‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 232 sur 306 · ARTICLE XLI · texte numérisé non relu

ARTICLE XLI

Quel est is pouvoir de rame au regard du corps.

Mais la volonté est tellement libre de sa nature qu'elle ne peut jamais être contrainte ; et des deux sortes de pensées que j'ai distinguées en l'âme, dont les unes sont ses actions, à savoir ses volontés , les autres ses passions, en prenant ce mot en sa plus générale signification qui comprend toutes sortes de perceptions , les premières H>iii absolument en son pouvoir et ne peuvent

quladirectement être cb^ngées par le corps, comme au contraire les dernières dépendeot absolument des actions qui les conduisent et elles ne peuvent qu'indirectement être changées par rame , excepté lorsqu'elle est elle-même leur cause. £t toute Taction de Tâme consiste en ce que, par c^a seul qp'eUe veut quelque chose, elle fait qae la petite glande à qui elle est étroitement jointe se meut en la façon qui est requise pour produire reflet qui se rapporte à cette volonté.

ARTICLE XUI.

QosnneBl 09 trouve en sa mémoire les clMsfa dont on vnt N souvenir.

Ainsi lorsque Time veut se souvenir de qaelqaa ohose, cette volonté fait que la glande, se penchant successivement vers divers côtés, pousse les esprits vers divers endroits du cerveau^ jusques i ce qu'ils rencontrent celui où sont les traces que Tobjet dont on veut se souvenir y a laissées ; car ces traces ne sont autre chose sinon que les pores du cerveau, par où les esprits ont auparavant pris leurs cours i cause de la présence de cet objet, ont acquis par cela une plus grande facilité que les autres à être ouverts derechef en même fiijon par les esprits qui viennent vers eux; en lorte que ces esprits rencontrant ces pores entrent dedans plus facUementque dans les autres, au moyen de quoi ils excitent un mouvement particulier en la glande, lequel représente à l*âme le même dh jet et lui fait connoltre qu'il est odtii duquel elle voulolt se souvenir.

A|kTICLB ZUII,

Comment TAme peut imaginer» é\ie attentive et moovolr leoorps.

Ainsi, quand on veut imaginer quelque chose qu'on n'a jamais vue, oette volonté a la força de foire que la glande se meut en la fafon qui est re* quise pour pousser les esprits vers les pores du cerveau par l'ouverture desquels cette chose peut être représentée ; ainsi, quand on veut arrêter son attention à^ considérer quelque temps un méoM objet, cette volonté retient la glande pendant oo temps-là penchée vers on même oêté; êioA enfin, quand oq vent mareiier oa mouvoir son corps en quelque fisçon» oette volonté iaU qiw la glande pousse les e^rita vers Ifs musotes qui servent à cet effet.

ARTICLE XLIY.

Que ciiaqoe votonté est naturdlement Jolnle A qoelqpe noovemeDt de la glande ; mais que, par ^dustrte on par bsUtude, on la peut joindre ft d'autres.

Toutefois ce n'est pas toiifeufi U vokmtéd'ex-

PBEHIEAS PAETIE.

eitir 98 nous qadqae H|0«fMD«nt ou quelque aatra eibt qui peut &ire que nom TeieitaDg : naiieola ebâiige leba que la nature ou ThaU^ tilde ûot divenement joint chaque BiouvemeDl de la glaade à eliaqu^ peaste. Ainti, par e|eiQple« li oa veut diapoeer aea yeux à regarder ud objet iirt Aoigiii, nette volonté fait que leur prunelle l'iluf U j et ai on lea veut disposer i regarder un ebjelfort prêche, oetteToloatéfcIt qu'elle s'étrécit ; ouÉii en penae seulement à élargir la prpnelle, ea a hean en afoir la vokmté, on ne l'élargit poiDt pour eela, d'autant que la nature q'a paa joiat Je mouTement de la glande qui aart à poue- Mr lei eqirits vers le nerf optique en la ftbçon qui Mt reqoiae pour élargir ou étréeir la prunelle avec b volonté de l'élargir ou étréeir, mala Ueo avec eelle de regarder dea objets élo^néa on pro« chu. tt loraqu'éa parlant nous ne pensons qo'aii •ttt de ea que nous voulons dire, oe)a fait que aeoi remooen la langue et lea lèvres beaucoup pliupromptensent et beaueoup mieux que si noua peoiioas k les remuer ea toutes les façons qui loat requises pour proférer les mêmes paroles, d'aauuit que Tliabitude que nous avona aoquiae en apprenant à parler a fait que nous avons joint Taction de Tâme, qui, par Tentremise de la |ltad»i peut mouvoir la lant^ et lea lèwes, tvec la signification des paroles qui suivent ^ W «m? ifPfPto fllItAt flV'WW )m «WTe-

A1ITICI4 MYf

ObU «it is powralr ^ nLflM as fosaNi de ttt ptMkMH.

