EXAMEN DU SUSDIT PLACARD
(f«nloB4
BEMABQUBS.SUa LB TITBB.
le remarque que par te titre on ne promet pas de simples assertions ou propositions touchant l'âme raisonnable, mais qu'on en promet une entière explication ; de sorte que nous devons croire que toutes les raisons, ou du moins les principales de celles que l'auteur a eues, non-seulement pour prouver mais même pour expliquer les choses qu'il a proposées, sont contenues dans ce placard , et qu'il n'y a pas d'apparence d'en attendre jamais de lui de meilleures. Quant à ce qu'il appelle Vâme raisonnable du nom à*espr%t humain^ Je lui en sais bon gré ; car par ce moyen il évite l'équivoque qui est dans le mot d'âme; et je puis dire qu'en cela il m'a voulu Imiter.
BBMABgtlBS SUB CHAQUE ABTICLE.
Dam le premier artiehi il semble vouloir définir cette âme raisonnable; mais il le fait fort imparfaitement, car il en omet le genre, à savoir qu*elie est on une substance , ou un mode, ou quelque autre chose ; et il en donne aeolement la diffêrence, laquelle il a empruntée de moi ; car personne que je sache n*a dit avant moi qu'elle ne consiste précisément que dans ce principe interne, ou dans cette faculté que l'homme e de penser.
Dans k êecùnd article^ il commence i chercher quel est sop genre» et dit en ce lieu-là qu'il semble quHl ne répugne ptÀnt d la nature de$ ehoeee fm l'esprit humain puisH être, ou une eubstas^ce^ ou un certain mode de la substanee eorporeUe.
Laquelle assertion enferme nne coqtradietiûB qui n'est pas moindre que s'il avoit dit qu'il ne répugne point à la nature des choses qu'une mon* tagne soit sans vallée ou avec une vallée; car il fiuit bien prendre garde de faire distinction entre pes cjiosep qui de leur nature sont susœptibles d»
changement» odbibm que f écrive maintenant eu que je n'écrive pas, qu'un tel soit prudent, ua autre imprudent , et celles qui ne changent jamais, comme sont toutes les dioaes qui appartieinent à l'essence de quelque chose, ainsi que tous les philosophes demeurent d'accord. Et de vrai, il n'y a point de doute qu'à l'égard des dioses contingentes on peut dire qu'il ne répugne point à hi nature des choses qu'elles soient d'une façon ou d'une autre; par exemple, il ne répugne point que j'écrive maintenant ou qoe je n'écrive pas ; maia lorsqu'il s'agit de l'essence d'une chose, Il est tout-à-Aût absurde et même il y t de la cou* tradiction de dire qu'il ne répugne point à la nature des choses qu'elle soit d'une autre façon qu'elle n'est eu effet; et il n'est pas plus de la nature d'une montagne de n'être point sans vallée qu'il est de la nature de l'esprit humain d*étre ce qu'il est, a savoir d'être une substanoe, si en effet il en est une, -ou d'être un certain mode de la substance corporelle^ s'il est vrai qu'il soit un tel mode. Et c'est ce que notre auteur tâche ici de persuader; et pour le prouver 11 ajoute ces mots, ou si nous voulons suivre le sentiment de quelques nouveaux phUosophes, etc., par lesquelles paroles il est aisé à connoltre que c'est de moi de qui il entend parler; car je suis le pre* mier qui ai considéré la pensée comme le principal attribut de la substance incorporelle, et l'étendue comme le principal attribut de la substance corporelle; mab je n'ai pas dit que ces attributs étoient en cm substances comme en des sujets dif* férents d'eux. Et ii faut bien prendre garde qoe par ce mot d'allrtbut, que je donne i la pensée et à retendue, nous n'entendons ici rien autre chose que ce que les philosophes appellent communément un mode on une façon; car il est bien vrai qu'à parier généralement nous pouvons donner le nom d'attribut à tout ce qui a été attribué à quelque chose par la nature, et en ce sens le nom d'attribut peut convenir également an mode, qui peut être diangé, et à l'essence même d'nne chose, qui est tout-à-fait immuable. Mais ce n'est pas ainsi uoiversellement que je l'ai pris quand j'ai considéré la pensée et l'étendue comme les principaux attributs des substances oà elles résident, mais au sens qu'on le prend d'ordinaire» et quand par ee met d'attribut on entend une chose qni est immuable et inséparable de Tessenee de son sujet comme edle qui k constitue, et qui pour cela même est opposée au mode. C'est en ce sens-li qu'on s'en sert quand on dit qu'il y a en Dieu plusieurs attributs, mais non pas plusieurs modes. C'est ainsi que l'un des attributs de chaque substance, quelle qu'elle soit, est qu'elle snbsiste par eUe-mêmo. De même nuni retendue d'un
CORRESPOIÏDANGE.
certain corps eu particalier peut bien à la mérité j admettre en soi une yariété de modes; car, par eiemj^e, quand ce corps est spliérique, ii est d'une autre façon que quand il est carré, et ainsi Atre sphérique et être carré sont deux diverses feçons d*étendue ; mais retendue même qui est le sujet de ces modes, étant considérée en soi, n*est pas un mode de la substance corporelle, mais bien un attribut qui en constitue Tessence et la nature. Ainsi enfin la pensée peut recevoir plusieurs divers modes; car asiurer est une autre fagon de penser quent^, aimer en est une autre que désirer^ et ainsi des autres; mais la pensée même, en tant qu'elle est le principe interne d'où procèdent tous ces modes et dans lequel lis sont comme dans leur sujet, n'est pas conçue comme an mode, mais comme un attribut qui constitue la nature de quelque substance ; et la question est maintenant de savoir si cette substance qu'elle constitue est corporelle ou incorporelle.
