CHAPITRE XXII
matérielles ? Et puisque c'est en cela que cet auteur met l'illumination de Dieu au regard de la connaissance des choses naturelles, en ce quil nous les fait voir en lui-même, la volonté de Dieu ne serait donc pas conforme à l'ordre si , nous faisant voir toutes les choses matérielles en lui . il n'y avait que notre àme au regard de laquelle il ne nous ferait pas la même grâce de nous la faire voir en lui , quoiqu'il nous fût beaucoup plus important de la connaître en cette manière (si ce qu'en dit cet auteur était véritable) que de connaître des corps.
2. La deuxième raison qui fait penser à cet auteur « que « nous voyons tous les êtres à cause que Dieu veut que ce « qui est en lui qui les représente nous soit découvert , cest « que cela met les esprits créés dans une entière dépendance a de Dieu et la plus grande qui puisse être. » Pourquoi donc, si cela était vrai de tous les êtres, ne le serait-il pas de notre àme? Pourquoi l'excepter d'une proposition si générale? Pourquoi voudra-t-on que Tesprit créé soit dans une entière dépendance de Dieu pour connaître le soleil , un cheval . un arbre, une mouche, et qu'il ne soit pas dans la même dépendance pour se connaître soi-même?
3. La preuve, qu'on a crue être une démonstration pour ceux qui sont accoutumés aux raisonnements abstraits, et dont nous avons parlé dans le chapitre 16, ne prouve rien absolument , comme je l'ai déjà fait voir; mais, si elle prouvait quelque chose, ce devrait être plutôt à l'égard de la connaissance que l'âme a de soi-même que de tout autre objet. « Tout ce qui vient de Dieu ( dit-il, page 202 ) ne peut « être que pour Dieu ; or, si Dieu faisait un esprit qui eut « le soleil pour l'objet immédiat de sa connaissance, il sem- « blerait qu'il aurait fait le soleil pour cet esprit . et non pas (c pour lui : afin donc que cela ne soit pas, il faut que Dieu, « nous faisant voir le soleil , nous fasse voir quelque chose (' qui soit en lui. » Qu'on nous dise donc ce qu'il faudra répondre à un homme qui raisonnera de la même sorte, en
moltant soulemont noire âme au liou du suleil. <- Tout co qui « vient de Dieu ne peut être que pour Dieu ; or, si l'objet « immédiat de la connaissance de notre âme était notre àme « même, il semblerait que Dieu aurait fait notre âme pour « elle-même et non pas pour lui : afin donc que cela ne soit « pas, il faut que Dieu , nous faisant voir notre àme, nous « fasse voir quelque chose qui soit en lui ; » il a donc été nécessaire que nous ne pussions voir notre àme qu'en Dieu , non plus que les choses matérielles.
4. Ce n'est aussi qu'a posteriori, pour parler ainsi , que cet auteur prétend prouver que nous ne voyons point notre âme en Dieu , ou , ce qu'il prend pour la même chose , que nous ne la voyons point j^ar idée, mais seulement par conscie?ice et par sentiment intérieur. Car voici comme il raisonne :
On voit d'une manière très-parfaite les choses que Ton voit en Dieu ', et on peut découvrir dune simple vue si telles ou telles modifications leur appartiennent -; car, comme les idées des choses qui sont en Dieu renferment toutes leurs propriétés ', qui en voit les idées en peut voir successivement les propriétés.
Or, la connaissance que nous avons de notre àme est fort imparfaite *, et nous ne connaissons point les propriétés dont elle est capable comme nous connaissons toutes les propriétés dont l'étendue est capable.
Donc nous ne connaissons point notre àme par son idée, et nous ne la voyons point en Dieu.
Mais , sans avoir besoin d'examiner si la connaissance que nous avons de notre àme est plus imparfaite que celle que nous avons de l'étendue, pour reconnaître tout d'un coup combien sa majeure est fausse , il ne faut que considérer que selon ses principes , toutes les choses créées hors notre àme
' Page 206.
= Page 489.
^ Page 206.
' Ibid.