Noi pasiion» pe pçpyept V^ f M«aî directement <|re wlléea ni été^f m Taotion de potr^ vo^ lepti, to^ elles peuvent l'être indirectement par IfrepriiDQtatioi) deaçhcaes quiqqt()QPtMme d'être jeiaim avpc )eu pftsaipna que «oui youIom «vairi 4 901 «mt «ontrairea à oeUee qqe noya v^itfona '4eMi AmU pMir aïoiter en rqI l« tordie^^i et *^ la pew. B ne auffit paa d'en avoir la ?ctonté, niii il fiuit a^nppUquer à eenaidérer lea ralaona, kt o^ta au les «xemplea qui persuadent que le pM n'est paa grand ; qu'il y p toujours plua de >ireié en In défense qu'en la fuite; quV>n aura <b la iMre et de la joie d'avoir valnou, au lieu V)*ou ne peut attendre que du regret et de la kaata d'awiif fol, et rtoasa «mUablea.

ABTIGLB XLYI.

QvDe est la raison qui eUpAoke que Tâioe ne puisse eotière* ment disposer de ses passions.

Et il y a une raison particulière qui empêche l'^dnpMVQk pr^mplanMUi ahangar en arcttor

aes passions, laqueUe mVt donné aujet de meUie el-desus en leur définition qu'elles sont non^t seulement oauaéea, mais au^ entrotenuea et Ibr» tiflées par quelque mouvement particulier dee eeprita. Cette raison est qu'elles sont presque tontes accompagnées de quelque émotimi qui ae feit dana le cœur, et par conséquent ausai en tout le aang et lea esprits, en sorte que, Juiqu'i ce qud nette émotion ait osasé, ellea demeurent préaeptea à nopre ponaée en même fi$on que lea ol^ele sen« siUes y sont présents pendant qu'ila agis^ni contre les organea de nos sens. E) comme l^flme» au se rmidant fort atlentivo i quelque autif clmae, peut s'empêcher d'oiûr un petft bruit ou de aenlir une petite douleur, mala ne peut a*em^ pêcber en même fagan d'puir le tonnerre ou de aantir le feu qui brtUe la attin, ainai elle peut ailémenl aurmonter lea moindrei papsions, naabi aon paa les plua vidente^ et lea plus fortes, sinpn apréâ que réumtion du s^ng et dee esprito eet apaiaée* Le plus que la volonté pqisse foire pendant que cette émotion eet en sa v4;ueur, c'est do ne paa consentir à aea effets et de retenir plu-t lieura dea mouvementé auxquels elle dispose Je qcurpa. Par exemple, si la colère foit lever la main paer frapper, la volonté peut ordiimlrefflent la IVtenir t aï la peur incila lea jambea à lîiir, la vp* Imté ka peqt ai rltar, nt ainai daa autrea«

âBTieui xun.

sa quoi consistent le» opoibats œi*oq a coutume 4*bnagiM| entre la partie Inférieure et la supérieure de fàme.

Kt ce Q'eat qu'en la répugnance qui est entre les mQUvementa que le corpa par ses eaprits et rime par ea volonté tendent à exciter en même temiia dana la glande que consistent tous lea OQpbata qu'on a coutume dlmaginer entra la partie inférieure de Fàmp, qu'on nonime sens!tive, et la aupérieure, qui eat raisonnable, ou bien eotre \^ appétits naturels et la vqlonté ; car il D'y a en noua qu'une aeule ftme, et cette âme n'a OQ ad auouno divctralté de partlaa; la mêase qui est sensitive est raiaonnable, et tous ses appéâtf sont des volontés. L'erreur qu'on a commise en lui faisant jouer divera peraomiages, qui sont ordinairement contraires les uns aux autres, ne vient que de ce qu'on p'a pas bien distingué ses fonctions d'avec celles du corps, auquel seul on doit attribuer tout ee qui peut être remarqué en noua qui répugne à notre raison ; M sorte qu'il n'y a point en ceci d'^autre combat, sinon que la p^te glandoftti est au milieu du cerveau , pouvant être pooaaée d'un celé par l'&me et de l'autre par lea esprits animain qui ne sont que des corps, ataal que fBA dM eMeasue, Il arrive souvent que