Il ajoute que ces aitributs ne êotUpas opposés, mais simplement divers: en quoi il y a encore une contradiction ; car lorsqu'il s'agit d'attributs qui constituent l'essence de quelques substances, il ne sauroit j avoir entre eux de plus grande opposition qae d'être divers; et lorsqu'il confesse que Tun est diOSrent de l'autre, c'est de même que s'il disoit que l'un n'est pas l'autre ; or être et n'être pas sont opposés. Il poursuit : puisqu'ils ne sont pas opposés , mais divers, je ne vois pas que rien puisse empêcher que l'esprit ne puisse être un attribut qui convienne à un même sujet que Véiendue^ quoique la notion de Vun ne soit point comprise dans la notion de Vautre. Dans lesquelles paroles il y a un manifeste paralogisme ; car il conclut de toutes sortes d'attributs ce qui ne peut être vrai que des modes proprement dits; et néanmoins il ne prouve nulle part que l'esprit, ou ce principe interne par lequel nous pensons, soit un tel mode ; mais au contraire je prouverai tout maintenant, par ce qu'il dit lui-même dans le cinquième article, que ce n'en est pas un. Pour ce qui est de ces autres sortes d'attributs qui constituent la nature des choses, on ne peut pas dire que ceux qui sont divers, et qui ne sont en aucune façon compris dans la notion l'un de. l'autre, conviennent à un seul et même sujet; car c'est de même que si l'on disoit qu'un seul et même sujet a deux natures diverses ; ce qui enferme une manifeste contradiction, au moins lorsqu'il est question, comme ici, d'un sujet simple, et non pas d'un, sujet composé. Mais il y a ici trois choses à remarquer, lesquelles si cet écrivain eût bien entendues, jamais il ne seroit tombé en des erreurs si manifestes.
La première est qu'il est de la nature du mode
que, bien que nous puissions concevoir aisémeot la substance sans lui, nous ne pouvons pas toutefois réciproquement concevoir clairement le mode sans concevoir en même temps la substance doQt il dépend et dont il est le mode, comme j'ai expliqué en l'article soixante-unième de la première partie de mes Principes; et en cda tous les philosophes conviennent. Or il est manifeste qw notre auteur n'a pas pris garde à cette règle, par ce qu'il dit en l'article cinquième; car il STooe lui-même en ce lieu-là que nous pouvons douter de l'existence du corps, lors même que noasne doutons point de l'existence de l'esprit; d*oàil suit que l'esprit peut être conçu sans le corps, et partant que ce n'en est pas un mode.
La seconde chose que je désire que l'on remarque ici, est la différence qu'il y a entre les êtres simples et les êtres composés ; car cet être-là est composé, dans lequel se rencontrent deux ou plusieurs attributs, chacun desquels peut être cooça distinctement sans l'autre; car de cela même que l'un est ainsi conçu distinctement sans Fantre, on connoît qu'il n'en est pas le mode, mais qo'ii est une chose ou l'attribut d'une diose qui peut subsister sans lui. L'être simple au contraire est celui dans lequel on ne remarque point de sembUtbles attributs; d'où il paroit que cesujet-li est simple, dans lequel nous ne remarquons que la seule étendue et quelques autres modes qui eo sont des suites et des dépendances, comme au» celui dans lequel nous ne reconnoissons que la seule pensée, et dont tous les modes ne sont que des diverses façons de penser; mais que celai là est composé, dans lequel nous considérons l'étendue jointe avec la pensée, c'est à savoir l'homme, qui est composé de corps et d'âme, lequel oorre auteur semble ici avoir pris seulement pour le corps, dont l'esprit est un mode.
Enfin il faut remarquer ici que, dans les sujets qui sont composés de plusieurs substances, sou vent il y en a une qui est la principale, et qui est tellement considérée que tout ce que dods lui ajoutons de la part des autres n'est à son ^ard autre chose qu'un mode ou une façon de la considérer. Ainsi un homn^e habillé peut être msldéré comme un certain tout composé de --et homme et de ses habits; mais être habUUy ao regard de cet homme, est seulement un mode on une façon d'être sous laquelle nous le coûtairons, quoique ses habits soient des substances. C'est ainsi que notre auteur a pu dans l'homn»» qui est composé de corps et d'âme, considérer le corps comme la principale partie, au respect de laquelle être animé, ou être capabk de penser, n'est rien autre chose qu'un mode ; mais 11 est ridicule d'Inférer de là que l'âme même, ou os
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principe par lequel le corps M dit être capable de penser, n'est pas une substance différente du corps.
11 tâche après cela de confirmer ce qu*il a dit par ce syUogisme : Tout ce que nous pouvons concevoir peut aussi être. Or est-il que nous pouvons concevoir que l'esprit humain soit, ou sme subsiance^ ou un mode de la substance corporelle : car il n'y a en cela aucune con» tradiction; donc l'espri^ humain peut être l'une ou Vautre de ces deux choses. Sur quoi il faut remarquer que cette règle, à savoir : Que tout ce que nous pouvons concevoir peut aussi étrci quoiqu'elle soit de moi, et yéritable toutes et quantes fois qu'il s'agit d'une conception claire et distincte, laquelle enferme la possibilité de la chose qui est conçue, à cause que Dieu est capable de faire tout ce que nous sommes capables de conceToir clairement comme possible; cette règle, dls-je, ne doit pas être témérairement usurpée, pource qu'il peut aisément arriver que quelqu'un croira entendre et apercevoir clairement quelque chose, laquelle néanmoins, à cause de quelques préjugés dont il est prévenu et comme aveuglé, il n'entendra et n'apercevra point du tout. Et c'est ce qui est arrivé à cet auteur, lorsqu'il a prétendu qu'il n'y avoit point de contradiction qu'une seule et même chose eût Tune ou l'autre de deux natures entièrement diverses , c*est i savoir qu'elle fât ou une substance ou un mode. A la vérité s*il eût seulement dît qu'il ne voyolt point de raison pourquoi l'esprit humain dût plutôt être estimé une substance incorporelle qu'un mode de la sub« stance corporelle, son ignorance auroit pu être excusée. Si d'ailleurs 11 avoit dit qu'il n'est pas possible à la raison humaine de trouver jamais aucune preuve par laquelle on puisse démontrer que Tesprit humain soit l'un plutôt que l'autre, certes son arrogance seroit blâmable, mais du moios il n'y auroit point de contradiction en ses paroles. Mais en disant, comme il fait, qu'il ne répugne point à la nature des choses qu'une même chose soit une substance ou un mode, il dit des choses qui se contredisent, et fait paroltre en cela l'absurdité de son esprit.
