‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 182 sur 306 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

leeorps C est composé ont commencé à se joindre^ 'plusieurs de celles du troisième ont été mêlées parmi elles; mais que, lorsque Taction de la matière du ciel les a par après davantage pressées, ees parties du troisième genre sont sorties du corps C, et se sont assemblées au-dessus vers D, où elles ont composé un corps fort diCTérent des deux précédents B et C, en même façon que, lorsqu'on marche sur la terre d*un marais, la seule Ibroe dont on la presse avec les pieds suffit pour faire qu*il sorte de l'eau de ses pores, et que toutes les parties de cette eau s'assemblent en un corps qui couvre sa superficie. 11 est aussi fort raisonnable de croire que, pendant que ces parties du troisième genre sont montées de G versD, il en est descendu d'autres de B, tant de ce même genre que du second, lesquelles ont êugmeoié ces deux corps G et D.

<s. Que oe corps ne s*est composé qoe d*aD seul senre de parUes.

Or, encore qu'il y ait eu au commencement plusieurs parties du second genre, aussi bien que de celles du troisième, mêlées avec celles du premier qui composoient le corps C, il est toutefois i remarquer que ces parties du second genre n'ont pu sortir si facilement de ce corps ( lorsqu'il a été davantage pressé) que celles du troisième ; ou bien, si quelques-unes en sont sorties, qu'elles y sont rentrées par après plus facilement , dont la raison est que celles du troisième genre ayant plus de soperfide, à raison de la quantité de leur matière, ont été plus aisément chassées hors de ce eorps C par la matière du ciel qui coule en ses pores ; et à cause qu'elles sont longues, elles se sont couchées de travers sur sa superficie, après être sorties de ses pores, de façon qu'elles n'ont pu y rentrer comme ont fait celles du second.

3S. Qoe tantes les parUes de ce genre selsoDt réduites & deçà espèces.

Ainsi plusieurs parties du troisième genre se sont assemblées vers D, et bien qu'elles n'aient peut-être pas été d'abord toutes égales ni entièrement semblables, elles ont toutefois eu cela de commun qu'elles n'ont pu s'attacher les unes aux autres n! à aucuns autres corps, et qu'elles ont suivi le cours de la matière du ciel qui couloit autour d'elles ; car c'est cela qui a été cause qu'elles se sont assemblées vers D. Et parce que la matière du dd qui est là parmi elles n'a cessé de les agiter et de faire qu'elles s'entre-suivent et succèdent à la place l'une de l'autre, elles ont dû, par soccession de temps, devenir fort unies et glissantes, et à peu près d'égale grosseur, afin de pauYoir remplir les mêmes places; en sorte qu'elles

se sont toutes réduites à deux espèces; à savoir, celles qui étoient au commencement les plus gros* ses sont demeurées toutes droites sans se plier, et les autres qui étoient assez petites pour être pliéea par l'agitation de la matière du dd se sont enter* tillées autour de ces plus grosses, et se sont mues conjointement avec elles. Or ces deux espèces de parties, dont les unes sont pliantes et les autres ne le sont pas, ont pu continuer plus aisément i se mouvoir, étant ainsi mêlées ensemble, qu'elles n'auroient pu faire étant séparées ; ce qui est cause qu'elles ne se sont point réduites à une seule espèce. Et bien qu'au commencement il y en ait eu de plus et de moins flexibles ou inflexibles par degrés, toutefois, parce que celles qui ont pu d'à* bord être pliées par l'action de la matière du ciel ont toujours continué par après à être pliées et repliées en diverses façons par cette même action, elles sont toutes devenues fort flexibles, ainsi que des petites anguilles ou des bouts de cordes, qui sont si courts qu'ils ne se nouent point les uns aux autres. Et, au contraire, celles qui n'ont point été pliées d'abord ne l'ont pu être aussi par après; ce qui fait qu'elles sont toutes fort roides et inflexibles.

ST. Comment le corps marqué G s'est divisé en plusieiirt autres.

