CONTRE LES PRÉCÉDENTES MÉDITATIONS
AVEC LES RÉPOIiSES DE L'AUTEUR*.
PREMIÈRES OBJECTIONS
filT» fp n. QATmySy MVAUT TWOl'O^f EU DBS PiTS-B4|l,«UB I.B8 1U«, V* IT W^ MBPITATIQNS.
MeaîMin,
kwMt que j*ai reeoBBU le désir eue jùum ffîei qoe j*examina8ie avec soin les écrits de M. Deicartes, j*ai pensé qu'il étoit de mon devoir ^ satisbire en cette ooeasion à des personnes qui seioDt ai dières, tant pour tous témoigner par làTestime que je ikis de votre amitié que pour ToiB fidre connoftre ce qui manque à ma suffisance ^ à la perlJBetion de mon esprit , afin que doréna- ^t TOUS ayez an peu plus de cliarité pour mol, B j'en ai besoin, et que vous m*épai^iei une mtre fois, si je ne puis porter la diarge que vous iBavez imposée.
O9 peut dire avec vérité, selon que j'en puis f^y que M. Descartes est un homme d'un très P>fld esprit et d'une très profonde modestie , et ^ lequel je ne pense pas que Momus lui-même P^ttrourer à reprendre. Je pense, dit-il, donc i^siis; Yoire même je suis la pensée même ou ^^l Cela est vrai. Or esMl qu'en pensant j'ai ^ moi les Idées des choses, et premièrement ^ d*tt]i être très parfait et Infini. Je l'accorde. ^ je n'en sols pas la cause, moi qui n'égale l«la réalité objecUve d'une telle Idée; donc
<J CevecoeO fixt imblié en mâme temps que les néditationsi, '^U est le complémeot nécessaire. L'édition originale don- "^PVDeKartes en 1641 est en latin. Depuis U fot traduit ^ûendier, et rero et.oonls^ parDeiciînai» qol adopta ,
<|ue)que chose de plus parlait que moi en est lu cause ; çt p^rt^nt U y a un être dliTérent de moi qui existe, et qui a plus de perfections que je n'ai pas. Ou, comme dit saint Denys au chapitre cinquième des AToms divim^ il y a quelque nature qui ne possède pas rêtre è la f»çou des autres choses, mais qui embrasse et contient eu soi très simplement et sans aucune circonscription tout ce qu'il y a d'essence dans Têtre, et en qui toutes choses sopt renfermées commQ dans la cause première et universelle.
Mais je suis ici contraint de m'arrêter un peUt de peur de me fatiguer trop ; car j'ai déjà l'esprit aussi agité que le flottant Euripe : j'accorde, je nie, j'approuve, je réfute, je ne veux pas m'éloigner de l'opinion de ce grand homme, et tou* tefols je n'y puis consentir. Car, je vous prie, quelle cause requiert une idée? ou dites-moi ce que c'est qu'idée. Si je l'ai bien compris, « c'est la chose même pensée en tant qu'elle est objectivement dans l'entendement, n Mais qu'est-cei qu'être objectivement dans l'entendement? Si je l'ai bien appris, c'est terminer à la façon d'un objet l'acte de l'entendement, ce qui en effet n'est qu'une dénomination extérieure, et qui n'ajoute rien de réel à la chose. Car tout ainsi qu'être vu n'est en moi autre chose sinon que l'acte que la vision tend vers moi, de même être pensé, ou être objectivement dans l'entendement, c'est terminer et arrêter en soi la pensée de l'esprit ; ce qui se peut faire sans aucun mouvement et changement en la chose, voire même sans que la chose soit. Pourquoi donc rechercherai-je la cause d'une chose «ui «ctoeUeme^t a*^( poiott
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qui n'est qu^une simple dénomination et un pur néant?
Et néanmoins, dit ce grand esprit, «de ce qu*une idée contient une telle réalité objective, ou celle-là plutôt qu'une autre , elle doit sans doute avoir cela de quelque cause*.» Au contraire, d'aucune ; car la réalité objective est une pure dénomination : actuellement elle n'est point. Or l'influence que donne une cause est réelle et actuelle ; ce qui actuellement n'est point ne la peut pas recevoir, et partant ne peut pas dépendre ni procéder d'aucune véritable cause , tant s'en faut qu'il en requière. Donc j'ai des idées, mais il n'y a point de causes de ces idées; tant s'en faut qu'il y en ait une plus grande que moi et infinie.