Dans le troisième article, il expose le jugement qu'il fait de moi ; car c'est moi qui ai écrit que l'esprit humain peut être clairement et distinctement conçu comme une substance différente de la substance corporelle : et quoique cet auteur n*allègue point d'autres raisons que celles que j'ai fait voir en l'article précédent enfermer tant de contradictions, il ne laisse pas de prononcer hardiment que je me trompe. Mais je ne veux pas m'arrêter à cela, ni m'amuser à examiner ces moU d'actuellement ou par nieessili» lesquels
contiennent quelque ambiguïté, car ils ne soit pas de grande importance.
• Je ne veux pas non plus examiner les choses qui, dans l'article quatrième, concernent la sainte Écriture, de peur qu'il ne semble que je me veuille attribuer le droit de juger de la religion d'autrui ; mais je dirai seulement qu*ll y a trois genres de questions qu'il faut ici bien distinguer. Car il y a des choses qui ne sont crues que par la foi, comme sont celles qui regardent le mystère de l'incarnation, de la trinité, et semblables. U y en a d'autres qui, bien qu'elles ap* partiennent à la foi, peuvent néanmoins être recherchées par la raison naturelle, entre lesquelles les théologiens ont coutume de mettre l'existence de Bleu et la distinction de l'âme humaine d'avec le corps; enfin il y en a d'autres qui n'appartiennent en aucune façon à la foi, mais qui sont seulement soumises à la recherche du raisonne^ ment humain, comme la quadrature du cercle, la pierre philosophale, et autres semblables. Et comme ceux-là abusent des paroles de la sainte Écriture qui , par quelque mauvaise explication qu'ils leur donnent, croient en pouvoir déduire ces dernières, de même aussi ceux-là dérogent à son autorité qui entreprennent de démontrer les premières par des arguments tirés de la seule philosophie : mais néanmoins tous les théologiens soutiennent que l'on peut entreprendre de montrer que celles-là même ne répugnent point à la lumière de la raison, et c'est en cela qu'ils mettent leurs principales études. Mais pour les secondes, non-seulement ils estiment qu'elles ne répugnent point à la lumière naturelle, mais même ils exhortent et encouragent les philosophes de faire tous leurs efforts pour tâcher de les démontrer par des moyens humains, c'est-à-dire tirés des seules lumières de la raison. Mais je n'a! encore jamais vu personne qui assurât qu'il ne répugne point à la nature des choses qu'une chose soit autrement que la sainte Écriture nous enseigne qu'elle est, si ce n'est qu'il voulût montrer indirectement qu'il ajoute peu de foi à cette Écriture. Car comme nous avons été premièrement hommes, il n'est pas croyable que, faits chrétiens, quelqu'un embrasse sérieusement et tout de bon des opinions qu'il juge contraires à la raison qiii le foit homme, pour s'attacher à la foi par laquelle il est chrétien. Mais peut-être aussi que notre auteur ne dit pas cela, car il dit seulement que ce qui de sa nature peut être douteux pour quel^ ques^uns, nous est maintenant devenu certain et indubitable par la révélation qui nous en a été faite dans les saintes lettres; dans lesquelles paroles je trouve encore deux contradictions : la l première, en ce qu'il suppose que Fessence d*iine
fié
CORRIiSPOMmJNCE.
ieole ol même choM «t dOQleaie de li Miarei et par conséquent sujette au obaogeinent; car il répugne que Tessence d*une diose no demeure pas toiyours la même, à cause que si l*on suppose qu*elle deyienne autre qu'elle n*étoit« de cela même ce ne sera plus la même chose, mais une autre qu*il faudra appeler d*un autre nom. La seconde est dans ces mots, pour guelques-uiUf d*autaat que tous les hommes ayant une même nature, ce qui ne peut être douteux que pour quelques-uns n*est pas douteux de sa nature. *
J/article cififuUtM doit plutôt être rapporté au seoond que non pas au quatrième ; car notre auteur ne parle point en cet article de la révéla- Uon divine, mais de la nature de Tesprit» savoir s*ll est une substance ou un mode; et pour montrer que Ton peut soutenir qu'il n'est autre chose qtt*un mode, il tache de résoudre une objection qui est prise de mes écrits. Car j'ai écrit en quelque endroit que nous ne pouvions nous-mêmes douter 4e l'existence de notre esprit, parce que de cels^ même que nous doutons il suit nécessairement que notre esprit existe ; mais que dans ce lempt-là même nous pouvions douter qu'il y eût aucun corps au monde : d'où j'ai inféré et démontré que nous concevions clairement notre esprit comme une chose existante ou comme une •ubstance, encore que nous ne conçussions aucun corps comme existant, ou même que nous niassions qu'il y en eût aucun dans le monde ; d'où il suit que la notion de Tesprit ne contient rien ^n soi qui appartienne en aucune façon à la no« tion du corps. Et toutefois notre auteur pense comme dissiper et réduire en fumée tout ce raisonnement, et en faire voir suflQsamment la foi- )>lesse, lorsqu'il dit que cet argument prouve seulement que, pendant gue nous doutons de VexiHencô du corps, nous ne pouvons pas alors dire que l'esprit en soit un mode, où il fait voir qu'il ignore entièrement ce que les philosophes entendent par le nom de moae^ car c'est en cela que consiste la nature du mode, de ne pouvoir aucunement être conçu sans enfermer dans sa potion celle de la chose dont il est le mode , comme j'ai déjà expliqué ci-dessus ; cependant il demeure d'&ocord que l'esprit peut quelquefois être conçu sans le corps, i savoir, lorsqu'on doute de Texistence du corps; d*où il suit que pour lors au moins il ne peut être dit un mode du corp^ Or est- il que ce qui est une fois vrai de l'essence ou de la nature d'une chose est toujours vrai ; et néanmoins il ne laisse pas d'assurer qu'il ne répugne d la nature des choses que Veeprit soit seulement un mode du corps, mais U est évident que ces deux choses se contrarient.
je ne ffimifrê^dd point œ qu'il veut dir^dana
le siidème artlde par ces parolea : QuoifuTtt prit humain ou Vdme raisonsuible soU wu substance distincte réellement du corps, néos- Wkoins^ pendant qu'elle est dans le corpi, elle est organique en toutes ses actions. Je me souviens bien d'avoir autrefois oui dire dans la écoles que Vdme est Vacte du corps orgamfu, mais qu'elle-même soit organique^ je ooofe» que je ne l'avois point encore ont dire jusqo'i présent; c'est pourquoi, comme je n'ai ici rien de certain que je puisse écrire, je supplie notn auteur de me permettre d'exposer ici mes coojectures que je ne donne pas pour quelque cImm de vrai , mais seulement pour telles qo'clies sont.