Et il faut ici remarquer que le corps D a commencé à être séparé des deux autres B et G avant qu'ils fussent entièrement formés, c'est-à-dire avant que G fût devenu si dur que la matière du ciel ne pût serrer davantage ses parties, ni les faire descendre plus bas ; et aussi avant que les parties du corps B fussent toutes réduites à tel ordre que cette matière du ciel put librement passer de tous côtés parmi elles en lignes droites. De façon qu'il y a eu encore plusieurs parties de ce corps B qu'elle a fait descendre, quelques-unes desquelles ont été plus solides que celles qui composent le corps B , et les autres l'ont été moips. Or, pour celles qui l'ont été davantage, elles ont facilement passé au travers de ce corps D, parea qu'il est liquide ; et descendant jusques i G, quelques-unes sont entrées dans ses pores, et les autres, dont la grosseur ou la 4gure ne l'a pas pef mis, sont demeurées sur sa superficie ; et ainsi le corps G a été divisé en plusieurs diverses régions, selon les diverses espèces de parties qui l'ont composé et leurs divers arrangements; en sorte qu'il y a même peut-être quelques-unes de ces régions où il est entièrement fluide, i cause qu'il ne s'y est assemblé que des parties de telles %ures qu'elles ne se peuvent attacher les unes aux autres. Mais il est Impossible d'expliquer tout.

LES PRINCIPES DE hk PHILOSOPHIE.

S8, ÇflonpeDt Q 8*6»t formé up qualriëme corps aa-dessus du troisième.

Qmùi aui parties da troiafime élément qui ont été pousiéei faon du corps B par Taction de la matiîre du ciel, et qui étoient moins solides que celles du corps D, elies ont dû demeurer audessDs de sa superficie; et d'autant que plusieurs avoieotdes figures irrégulières, ainsi que sont celles des brandies d'arbres ou semblables, elles se sont peu à pea entrelacées et attachées les unes aat autres, en sorte qu'elles ont composé le corps E, qui est dur et fort différent des deux liquides 1 et D, entre lesquels il est. Et bien que ce corps B n*aiteu au commencement que fort peu d'épais* seur, et qu'il n'ait été que comme une petite peau ou écorce qui oonvroit la superficie du corps D, il a dA deyenlr peu à peu plus épais, à cause qu'il y a eu beaucoup de parties qui se sont Jointes à lui, tant de celles qui sont descendues du oorps B que de celles qui sont montées de D, en la ftiçoQ que Je dirai aui deux articles sui?ants. Et parce que les actions de la lumière et de la chaleur ont contribué à faire monter et deseendre ces parties du troisième élément qui se sont Jointes au corps E, celles qui 8*y sont jointes en cha~ que lieu durant l'été ou durant le jour ont été autrement disposées que celles qui s*y sont jointes l'hiver ou la nuit; ce qui a mis quelque distinction entre les parties de ce corps, en sorte qu'il est maintenant composé de plusieurs couches de matière qui sont comme autant de petites peaux étendues l'une sur l'autre.

se. GcmmeDl ce quatrième corps s^est accru et le troisièmo B'esl purifié.

Or il n*a pas été besoin de beaucoup de temps pour diviser la plus haute région de la terre en deux corps tels que B et C, ni pour assembler vers D les parties du troisième, ni même pour commencer vers E la première couche du quatrième : mais ce ne peut avoir été qu'en plusieurs années que toutes les parties du corps D se sont réduites Mt deux espèces tantét décrites, et que toutes les eouches du corps E se sont achevées, parce qu'au commencement il n'y a eu aucune raison qui ait empfiché que les parties du troisième élément qui i'assembloientvers D ne fussent quelque peu plus longues ou plus grosses les unes que les autres ; et même elles ont pu avoir diverses figures en hur loDgaour, et être plus grosses par un bout foe par l'autre, et enfin avoir des superficies qui •'étoient pas tout-i-fait glissantes et polies, mais ipuelque peu rudes et inégales, pourvu qu'elles se l'aient point tant été que cela les ait empêchées de se séparer desoorps C ou E ; mais parce qu'elles n*étoient pas Jointes Tune à Tautre, et que la ma*

tière du ciel qui coulott iiutour déciles ne cessolt de les agiter, elles ont dû, en s'entre-suivant et passant toutes par les paémes chemins, deyenir fort glissantes et unies et se réduire aux deux espèces de fipres qqe j'ai décriteç : ou bien celles qui n*ont pu s'y réduire ont ddi sortir de ce corps D ; et si elles oqt été plus solides que celles qai|f demeuroient, elles sont descendues vers C ; mais celles qui l'ont été moins sont montées en haut, dont la plupart se sopt arrêtées entre B et D, où elles ont servi de ipatière pour augmenter le corps E.

