CHAPITRE V
soit par les jugements qu'il en fait, soit par. ce quil en découvre en raisonnant. Et ainsi, quoiqu'il y ait une infinité de figures dont je ne connais la nature que par de longs raisonnements, je ne laisse pas, lorsque je les ai faits , d'avoir une idée aussi véritable de ces figures que j'en ai du cercle ou du triangle, que je puis concevoir d'abord. Et , quoique peut-être ce ne soit aussi que par raisonnement que je suis entièrement assuré qu'il y a véritaljlement hors de mon esprit une terre , un soleil et des étoiles , l'idée qui me représente la terre, le soleil et les étoiles comme étant vraiment existants hors de mon esprit, n'en mérite pas moins le nom d'idée que si je l'avais eue sans avoir eu besoin de raisonner.
10. Il y a encore une autre équivoque à démêler : c'est qu'il ne faut pas confondre Vidée d'un objet avec cet objet conçu, à moins qu'on n'ajoute en tant qu'il est objectivement dans l'esprit: car être conçu, au regard du soleil qui est dans le ciel n'est qu'une dénomination extrinsèque, qui n'est qu'un rapport à la perception que j'en ai. Or, ce n'est pas cela que l'on doit entendre quand on dit que l'idée du soleil est le soleil même, en tant qu'il est objectivement dans mon esprit ; et ce qu'on appelle être objectivement dans l'esprit n'est pas seulement être l'objet qui est le terme de ma pensée , mais c'est être dans mon esprit intelligiblement , comme les objets ont accoutumé d'y être; et l'idée du soleil est le soleil, en tant qu'il est dans mon esprit, non formellement comme il est dans le ciel, mais objectivement , c'est-à-dire en la manière que les objets sont dans notre pensée , ce qui est une manière d'être beaucoup plus imparfaite que n'est celle par laquelle le soleil est réellement existant , mais qu'on ne peut pas dire néanmoins n'être rien et n'avoir pas besoin de cause.
n. Quand je dirai que l'àme fait ceci ou cela, et qu'elle a la faculté de faire ceci ou cela, j'entends par le mot de faire la perception qu elle a des objets, qui est une de ses modifications, sans me mettre en peine de la cause efficiente
dU des vraies et des fausses idées.
de cette modification, cest-à-diro si c'est Dieu qui la lui donne . ou si elle se la donne à elle-même ; car cela ne regarde point la nature des idées, mais seulement leur origine, qui sont des questions toutes différentes.
M. J'appelle /Wcu//e le pouvoir que je sais certainement qu'aune chose ou spirituelle ou corporelle, ou d'agir, ou de pàtir, ou dètre dune telle ou telle manière, c'est-à-dire d'avoir une telle ou telle modification.
13. Et, quand cette faculté est certainement une propriété de la nature de cette chose, je dis alors qu'elle la tient de l'auteur de sa nature, qui ne peut être que Dieu.
1 . On ne doit recevoir pour vrai . quand on prétend savoir les choses par science , que ce que Ton conçoit clairement.
2. Rien ne nous doit faire douter de ce que nous savons avec une entière certitude, quelques difficultés qu'on nous puisse proposer contre.
3. C'est un visible renversement d'esprit de vouloir expliquer ce qui est clair et certain pardes choses obscures et incertaines.
4. On doit rejeter comme imaginaires de certaines entités dont on n'a aucune idée claire, et qu'on voit bien qu'on n'a inventées que pour expliquer des choses qu'on s'imaginait ne pouvoir bien comprendre sans cela.
5. Et cela est encore plus indubitable quand on les peut fort bien expliquer sans ces entités inventées par les nouveaux philosophes.
6. Rien ne nous est plus certain que la connaissance que nous avons de ce qui se passe dans notre âme , quand nous nous arrêtons là. Il m'est très-certain, par exemple, que je conçois des corps quand je crois concevoir des corps , quoiqu'il puisse n'être pas certain que les corps que je conçois, ou soient véritablement , ou soient tels que je les conçois.
7. Il est certain, ou par la raison, en supposant que Dion ne saurait être trompeur, ou au moins par la foi. que j";!