Il me semble que j'aperçois en ce qa'll dit deux choses qui se contrarient. L'une detquellei est que l'esprit humain est une substance réellement distincte du corps ; et j'avoue que notre auteur le dit ouvertement; mais il dissuade aount qu'il peut par ses raisons de le croire, et soutient que cela ne peut être prouvé que par le témoignage seul de la sainte Écriture. L'autre estqoe ce même esprit humain en toutes ses actions eit organique ou ne sert que d'instrument, comme n'agissant point de soi-même, mais dont le oorp se sert, comme il fait de la conformation de ses membres et des autres modes corporels; et ainsi, s'il ne le dit de paroles, il assure néaDiooioaei effet que Vesprit n'est rien autre duue ff'ss mode du corps ^ comme aussi ne sembie-t-il avoir disposé toutes ses raisons que pour la preuve de cela seul. Or ces deux choses sont si manifestement contraires, à savoir que l'esprit humain soit une substance et un mode, que je ne pense pas que cet auteur veuille que ses lecteurs les croient toutes deux ensemble, mais bien qu'il les a ainsi i dessein entremêlées pour contenter les simples et satisfaire en quelque iaçon ses théologiens sur l'autorité de TÉcriture sainte, mais néanmoips pour faire en sorte que les pli» clairvoyants puissent reconnoitre que ce n'est pas tout de bon qu'il dit que l'esprit on t4m est distincte du corps, et qu'en effet son opinion est qu'elle n'est rien autre chose qa'uo
UHMle.
Dans les septième et huitième ariicUs i semble continuer à dire les choses autrenieat qu'il ne les pense, et se sert encore de celte Igure de rhétorique qu'on nomme ironie, vers la Un du neuvième article , mais au commencement il ajoute la raison de ce qu'il avance; c'est pourquoi il y a lieu de croire qu'en cet eodroit-là il parle tout de bon et qu'il agit de bonne M* YûJci œ qu'il dit : Il est natureUemeni incerkim lî MiM apwcp^^^ viritabkmni twcm
ANMES 16ér,
earjn, et la raison qu*il en apporte eat 911e b« €hose$ qui ne sont qu'imaginaires peuvent aussi bien faire impression sur l'esprit qtie celles qui sont vraies. Mais cette raison ne peut être bonne 8l Ton suppose que nous ne pouvons en aucune feçon nous servir de cette faculté que les philosophes appellent d'un nom propre l'entendemânti mais seulement de celle quila nomment le sesu commun^ dans laquelle les images des choses soit Traies soit imaginaires sont reçues pour toucher l'esprit, et qu'ils disent nous être commune avec les bêtes. Mais certes ceux qui ont de Tentendement et qui ne ressemblent pas tout-i-fait aux chevaux et aux mulets, encore qu'ils ne soient pas seulement touchés par les images que la pré sence des choses vraies Imprime dans le cerveau, mais aussi par celles que d'autre^ causes y excitent, comme il arrive dans les songes ; ceux-là, dis-je, discernent néanmoins très clairement par la lumière de U raison les unes d'avec les autres. Et j'ai expliqué si nettement et si exactement dans mes écrits par quel moyen cela se peut infailliblement reconnoître, que je m'assure qu'il n'y a personne qui ait un peu d'entendement qui, après les avoir lus, puisse être encore en cela sceptique.
Dans les dixième et onzième articles » il y a encore lieu de soupçonner qu'il ne parle pas tout de bon ; car si l'on croit que l'àme soit une substance, il est ridicule et impertinent de dire que le lien qui tient l'âme unie et conjointe au corps n'est autre que la loi de Vimmutabilité de la nature , qui est telle que chaque chose demeure en Viiat qu'elle est; car les choses qui sont séparées, aussi bien que celles qui sont conjointes, demeurent dans leur même état pendant que rien ne le change; mais ce n'est pas de quoi il s'agit en ce Ueu-li, mais bien de savoir comment et par quel moyen l'esprit est joint avec le corpa et n'en est pas séparé. Hais si Ton suppose que l'àme soît un mode du corpa, c'est bien répondre que de dire qu'il ne faut point chercher d'autre lien par quoi elle lui soit cooijointe, sinon qu'elle demeure dans le même état où elle est , d'autant que les modes n*ont point d'autre état ou d'autre manière d'être que celui d'être attachés ou inhérents aux choses dont ils sont les modes.
