‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 62 sur 172 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

sieine livre, il s'en rétracte dans les Eclaircisseme7}is: et il y prend un tour tout différent, qu'il a cru meilleur, quoiqu'il soit incomparablement plus mauvais et moins propre à nous faire entendre ce qu'il yeut que nous croyions de l'union de notre àme avec Dieu, pour voir en lui toutes choses.

On en jugera , en comparant ensemble ces deux endroits : voici le premier, page 200. Apres avoir supposé deux choses très-vraies : Tune , « que Dieu a en lui-même les idées de « tous les êtres qu'il a créés ; » l'autre , « que Dieu est trèsi< intimement uni à nos âmes par sa présence . >> il en conclut , (( que l'esprit peut voir en Dieu les ouvrages de Dieu , « supposé que Dieu veuille bien lui découvrir ce qu'il y a en « lui qui les représente. » Remarquez cette condition, elle enferme deux choses : l'une , que Dieu veuille découvrir à l'homme ce qu'il suppose sans fondement lui être nécessaire pour connaître les ouvrages de Dieu ; l'autre, que ce que Dieu lui doit découvrir pour cela , est ce qui en Dieu représente chacun de ses ouvrages, c'est-à-dire les idées selon lesquelles il les a faits , comme saint Augustin l'enseigne , et saint Thomas après lui. On ne doute pas que si Dieu voulait découvrir à l'homme ses divines idées pendant cette vie . ce ne lui fût un moyen de connaître les créatures tres-parfaitement ; mais on nie qu'il n'ait point d'autre moyen de les lui faire connaître; et il y a bien des raisons qui font voir qu'il n'use point de ce moyen pour nous en donner la connaissance, surtout pendant cette vie ; car il faudrait pour cela qu'il se fît voir a nous face à face, comme il se fait voir aux bienheureux.

Il a bien prévu cette objection; et voici ce qu'il dit pour la prévenir (page 200) :

(f Mais il faut bien remarquer qu'on ne peut pas conclure « que les esprits voient l'essence de Dieu, de ce qu'ils voient « toutes choses en Dieu de cette manière ; parce que ce qu'ils « voient est très-imparfait, et que Dieu est très-parfait. Ils (' voient de la matière divisible, figurée , etc. ; et en Dieu il V n'y a rien qui soit divisible ou figuré; car Dieu est tout

« être, parce qu'il est infini et qu'il comprend tout : mais il <' nest aucun être en particulier. Cependant , ce que nous « voyons n'est qu'un ou plusieurs êtres en particulier, et nous « ne cx)mprenons point cette simplicité parfaite de Dieu, qui « renferme tous les êtres. Outre qu'on peut dire qu'on ne voit « pas tant les idées des choses , que les choses mêmes que les (' idées représentent ; car, lorsqu'on voit un carré, par exem- « pie. on ne dit pas que l'on voit l'idée de ce carré qui est « unie à l'esprit, mais seulement le carré qui est au dehors.»

S'il pouvait y avoir quelque vraisemblance dans une opinion mal fondée . c'est tout ce qu'on pourrait dire de mieux, pour ne rien attribuer a Dieu qui soit indigne de lui. supposé qu'il ait voulu se servir de ces êtres représentatifs. Mais c'est mal connaître notre esprit , que de s'imaginer qu'une idée , qui serait en Dieu . et que notre esprit ne verrait pas, lui pût servir à connaître ce que cette idée représente. C'est comme qui dirait que le portrait dun homme, que je ne connaîtrais que de réputation, étant mis si proche ou si loin de mes yeux ([ue je ne le pourrais voir, ne laisserait pas de me pouvoir servir à connaître le visage de cet homme.

C'est peut-être aussi ce qui lui a fait abandonner cette voie pour en prendre une autre qui lui fait éviter cet inconvénient . mais qui le fait tomber en plusieurs infiniment plus grands , comme nous le verrons plus bas.

Mais je me contenterai de considérer ici que, voulant changer sa première manière de voir les choses en Dieu , il l'a fait en niant une chose très-véritable, qu'il avait reconnue auparavant ; car il avait assez fait entendre que cette manière consistait en ce que Dieu nous découvrait chacune de ses idées : et c'est de quoi il ne veut plus demeurer d'accord dans ses Éclaircissements, comme il le déclare en ces termes (page 548, :

i( Lorsque j'ai dit que nous voyons les différents corps, par « la connaissance que nous avons des perfections de Dieu , « qui les représentent, je n'ai i>as prétendu précisément qu'il

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