LES PASSIONS DE L'AME

ces deux impulsions sont contraires, et que la plus forte empêche TeiTet de l'autre. Or on peut distinguer deux sortes de mouvements excités par les esprits dans la glande : les uns représentent à rame les objets qui meuvent les sens ou les impressions qui se rencontrent dans le cerveau, et ne font aucun effort sur sa volonté ; les autres y font quelque effort, à savoir ceux qui causent les passions ou les mouvements du corps qui les accompagnent ; et pour les premiers, encore qu'ils empêchent souvent les actions de TAme, ou bien qu'ils soient empêchés par elles, toutefois, à cause qu'ils ne sont pas directement contraires, on n'y remarque point de comimts. On en remarque seulement entre les derniers et les volontés qui leur répugnent; par exemple, entre l'effort dont les esprits poussent la glande pour causer en l'âme le désir de quelque chose, et celui dont Time la repousse par la volonté qu'elle a de fuir la même chose; et ce qui fait principalement paroître ce combat, c'est que la volonté n'ayant pas le pouvoir d'exciter directement les passions, ainsi qu'il a déjà été dit, elle est contrainte d'user d'industrie, et de s'appliquer à considérer successivement diverses choses dont, s'il arrive que l'une ait la force de changer pour , un moment le cours des esprits, il peut arriver que celle qui suit ne Ta pas et qu'ils le reprennent aussitêt après, è cause que la disposition qui a précédé dans les nerfs, dans le cœur et dans le sang n'est pas changée, ce qui fait que l'âme se sent poussée presque en même temps à désirer et ne pas désirer une même chose; et c'est de là qu'on a pris occasion d'Imaginer en elle deux puissances qui se combattent. Toutefois on peut encore concevoir quelque combat en ce que souvent la même cause qui excite en l'âme quelque passion excite aussi certains mouvements dans le corps auxquels l'âme ne contribue point, et lesquels elle arrête ou tâche d'arrêter sitêt qu'elle les aperçoit, comme on éprouve lorsque ce qui excite la peur fait aussi que les esprits entrent dans les muscles qui servent à remuer les jambes pour fuir, et que la volonté qu'on a d'être hardi les arrête.

AnncLB xLTin.

En quoi on coimolt la force ou la folblesse des âmes, et quel est te mal des plos folbles.

Or c'est par le succès de ces combats que chacun peut connoitre la force ou la folblesse de son âme ; car cen^ en qui naturellement la volonté peut le plus aisément vaincre les passions et arrêter les mouvements.du corps qui les accompagnent ont sans doute les âmes les plus fortes: mais il y en a qu) ne peuvent éprouver leur force«

pource qu'ils ne font jamais combattre leur rebuté avec ses propres armes, mais seulement avec celles que lui fournissent quelques passioos pour résister à quelques autres. Ce que je nomme ses propres armes sont des jugements fermes et déterminés touchant la connoissance du bien et du mal, suivant lesquels elle a résolu de conduire les actions de sa vie ; et les âmes les plus folbles de toutes sont celles dont la volonté ne se détermine point ainsi à suivre certains jugements, mais se laisse continuellement emporter aux passions présentes , lesquelles étant souvent contraires les unes aux autres, la tirent tour à tour à leur parti, et, l'employant à combattre contre elle-même, mettent l'âme au plus déplorable état qu'elle puisse être. Ainsi lorsque la peur représente la mort comme un mal extrême et qui ne peut être évité que par la fuite, l'ambition d'antre côté représente l'Infamie de cette fuite comme un mal pire que la mort ; ces deux passions agitent diversement la volonté, laquelle obéissant tantôt à l'une, tantôt à l'autre, s'oppose continuellement à soi-même, et ainsi rend l'âme e^ clave et malheureuse.

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