Dans le douzième arèick, je trouve qu'il n'est dilTérent de ce que je dis qu'en la manière de s'exprimer ; car quand il dit que Yesprit n'a pas besoin éFxdées, ou de wUions» au d'axiomss^ qui soient nés ou 'oaturelkmsnt in^mUe/n M« al que cependant il lui attribue la faculté 4^ peqaeft c'est-à-dire une faculté natureilt et me avos lui^ il dit en effet la même chose que moi, quoiqu'il me semble ne le pas dire. Car je n'ai jamais écrit
ni jugé que l'esprit ail besaift didési BataivUss qui soient qqelque chose de diOérent de la fittulté qu'il a de penser ; mala-bien est-il vrai que» rtconnoissant qu'il y avoit oertalnes pensées qui ne procédoient ni des objets du dehors ni de îi d^ termioation de ma volonté, mais seolemeot de ht iaculté que j'ai de penser , pour établir quelque différence entre les idées ou les notions qui sont les formes de ces penséesi et les distinguer des autres qu'on peut appeler étrangères ou faites à plaisir 9 je les ai nommées naturelles; mais je l'ai dit au même sens que nous disons que la gé* nérosité, par exemple^est naturelle ieertainss il» milles, ou quecertaines maladies, commela goutte ou ia gravelle, sont naturelles à d'autres, non pas que les enbnts qui prennent naissance dans ees familles soient travaillés de oes maladies aux ventres de leurs mères, mais parce qu'ils naissent avec la disposition ou la faculté de les contracter,
Mais remarques, je vous prie, la belle oonsAquence que, dans VarticU treizième^ il tire du précédent. Il avoit dit en cet article que l'esprit n'a pas besoin d'idées qui soient n(Slurelkment imprimées en lui^ mais que la seule faeuUé qu'il a de penser lui suffit pour exercer ses aotùms; c'est pourquoi» oonclulril dans celui-ci, toutes les comwmnes notions qui se trouvent empreintes en l'esprit tirent toutes leur orignu ou de l'observatUm des choses ou de la tradition; comme si la faculté de penser qu'a l'esprit ne pouvoit d'elle-même rien produire, et qu'elle n'e&t jamais aucunes perceptions ou pensées que celles qu'elle a reçues de l'observation des chcwes ou de la tradition, c'est-à-dire des sens. Ge qui est tellement faux que quiconque a bien compris jusqu'où s'étendent nos sens, et ce que ce peut être précisément qui est porté par eux jusqu'à la faculté que nous avons de penser, doit avouer au contraire qu'aucunes idées des choses ne nous sont représentées par eux telles que nous les formons par la pensée ; en sorte qu'il n'y a rien dans nos idées qui ne soit naturel à l'esprit ou à la iiaculté qu'il a de penser, si seulement on excepte certa^ nés circonstances qui n'appartiennent qu'à Tex* périence. Par exemple, c'est la seule expérience qui fait que nousjugeoqs que triles ou telles idées que nous avons maintenant présentes à l'esprit se rapportent à quelques choses qui sont hors de nous; non pas, à ta vérité, que ces choses les aient transmises en notre esfurii par les erganes des sens telles qqe nous ks sentons, mais à cause qi^'eUea ont transmis quelque chose qui a âooBé occasion à notre esprit, par la fsculié natureilt qu*ll en a, de les former en ce temps-là phitêl qu'en un ai»u^ ÇaStOmJmmÂtovfimf 1
CORRESPONDANCE
asiare dttiB VarUeU diaHuuvUme, canformémeot a ce qu'il a appris de mes Principes, rien ne peut Twir des objeta extérieurs jusqn^à notre àme, par l'entremise des sens, que quelques mou- Tements corporels; mais ni ces mouyements mêmes, ni les figures qui en proviennent, ne sont point conçus par nous tels qu'ils sont dans les organes des sens, comme j'ai amplement expliqué dans la Dioptrique ; d'où 11 soit que même les idées du mouvement et des figures sont naturellement en nous. Et, à plus forte raison, les idées de la douleur, des couleurs, des sons et de toutes les choses semblables, nous dolyent-elles être naturelles , afin que notre esprit, à l'occasion de certains mouvements corporels avec lesquels elles n'ont aucune ressemblance, se les puisse repré- ■enter« Mais que peut-on feindre de plus absurde que de dire que toutes les notions communes -qui sont en notre esprit procèdent de ces mouvements, et qu'elles ne peuvent être sans eux. Je voudrois bien qne notre auteur m'apprît quel est le mouvement corporel qui peut former en notre esprit quelque notion commune ; par exemple, celle-ci : Que les choses qui conviennent à une troisième eom>iennent entre elles^ ou telle autre qu'il lui plaira ; car tous ces mouvements sont particuliers, et ces notions sont universelles, qui n'ont aucune affinité ni rapport avec le mouvement.
Néanmoins, dans Vartiek quatorzième, appuyé sur ce beau fondement, il continue d'assurer que l'idée même de Dieu qui est en nous ne vient pas de la faculté que nous avons de penser, comme une chose qui lui soit naturelle, mais qu*eUe vient de la révélation divine^ ou de la tradition i ou de l'observation des choses. Et pour mieux reconnottre Terreur de cette assertion, 11 faut considérer qu'on peut dire en deux façons qu'une chose vient d'une autre ; à savoir, ou parce que cette autre en est la cause prochaine et principale sans laquelle elle ne peut être, ou parce qu'elle en est la cause éloigné(B et accidentelle seulement, qui donne occasion à la principale de produire son effet en un temps plutôt qu'en un autre. C'est ainsi que tous les ouvriers sont les causes principales et prochaines de leurs ouvrages, et que ceux qui leur ordonnent de les faire,' ou qui leur promettent quelque récompense s'ils les font, en sont les causes accidentelles et éloignées, à cause que peut-être ils ne les ferolent point si on ne leur commandoit. Or, il n'y a point de doute que la tradition ou l'observation des choses ne soit souvent la cause éloignée qui fait que nous venons i penser à l'idée que nous pouvons avoir de Dieu et à la rendre présente à BOtreesprit; mais que c'en soit la cause prochaine
et effectrice de cette idée, cela ne se peut dire que par celui qui croit que nous ne ooDcevou jamais riep autre chose de Dieu, sinon quel eit ce nom-là, Dieu, ou quelle est la figure corp^ relie sous laquelle il nous est ordlDairemâtt représenté par les peintres. Car, de vrai, si Tobservation s'en fait par la vue, elle ne peut d'ellemême représenter autre chose i l'esprit que dei peintures, et même des peintures dont toute la vérité* ne consiste que dans celle* de certaiu mou vementscorporels, comme notre auteur même l'enseigne ; si elle se fait par l'oule, elle ne peut représenter que des sons et des paroles ; que, à c'est par les autres sens qu'elle se fasse, une telle observation ne saurait rien contenir qui puise être rapporté à Dieu. Et certes, c'est une chose si véritable que la vue ne repr^nte de soi rieD autre chose à l'esprit que des peintures, ni Touie que des sons et des paroles, que personne ne le révoque en doute ; si bien que tout ce que nous concevons de plus que ces paroles et ces peintures, comme les choses signifiées par ces signes, doit nécessairement nous être représenté par des idées qui ne viennent point d'ailleurs que de U faculté que nous avons de penser, et qui pir conséquent sont naturellement en elle, c*est-idire sont toujours en nous en puissance; car être naturellement dans une faculté ne veut pas dire y être en acte, mais en puissance seulement, to que le nom même de faculté ne vent dire autre chose que puissance. Or personne, s'il ne ^eut passer ouvertement pour un athée, et mime pour un homme qui a perdu le sena, ne peut assurer que nous ne saurions rien connoître de Dieu que le nom ou la figure corporelle dont les peintres ou les sculpteurs se servent pour nous le repré* senter.
