QUATRIÈME PARTIE
d'hppUqiier Mtettent quelques corps Bèbiibles les uns auï autres que, par la suite des causes natu* relies, quelques effets sensibles soient produits ; ce que PoD pourra faire tout aussi bien en considérant la suite de quelques causes ainsi imaginées, quoique fausses, que si elles étoient les vraies, puisque cette suite est supposée semblable en ce qui re^rde les effets sensibles. Et afin qu^on de pense pas s'imaginer qu*Aristote ait jamais prétendu rien faire de plus que cela, il dit lui-même, au cominencement du septième chapitre du premier lîTre de ses Météores, que, « pour ce qui est des choses qui ne sont pas manifestes aux sens, il pense les démontrer suffisamment et autant qu*on peut désirer avec raison, s*il fait seulement Yoir qu'elles peuvent être telles qu'il les explique. »
905. Qae néaimoii» on a une cerUtude morale qœ toutes les choses de ce inonde sont telles qu*a a été id démonu^ «lorélles peuvent être.
Mais néanmoins^ afin que je ne fasse point de tort à la vérité en la supposant moins certaine qu'elle n*est, je distinguerai ici deux sortes de certitude. La première est appelée morale, c*esti-dire suffisante pour régler nos mœurs , ou aussi grande que celle des choses dont nous n'avons point coutume de douter touchant la conduite de la vie, bien que nous sachions qu'il se peut faire, absolument parlant, qu'elles soient fausses. Ainsi ceux qui n'ont jamais été à Rome ne doutent point que œ ne soit une ville en Italie, bien qu'il se poorroit fiiire que tous ceux desquels ils l'ont appris les eussent trompés. Et si quelqu'un, pour deviner un chiffre écrit avec les lettres ordinaires, s'avise de lire un B partout oà il y aura un A, et de lire un C partout où il y aura un B, et ainsi de substituer en la place de chaque lettre celle qui la suit en l'ordre de l'alphabet, et que, le lisant en cette façon, il y trouve des paroles qui aient du sens, il ne doutera point que ce ne soit le vrai sens de ce chiffre qu'il aura ainsi trouvé, bien qu'il sepourroit faire que celui qui l'a écrit y en ait mis un autre tout différent en donnant une autre signification i chaque lettre ; car cela peut si difficilement arriver, principalement lorsque le chiffre contient beaucoup de mots , qu'il D'est pas moralement croyable. Or si on considère combien de diverses propriétés de l'aimant, du f» et de toutes les autres choses qui sont au monde ont été très évidemment déduites d'un fort petit nombre de causes que j'ai proposées au commencement de ce traité, quand bien même oc voudroit s'imaginer que je les ai supposées par hasard et sans que la raison me les ait persuadées, on ne laissera pas d'avoir pour le moins
autaflt dé Mwti de Jugef qu'elles sont les vraies causes de tout ce que j'en ai déduit qu^on en a de croire qu'on a trouvé le vrai sens d'un chiffre lorsqu'on le voit suivre de là signification qu^on a donnée par conjecture i chaque lettré ; car te hombre des lettres de l'alphabet est beaucoup plus grand que celui des premières causes que j*ai supposées ; et on n'a pas coutume de mettre tant de mots ni même tant de lettres dans un chiffre qge j'ai déduit de divers effets de ces causes.
M. Et même tiu*0D en a une certitude plus que morale.
L'autre sorte de certitude est lorsque nous pensons quUl n'est aucunement possible que la diose soit autre que nous la jugeons. Et elle est fondée sur un principe de métaphysique très assuré, qui est que Dieu étant souverainement bon et la source de toute vérité, puisque c'est lui qui nous a créés, il est certain que la puissance ou faculté qu'il nous a donnée pour distinguer le vrai d'avec le faux ne se trompe point lorsque nous en usons bien et qu'elle nous montre évidemment qu'une chose est vraie. Ainsi cette certitude s'étend à tout ce qui est démontré dans la mathématique; car nous voyons clairement qu'il est Impossible que deux et trois joints ensemble fassent plus ou moins que cinq , ou qu'un carré n'ait que trois cétés, et choses semblables. Elle s'étend aussi & la connoissance que nous avons qu'il y a des corps dans le monde, pour les raisons ci-dessus expliquées au commencement de la seconde partie ; puis ensuite elle s'étend à toutes les choses qui peuvent être démontrées touchant ces corps par les principes de la mathématique ou par d'autres aussi évidents et certains, au nombre desquelles il me semble que celles que j'ai écrites en ce traité doivent être reçues , au moins les principales et plus générales; et j'espère qu'elles le seront en effet par ceux qui les auront examinées avec tant de soin qu'ils verront clairement toute la suite des déductions que j'ai faites, et combien sont évidents tous les principes desquels je me suis servi, principalement i» -Is comprennent bien qu'il ne se peut faire que nous sentions. aucun objet sinon par le moyen de quelque mouvement local que cet objet excite en nous, et que les étoiles fixes ne peuvent exciter ainsi aucun mouvement en nos yeux sans mouvoir aussi en quelque façon toute la matière qui est entre elles et nous. D'où 11 suit très évidemment que lescieux doivent être fluides, c'est-à-dire composés de petites parties qui se meuvent séparément les unes des autres, ou du moins qu'il doit y avoir en eux de telles parties ; car tout ce qu'on peut dire que j'ai supposé, et qui se trouve en l'article 46 de la troisième partie,
LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
peac tire rédolt à cela seal qoe les ciem tont fluides, Ed sorte que oe seul point étant reconnu pour safBsamment démontré par tous les effets de la lumière» et par la suite de toutes les autres «boses que j'ai expliquées, je pense qu*on doit aussi reconnoitre que j*ai prouvé par démonstration mathématique ( suivant les principes que j*al établis ) toutes les choses que j'ai écrites» au moins les plus générales qui concernent la fabrique du ciel et de la terre ; et même do la façon que Je les ai écrites ; car j*ai eu soin de proposer comme douteuses toutes celles que j*ai pensé l'être.
m nais que Je aonmets toutef mg'o|Mm tu des plQs sages et à <*autorité de rEgBte.
Toutefois, a cause que je ne veux pas me fier trop à moi-même, je n'assure ici aucune di08e, et je soumets toutes mes opinions au jugement des plus sages et à Tautorité de TÉglise. Même je prie les lecteurs de n'ajouter point du tout de foi à tout ce qu'ils trouveront ici écrit, mais seulement de l'examiner, et de n'en recevoir que oe que la force et l'évidence de la raison les poam contraindre de croire.