Mais quelqu'un me dira peut-être : Si vous n'assignez point de cause aux idées, dites-nous au moins la raison pourquoi cette idée contient plutôt cette réalité objective que celle-là. C'est très bien dit ; car je n'ai pas coutume d'être réservé avec mes amis, mais je traite avec eux libéralement. Je dis universellement de toutes les Idées ce que M. Descartes a dit autrefois du triangle : « Encore que peut-être, dit-il, il n'y ait en aucun lieu du monde hors de ma pensée une telle figure, et qu'il n'y en ait jamais eu, il ne laisse pas néanmoins d'y avoir une certaine nature, ou forme, ou essence déterminée de cette figure, laquelle est immuable et éternelle. » Ainsi cette vérité est éternelle, et elle ne requiert point de cause. Un bateau est un bateau, et rien autre chose ; Davus est Davus, et non OEdipus. Si néanmoins vous me- pressez de vous dire une raison. Je vous dirai que cela vient de l'imperfection de notre esprit, qui n'est pas infini ; car ne pouvant par une seule appréhension embrasser l'univers, c'est-à-dire tout l'être et tout le bien en général qui est tout ensemble et tout à la fois, il le divise et le partage ; et ainsi ce qu'il ne sauroit enfanter ou produire tout entier, il le conçoit petit à petit, ou bien, comme on dit en l'école ( inadœq%iaté)j imparfaitement et par partie.
Mais ce grand homme poursuit : « Or, pour imparfaite que soit cette façon d'être, par laquelle une chose est objectivement dans l'entendement par son idée, certes on ne peut pas néanmoins dire que cette façon et manière-là ne soit rien, ni par conséquent que cette idée vient du néants.»
n y a Ici de l'équivoque ; car si ce mot rien est la même chose que n'être pas actuellement, en effet ce n'est rien , parce qu'elle n'est pas actuellement, et ainsi elle vient du néant, c'est-à-
(I) voyez MédttatiOD m, paae 71. (^ UL
dire qu'elle n'a point de cause. Mais si ce mot rien dit quelque chose de feint par l'esprit, qu'Us appellent vulgairement être de raison, ce n*est pas un rien^ mais une chose réelle, qui est conçue distinctement. Et néanmoins, parce qu'elle est seulement conçue, et qu'actuellement elle n'est pas , elle peut à la vérité être conçue , mab elle ne peut aucunement être causée ou mise hors de l'entendement.
« Mais je veux, dit-il, outre cela examiner si moi, qui ai cette idée de Dieu, je pourrois être, en cas qu'il n'y eût point de Dieu, ou (comme U dit immédiatement auparavant) en cas qu'il n'y eût point d'être plus parfait que le mien , et qui ait mis en moi son idée. Car (dit-il) de qui aurois-je mon existence? peutrêtre de moi-même, ou de mes parents, ou de quelques autres, etc. Or est-il que, si je l'avols de moi-même, je ne douteroLs point ni ne désirerois point, et il ne me manqueroit aucune chose ; car je me serois donné toutes les perfections dont j'ai en moi quelque idée, et ainsi moi-même je serois Dieu. Que si j'ai mon existence d'autrui, je viendrai enfin à ce qui l'a de soi ; et ainsi le même raisonnement que je viens de faire pour moi est pour lui, et prouve qu'il est Dieu^» Voilà certes, à mon avis, la même voie que suit saint Thomas, qu'il ap* pelle la voie de la causalité de la cause efficiente, laquelle il a tirée du philosophe, hormis que saint Thomas ni Aristote ne se sont pas souciés des causes des idées. Et peut-être n'en étoit-II pas l)esoin ; car pourquoi- ne suivrai-je pas la vole la plus droite et la moins écartée? Je pense, donc je suis , voire même je suis l'esprit même et la pensée; or, cette pensée et cet esprit, ou il est par soi-même ou par autrui ; si par autrui, celuilà enfin par qui est-il? s'il est par sol, donc il est Dieu; car ce qui est par soi se sera aisément donné toutes choses.
Je prie ici ce grand personnage et le conjure de ne se point cacher à un lecteur qui est désireux d'apprendre, et qui peut-être n'est pas beaucoup intelligent. Car ce mot par soi est pris eu deux façons ; en la première, il est pris positivement, à savoir par soi-même, comme par une cause ; et ainsi ce qui seroit par soi et se donne— roit l'être à soi-même, si, par un choix prévu et prémédité, il se donnoit ce qu'il voudroit, sans doute qu'il se donneroit toutes choses, et partant il seroit Dieu. En la seconde, ce mot par soi est pris négativement et est la même chose que de soi-même onnon par autrui; et c'est de cette façon, si je m'en souviens, qu'il est pris de loue le monde.
10} voyez MédltaUoo or, page 7i
FAITES PÀRlH. GàTÉRI».
tf
Or.maioleiiaDt, rfime dioMest ^r soi, c*66t* inliieium far mUrui» cominent prouyerec-vous pour cda qu'elle comprend tout et qu*eQe est in-' finie? car, à présent, je ne Yoas éconte point, si TOUS dites : Pnisqo'elle est par soi elle se sera aisénaît donné toales choses ; d'autant qu'elle n'est pu par ni eomme par une cause, et qu'il ne lui I pas été fNmMe, avant qu'elle fût, de prévoir eeqo'e&jMHirroit être pour choisir ce qu'elle serait i|iris< Urne souvient d'avoir autrefois en^ tttNfo Snarei raisonner de la sorte : Toute limitÊim nsùt d'une cause ; car une chose est finie ellioitée, oa parce que la cause ne lui a pu doooerrieo de plus grand ni de plus parfait, ou pirn qo'eUe ne l'a pas voulu ; si donc quelque etoeestpar soi et non par une cause, il est vrai de dire qu'elle est infinie et non limitée.