Après que notre auteur a exposé l'opinion qu'il a touchant la manière dont bous pouvons conooitre Dieu, il réfute, dans l'article quinzième, tons les arguments par lesquels j'ai démontré son exlftence; où je ne puis que je n'admire laijratide confiance ou présomption de cet homme de croire qu'il puisse, avec tant de facilité et en si peu de paroles, renverser tout ce que j'ai composé apref une longue et sérieuse méditation, et que je nai pu expliquer que dans un livre entier. Toutes lei raisons que j'ai apportées pour cette preuve se rapportent à deux. La première est que nous avons une connoissance de Dieu ou une idée qui est telle que, si nous faisons bien réflexion sut ce qu'elle contient, si nous l'examinons avec soifl en la manière que j'ai montré qu'il falloit faire, la seule considération que nous en ferons nous
(!) Les éditiom : vartêU.
(S) Les éditions : eellu.
fera omnoltre qnH ne le peot pas faire qoe Btea B*exlste, d'aatant qae sa notion on son id<e ne contient pas sealement une existence possible ou contingente, ainsi que celles de tontes les autres choses, mais bien une existence absolument nécessaire et actnelle. Cependant Fauteur de ce pla» card, pour réfuter cette preuve, qne plusieurs grands personnages, éminents par-dessus les au^ très en esprit et en science, après TaTOir diligemment examinée, tiennent aussi bien que moi pour vne certaine et très évidente démonstration, emploie ce peu de paroles : La noiùm que noui awms de Dieu, ou de cette idée de Dieu qui eêt existante en noire esprit, n'est pas un argument assez fort et convaincant pour prouver que Dieu existe, puisqu'il est certain que toutes les dioses dont nous avons en nous les idées n'existent pas actuellement. Par où il faut voir, à la vérité, qa*il a lu mes écrits ; mais, par même moyen. Il témoigne qu*il n*a pu en aucune façon les entendre, ou du moins qu*il ne Ta pas voulu ; car la force de mon argument n*est pas prise de la nature de cette idée, considérée en général, mais d^une propriété particulière qui lui convient, laquelle est très évidente en Tidée que nous avons de Dieu, et qui ne se peut rencontrer dans ridée de quelque autre chose que ce soit; c*est 4 savoir, de la nécessité de Texistence qui est requise pour le comble et Tacoomplissement des perfections sans leqoel nous ne saurions concevoir Bleu. L*autre argument par lequel J*al démontré quMl y a on Bleu est pris de ce que j*al évidemment prouvé que nous n'aurions point eu la faculté de oonnoltre et de concevoir toutes ces perfections que nous reconnoissons en Dieu s*il n'étoit vrai qne Bleu existe et que nous avons été créés par lui. Mais notre auteur pense l'avoir abondamment réfuté en disant que l'idée que nous avons de Dieu n'est pas plus au-dessus de la portée de notre esprit ou de notre pensée^ et n excède pas davantage la verlu naturelle que nous avons de penser que Vidée d'aucune autre chose que ce soit. Toutefois, si par là il entend seulement que ridée que nous avons de Bien, sans le secours surnaturel de la grâce, ne nous est pas moins naturelle que le sont toutes les autres idées que nous avons des autres choses, il est de mon avis, mais on ne peut de là rien conclure contre mol ; que s'il estime que cette idée de Bien ne contient pas plus de perfection objective que toutes les autres idées prises ensemble, Il erre manifestement; or, c*est de ce seul excès de perfection, dont ridée que nous avons de Bleu sur<* pasn toutes les antres, que j'ai tiré mon argument.
Dans Us six autres artieles Une dit rien qui
mérite d'être remarqué, sinon qne, voulant A* thiguer les propriétés de l'ftme les unes d'avec les autres, Il en parle en termes fort confus et fort Impropres. Il est vrai que j*al dit en quelque ea* droit qu'elles se rapportent toutes à 4eux principales, à savoir à la perception de Tentendement et à la détermination de la volonté ; mais notre auteur les appelle d'un nom fort Impropre rsiitendement et la volonté, après quoi 11 divise ce qu'il a appelé entendement en perception et ju^ gement; en quoi il s'éloigne de mon opinion ; car pour moi, voyant qu'outre la perception, qui est absolument requise avant que nous puissions Juger, il est encore besoin d'une affirmation ou d'une négation pour étabihr la forme d'un jugement ; et prenant garde que souvent il nous est libre d'arrêter et de suspendre notre consentement, encore que nous ayons la perception de la chose dont nous devons juger, j'ai rapporté cet acte de notre Jugement qui ne consiste que dans le consentement que nous donnons, c'est-à-dire dans l'affirmation ou dans la négation de ce dont nous jugeons, à la détermination de la volonté plutôt qu'à la perception de l'entendement. Après cela, faisant le dénombrement des espèces de perception. Il ne compte que le sentiment, la liminiscence et l'imagination; d'où l'on peut inférer qu'il n'admet aucune intellection pure, c'est-àdire aucune Intellection qui soit Indépendante de toute image corporelle; et partant on peut penser qu'il est de cette opinion qu'on ne peut avoir aucune connoissance de Bleu ni de l'âme humaine, ni d'aucune autre diose incorporelle ; de quoi je ne puis m'imaginer d'autre cause, sinon que les pensées qu'il a de ces choses sont si confuses qu'il n'en conçoit aucune qui soit pure et entière* ment détachée de toute image corporelle.
Enfin, après tous ces artieles, il a ajouté ces paroles, qu'il a tirées d'un de mes écrits * : // n'y en a point qui parviennent plus aisément d une haute réputation de piété que les superstitieux et les hypocrites : par lesquelles je ne puis deviner ce qu'il a voulu dire, si ce n'est peut-être qu'il a imité les hypocrites, en ce que souvent il a dit les choses antrement qu'il ne les pensoit; mais je ne pense pas qu'il puisse jamais parvenir par ce moyen à une grande réputation de piété.
