , Monsieur, je ne crains point de passer pour téméraire en vous disant deux choses : lune, que ces idées , prises pour des êtres représentatifs distingués des perceptions, n'étant point nécessaires à notre àme pour voir les corps, il n'est par conséquent nullement nécessaire quelles soient en elle par aucune de ces cinq manières; l'autre, que la moins vraisemblable de toutes ces manières , et par laquelle on peut le moins expliquer comment notre àme voit les corps, est celle que notre ami a préférée à toutes les autres.

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