40. comment Hépalsseor de ce troblémeoorpe sPeet dbainois, en sorte qn'U est demeuré da respaoe entre Iql et le q^ trfème corps, lequel espace B*est renupH de la ipaUère do premier.

Car, pendant le Jour et l'été, la lumière et la chaleur du soleil, qui agissaient coQjointemeDt contre toute une moitié du corps D ^, augmeatoient tellement l'agitation des petites parties de cette moitié qu'elles ne pouvoient être contenues en si peu d'espace qu'auparavant; de fiiçou que, se trouvant enfermées entre les deux corps durs C et E, plusieurs étolent contraintes dépasser par les pores du corps E pour monter vers B, lesquelles par après, pendant l'hiver, descendoteot derechef vers D par le moyen de leur pesanteur, à cause que leur agitation étoit moindre. Mais plusieurs causes pouvoient les empêcher de retourner jusques à ce corps D, et faire que la plupart se joignissent au corps E ; car la lumière et la chaleur, en les agitant lorsqu'elles étoient enfermées entre B et C, les incitoient bien plus i monter que par après leur pesanteur ne les IdcI* toit à descendre ; et ainsi plusieurs se faisoient des passages au travers du corps E lorsqu'elles montoient, qui, n'y en rencontrant point en descendant, s'arrétoient sur sa superficie, oè elles servoient de matière pour l'augmenter ; et même quelques-unes se trouvoient tellement engagées en ses pores que, ne pouvant monter plus avant, elles fermoient le chemin i celles qui descendoient. Et enfin c'étoit presque toujours les plus petites, ^t même celles qui avotent des figures plus différentes du commun des autres, qui, pouvant être chassées du corps D par la plus ordinaire action de la matière subtile, se présentoient les premières pour monter vers E et vers B, oà rencontrant les parties de ces corps elles 8*attachoient quelquefois à elles, mais le plus souvent elles se divisoient et changeoient de figure, et ainsi cessoient d'être propres à composer le eorps D. Ce qui est cause qu'après plusieurs années 11 y a eu beaucoup moins de matière en ce corps D qu'il n'j

(IJ Voyet figure xxx.

QUATRIBME PARTIE

en afDli lorsque U coriNi E i^ pommeaoé à fie former, et qull n'est demeuré en lui que celles de ses parties qui ont pu se réduire aux deux espèces ^e j*ai décrites; et aussi que le corps E a été aoez épais et serré, d'autant que la plupart des parties qui sont sorties de D se sont arrêtées en ses pores, et ainsi l'ont rçndu plus serré, pu bien, cban^nt de figures et se joignant à quelquesones de celles du corps B, sont retombées sur sa superficie, et ainsi Tont repdu plus épais. Et enfin œia est cause qu'il est demeuré entre B et E un espace assez grand, fel qu*est F, qui n'a pu écre rempli que de la matière qui compose le corps B, en laquelle II y a eq des parties fort déliées qof ont pu ajsément passer par les pores du corps E pour entrer en la place de celles qqi sont sorties du corp9 D.

êL Goquneok i| i^esf bil plusieurs feotes dans le quairlëme corps.

Alnd, encore que le corps E fflt beaucoup plus massif et plus pesant c|qe celui qui ^toit vers P, et m^me ai)$s! peut-être que Ip corps B, il a dû toutefois pendant quelque temps se soutenir audessus comme une voûte, à cause de sa dureté. Mais il est à remarquer que, lorsqu'il a commencé à se former, les parties du corps D, à la superficie duque) il étoit jojnt, ont dû se réserver en Iql plusieurs pores par où elles pussent passer, à cause qu'il y en avoit continuellement plusieurs que la chaleur foisoit monter vers B durant le jpor» et que leur pesanteur faisolt redescendre T«n D durant la nuit ; en sorte qu'elles remplissoient toujours ces pores du corps B par lesquels elles pMolent. Au lieu que, par après, commen* çant i y avoir quelque espace entre B et E qui cooleuoit le corps P, quelques-unes des parties de fie I9orp0 P sont entrées en quelques-uns de ces pores du corps I ; mais étant plus petites qpe oelies da corps B qui avoient coutume d'y être, elles ne ks poutoieBt entièrement remplir. Et parce quHi B*]r « âUOQii vide en la nature, et que la matière des deu% premiers éléments achève toujours de icspllr les espaces que les parties du taoisième latts^it autour d'elles, cette matière des deux pre-> Biers éléments, entrant aveo Impétuosité dans oes pores airee les parties du corps P, a fait tel effort pour en élargir quelques-uns que les autres qui leur éloient voisins en devenolent plus étroits; et aîDsi qu'il s'est fait plusieurs fentes dans le corps E, lesquelles sont peu à peu devenues fort grau* (ks, e& même façon et pour les mêmes raisons qu'il aeoatnuie aussi de s'en faire dans la terre des Heux maréesgoax lorsque les chaleurs de l'été la