Au reste, je suis ici contraint de confesser que j'ai beaucoup de confusion d'avoir autrefois loué* cet auteur comme un homme d'un esprit fort vil et pénétrant, et d'avoir écrit en quelque endroit que je ne pensols pas qu'il enseignât aucunes opi» nions que je ne voulusse bien reconnoître pour
(1) «£{UU« dédk^tolre a te priMMe ttinbeUi, es tels dei Friodpes. »
(t)cLeiu«a&voèUQi.»
U)RRESPONDANCE.
mienoei* Il est Timi ip» prâr ton Je d'itoIs encore Ttt de lui encuD écrit où il n'eût été uû fidèle copiste, si ce n*est peut-être en un seul mot qu'il s'étoit hasardé de dire de lui-même, mais qui lui ayoR si mal succédé, et dont il aToit été si sévère* ment repris par ses oollèigues, que cela me faisolt croire qu'il n'entreprendroit plus rien de semblable ; et pource que je Toyois qu*en tout le reste il embrassoit avec grande affection des opinions que j'estimois être très véritables, j'attribuois cela à la force et à la vivacité de son esprit. Mais maintenant plusieurs expériences m'obligent de croire que c'est plutôt l'amour de la nouveauté que celle de la vérité qui l'emporte. Et d'autant qu'il trouve trop vieux et trop hors d'usage tout oe qu'il a appris d'autrui, et que rien ne lui pa« rott assez nouveau que ce qu'il tire de sa propre cervelle, et aussi qu'il est si peu heureux en ses inventions que Je n'ai Jamais remarqué aucun mot en ses écrits (si ce n'est qu'il l'eAt tiré de ceux des autres ) que Je ne jugeasse contenir quelque erreur. Je me sens obligé d'avertir ici tous ceux qui le tiennent pour un grand défenseur de mes opinions qu'il n'y en a presque aucune, nonseulement en ce qui concerne les choses métaphysiques, où 11 ne feint point de me contredire ouvertement, mais aussi en celles qui concernent les choses physiques, qu'il ne propose mal et dont il ne corrompe le sens. De sorte que Je suis plus Indigné de voir qu'un tel docteur s'Ingère d^enseigner mes opinions, et prenne à tâche d'interpréter mes écrits et d*y faire des commentaires, que d'en voir quelques antres qui les combattent avec aigreur et animosité.
Car Je n'en ai encore vu pas un qui ne m'ait attribué des opinions tout-à-fail différentes des miennes, et même si absurdes et si impertinentes que Je n'appréhende pas qu'on puisse Jamais persuader à des personnes tant soit peu raisonnables que Je sois l'auteur de telles opinions. C'est ainsi qu'à ce moment même que J'écris on me vient d'apporter deux libelles tout nouvellement com« posés par un écrivain de cette farine, dans ie premier desquels il est dit qu'il y a certains novateurs qui tâchent d'ôter toute la créance que l*(m peut avoir aux sens^ et qui soutiennent qu'un philosophe peut nier quHl y ait un Dieu^ et douter de son existence j après avoir admis d'ailleurs que Vidée, f espèce et la connoissanee actuelle de Dieu est naturellement empreinte en notre esprit. Et dans l'autre il est dit que ces novateuré prononcent hardiment que Dieu ne doit pas être dit seulemeni négativement^ mais même positivement la cause efficienie de soimime. Toilà tout ce dont 11 s'agit dans l'un et dans l'autre de ces libelles^ qjaâ ne oontiennent
rien de plas» siDon «b ramas d'argumentii pour prouver, premièrement, que ks enftsnie dems h ventre de leurs mires n'ont aiicima comioiisanee aeêuelle de Dieu^ et panant que noes n'avons aucune idée ou espèce aetueUe de Dieu naturellement empreinte en notre esprit; se^ condement, qu'il ne faut peu nitr qu'il y ait ws Dieu^ et fue ceux-là qui le nient doivent être tenus pour des athées , et sont pumssabks par les Uns; enfin, que Dieu n'est pas la cause ef^-^ dente de soi-même. Toutes lesquelles dioses js pourrois i la vérité dissimuler, comme n'étaot point écrites contre mol, à cause que mon nom ne se trouve point dans ces écrits» et qu'il n*y a pas une opinion de celles qui y sont impognées que Je ne tienne pour très faussa et toat-i-iait absurde; mais néanmoins, pource qu'elles res* semblent fort à quelques-unes qui m'ont déjà été plusieurs fois faussement Imputées par des gens de cette robe, et qu'on n'en connoh point d'autres à qui on les puisse attribuer; et aussi pooroe que tout ie monde sait que c'est contre moi que osa libelles ont été faits, Je prendrai id ocearion d'avertir leur auteur,prefiH^remafU, que lorsque j'si dit que l'idée de Dieu est naturellement en noos, je n'ai Jamais entendu autre diose qqe oe que luimême, dans la sixième section de son second livre, dit en termes exprès être véritable, c'est à savoir: Que la nature a mis en nous utie faculté par ladite nous pouvons cownoUre Dieu; mais que Je n'ai Jamais écrit ni pensé que tellea idées fussent actuelles ou qu'elles fussent des espèces distinctes de la faculté même que nous avons de penser. Et même je dirai plus, qu'il n'y a personne qui soit si éloigné qne mol de tout oe fatras d'entités scolastiques; en sorte qne je n'ai pu m'empêcher de rire quand J'ai vu ce gnuid nonn bre de raisons que cet liomme, sans doute peu méchant, a ramassées avec grand soin et travail pour montrer que les enfants n'ont poku te connoissanee actuelle de Dieu tandis qu^ile sont au ventre de leur mère^ comme si par là il avoil trouvé un beau moyen de me combattre. &coi^ dément, que je n'ai aussi jamais enseigné quû falloit nier qu'il y eût un Dieu^ ou que Dieu pouvait noiu tromper; ou qu'il fetlUnt rivo^ quer toutes choses en doute; ou que fom ne de* voit donner aucune créance aux sens; on que le sommeil ne se pouvait distinguer de la veilUf et autres choses semblables qui m'ont queiquefdis été objectées par des calomniateurs ignorants } mais qne j'ai rejeté tontes œs choses en parotos très expresses, et que Je les ai même réfutées psr des arguments très forts, et J'ose même dire pim forts qu'aucun autre ait fait avant moi ; et afin ds le pouvoir faire plus eeumiodément si otan effl'
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caceiMDt, J'ai proposé lootM ees dioies oorame douteuses au commencement de mes Méditations ; nais je ne suis pas le premier qui les ai inren* tées ; il y a longtemps qu'on a les oreilles battues de semblables doutes proposés par les sceptiques. Mais qu'y a-t-il de plus inique que d'attribuer i uD auteur des opinions qu'il ne propose que pour les réfuter? Qu'y a-t^il de plus impertinent que de feindre qu'on les propose et qu'elles ne sont pas encore réfutées, et partant que celui qui rapporte les arguments dont se servent les atbées est luimême un athée pour un temps? Qu'y a-t-il de plus puéril que de dire que s'il vient à mourir avant que d'avoir écrit ou Inventé la démonstration qu'il espère, il meurt comme un athée ; et qu'il a enseigné par avance une pernicieuse doctrine, contre la maxime communément reçue, qui dit qu'U n'est paspemUêdefairedumalpourenitrerdubien^ et choses semblables ? Quelqu'un dira peut-être que je n'ai pas rapporté ces fausses opinions comme ve« nantd'autrui, mais comme miennes; mais qu'importe cela? puisque dans le même livre où je les al rapportées je les ai aussi toutes réfutées; et même qu*0D peut voir aisément par le titre du livre que j'étois fort éloigné de les croire, puisque j'y promettois des démonstrations touchant l'exigtence de Dieu. Et peut-on s'imaginer qu'il y en ait de si sots, ou de si simples, que de se persuader que celui qiû compose un livre qui porte ce titre ignore, quand il trace les premières pages, ce qu'il a entrepris de démontrer dans les suivantes? De plus, la façon d'écrire que je m'étols proposée, qui étoit en forme de méditations, et que j'avois choisie comme fort propre pour expliquer plus clairement les raisons que j'avois à déduire, m'obligeoit de ne pas proposer ces objections autrement que comme miennes. Que si cette raison ne satisfait pas ceux qui se mêlent de censurer mes écrits, je voudrois bien savoir ce qu'ils disent des Ecritures saintes, avec lesquelles nuls autres écrits qui viennent de la main des hommes ne doivent être comparés, lorsqu'ils y voient certaines choses qui ne se peuvent bien entendre si Ton ne suppose qu'elles sont rapportées comme étant dites par des impies, ou du moins par d^autres que par le Saint-Esprit ou les prophètes; telles que sont ces paroles de l'Ecclésiastique, chapitre second : Ne vaut-il pas mieux boire et manger et faire goûter d son âme des fruits de son travail? et cela vimt de la main de Dieu. Qui est-ce qui en pourra dévorer autant^ ou qui pourra se gorger de plqisirs aU" tant que moi ? Et au chapitre suivant : J'ai «ouhaité en mon cceur, pensant aux enfants des hommes, que Dieu tes éprouvât, et fU connût" tre Qu'ils sont semblables aux bites. C'est pour^
guùirhùmm»9iUscheMU9pirisieni is Wéme façon y leur condition est pareille: comme Vhomme meurt, ceux-ci meurent: ils orU tous une pareille respiration» et Vhomme n^a rien de plus que le cheval , etc. Pensent-ils que le Saint-Esprit nous enseigne en ce llen-là qu'il font faire bonne chère, qu'il n'y a qu'à se donner du bon temps, et que nos âmes ne sont pti plus immortelles que celles des chevaux? Je ne pense pas qu'ils soient enragés et perdus i ce point; mais aussi ne doivent-ils pas me calomnier, si je n'ai pas gardé en écrivant des précautions qui n*ont jamais été observées par aucun autre qui ait écrit, non pas même par le Saint-Esprit.
Et en troisième lieu, je donne avis à Tanteur de ces libelles que je n'ai jamais écrit que Dieu ne doit pas être dit seulement négativement^ mais même positivement la cause efficiente A soi-même, ainsi qu'il assure fort inconsidérément en la page 8 de son dernier livre. QuMI cherché dans mes écrits, qu'il les lise, «{u'il les parcoure d'un bout & l'autre, au lieu d'y trouver rien de semblable , il y trouvera tout le contraire. Ct tt n'y a pas un de ceux qui ont lu mes écrits, ou qui me connoissent tant soit peu, ou du moins qui ne me tiennent pas tout-à-fait pour un fat ou pour un Insensé, qui ne sache que je suis fort éloigné d'avoir des opinions si monstrueuses. Et c'est ce qui fait que j'admire grandement quel peut être le dessein de ces calomniateurs; car s'ils prétendent de persuader aux hommes que j'ai écrit des choses toutes contraires à celles quf se trouvent dans mes écrits, ils devroient auparavant prendre k soin de supprimer tous ccui que j'ai publiés, et même d'eifacer de la mémoire de ceux qui les ont lus tout ce qu'ils en ont retenu ; car undis qu'ils ne le font point, ils se nuisent plus qu'à mol. J'admire aussi qu*iis s'élèvent si fort, et avec tant de chaleur et d*anlmosité, contre une personne qui ne les a jamais ni attaqués ni nui en aucune chose, mais qui pour^ roit peut-être bien leur nuire s'ils m'avoient ii^ rite, et que cependant ils ne disent mot à plusieurs autres qui ont réfuté leur doctrine par des livres entiers, et qui se sont moqués d'eux comme de gens simples et extravagants. Je ne veux pourtant rien 4^outer ici qui puisse davantage les détourner du dessein qu'ils peuvent avoir de m'attaquer par leurs libelles; c'est avec plaisir que je vois qu'ils m'estiment assez pour m'attaquer de la sorte ; mais cependant je souhaite quils reviennent en leur bon sens.
Ceci a été écrit à BRtiMMd, m noliaade^ nr la Sa di Mk de décembre en raooée i647.
CORRESPONDANCE
N* Itt. — A MADAME LA PRINCESSE