[4t. Gommeot ce quatrième cow H*^ rpffipn^ iMiPm pièces*

Or y ayant ainsi plusienn iéntai dans leoorps V, lesquelles s'apgmei)toient (le plus en plus, elles sont enfin devenues si grandes qu'il n'4 pu se soutenir pins longtemps par la liaison de ses papties, et que la voftte qu'il composDit se erevaot tout d*un coup, sa pesanteur l'a bit tomber ea grandes pièces sur la supeidcie do oorps 0 1; amto parae que cette superficie a'iteit pas asseï large pour recevoir toutes les plèees de oe corps en la même Situation qn'elles svolent été auparavant, il a fcllu que quelques-unes soient tenbéss de cête st se soient appuyées les unes oontre les autres $ sa sorte que si, par exemple, en la partie du corps E, qui est Id représenté, les principales fentes ont été aux endroits marqués l,2,t,4,5«0fT, et que les deux pièces 2,3 et 6,7 aient commencé i tomber un peu plus têt que les autres, et aussi que les bouts des quatre autres marqués 2,3,5 et 6 soient tombés plus tét que leurs autres bouts marqués 1,2 et V, et enfin que 5, Tun des bouts de la pièce 4,ê, soit tombé un peu plus tét que le Y, l'un des bouts de la pièce V6, ces pièces doivent se trou-* ver après leur chute disposées sur la superficie du corps C en la fiiçon qu^elles parolssent en cette figure, oà les pièces 2,3 et 6,7 sont couchées tout plat sur cette superficie, et les autres quatre Sont penchées sur leurs eêtés et se soutiennent les unes lès autres.

49k Gemment .«os partie éa trolsièiDe est mootés aiHlesBas du qiuiirièiiie.

De plus, à cause que la matière du corps B est liquide et moins pesante que les pièces du corps E, elle a dû non-seulement occuper tous les recoins et tous les passages ({u'elle a trouvés au* dessous d'elles, mais aussi, à cause qu'elle n'y pouToit être toute contenue, elle a dû monter eo même temps au-dessus des plus basses, telles que sont 2,8 et 6J, et par même moyen se former des pasàages pour entrer ou sortir du dessous des unes au-dessus des autres.

44. OeMMiitMit4léprodQttesle8nioiiUiBBes,te8plaiDes,les mers, etc

Bnsulte de quoi, si nous pensons que les corps B et F ne sont autre chose que de l'air, que D est de l'eau, et C une croûte de terre intérieure fort solide et fort pesante de laquelle viennent tous les métaux, et enfin que E est une autre croûte de terre moins massive qui est composée de pierres, d'argile, de sable et de limon, nous verrons clairement en quelle façon les mers se sent faîtes au*

(1) voyez figiiic xui.

LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE

dessus des plAoes 3,3,6,7 et semblables, et que ce qull y a des autres pièces qui n*est point couvert d*eau ni beaucoup plus élevé que le reste a foit des plaines ; mais que ce qui a été plus élevé et fort en pente, comme 1,2 et 9,4V, a fait des montagnes; et enfin considérant que ces grandes pièces D*ont pu tomber en la façon qui a été dite sans que leurs extrémités aient été brisées en beaucoup d'autres moindres pièces par la force de leur pesanteur et l'impétuosité de leur chute, nous verrons pourquoi il y a des rochers en quelques endroits au bord de la mer, comme 1 ,2, et même des écueils au dedans, comme 8 et 6; et enfin pourquoi il y a ordinairement plusieurs diverses pointes de montagnes en une même contrée, dont les unes sont fort hautes, comme vers 4, les autres le sont moins, comme vers 9 et vers Y.

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