Pour moi je n'acquiesce pas tout-à-fait à ce nimuieiDent ; car, qu'une chose soit par soi tant ^H TOUS plaira, c*e8t4-dire qu'elle ne soit point juraotnil, que poarrei-vous dire si cette limiutiûD Tient de ses principes internes et constitBioti, c'est-inlire de sa forme même et de son ose&ce, laquelle néanmoins vous n'avez pas ennrvpnNiTé être infinie? Certainement, si vous HppoBu que le chaud est chaud, il sera chaud pir les principes internes et constituants, et non pis froid, encore que vous imaginiez qu'il ne «it pas par autrui ce qu'il est. Je ne doute point fie M. Descartes ne manque pas de raisons pour ■istiuier à ce que les autres n'ont peut-être pas «asuJBgamment expliqué ni déduit assez clairesuDt.
Enfin, je conviens avec ce grand homme en ce 9II établit pour rigle générale « que les dioses fK nous concevons fort clairement et fort dis- ^âKtemeDt sont toutes vraies. • Même je crois que taœ que je pense est vrai; et 11 y a déjà longes que j'ai renoncé à toutes les chimères et à te les Jtres de raison , car aucune puissance ne se F^ détourner de son propre objet ; si la volonté 'Best, die tend au bien ; les sens même ne se ^peat point : car la vue voit ce qu'elle voit, fûnille eutend ce qu'elle entend ; et si on voit de f«ipesa,on voit bien ; maison se trompe lorsqu'on ^^tnioe par son jo^ement que ce que l'on voit tlderor. Et alorsc'estqu'on ne conçoit pas bien, ^^otAt qu'on ne conçoit point ; car, comme cha- ^faolté ne se trompe point vers son propre ob- )«>iiiuie fois l'entendement conçoit clairement ^dlMinctemenl me chose, elle est vraie ; de sorte ^ X. Descartes attribue avec beaucoup de rai- ^toQtes les erreurs au jugement et à la volonté. lais maintenant voyons si ce qu'il veut inférer i ttOe vigie est véritable. « Je oonnois, dit-H , , d*enflit H OMiMleBient Itire infini; donc Onams
C^est un être vrai et qui est quelque chose <. » Quelqu'un lui demandera : Connoissez-vous clairement et distinctement l'Être infini? Que veut donc dire cette commune maxime, laquelle est reçue d'un chacun : L'infini^ m tant qu'infini^ e«<tiuxmnii? Car si, lorsque je pense à un chilio* gone, me représentant confusément quelque figure, je n'imagine ou ne connois pas distinctement ce chiliogone, parce que je ne me représente pas distinctement ses mille oAtés, comment est-ce que je concevrai distinctement et non pas confusément l'Être Infini , en tant qu'infini, vu que je ne puis voir clairement, et comme au doigt et à l'œil , les infinies perfections dont il est composé ? Et c'est peut-être ce qu'a voulu dire saint Tho< mas; car, ayant nié que cette proposition, Dieu êst^ fût claire et connue sans preuve, il se fait à soi-même cette objection des paroles de saint Damascène : La connoissance que Dieu est est naturellement empreinte en l'esprit de tous les hommes ; donc c'est une chose claire, et qui n'a point besoin de preuve pour être connue. A quoi il répond : €onnoître que Dieu est en général, et, comme 11 dit , sous quelque confusion, à savoir en tant qu'il est la béatitude de l'homme, cela est naturellement imprimé en nous ; mais ce n'est pas, dit-il, connoitre simplement que Dieu est; tout ainsi que connoître que quelqu'un vient, ce n'est pas conooître Pierre , encore que ce soit Pierre qui vienne, etc. Gomme s'il vouloit dire que Dieu est connu sous une raison commune ou de fin der» niire, ou même de premier être et tris parfait, ou enfin sous la raison d'un être qui comprend et embrasse confusément et en général toutes choses ; mds non pas sous la raison précise de son être, car dnsi il est infini et nous est inconnu. Je sais que M. Descartes répondra facilement à celui qui l'interrogera de la sorte ; je crois néanmoins que les choses que j'allègue ici , seulement par forme d^entretien et d'exercice, feront quUl se ressouviendra de ce que dit Boëce, qu'il y a certaines notions communes qui ne peuvent être connues sans preuves que par les savants. De sorte qu'il ne se faut pas fort étonner si ceux-là intern^ent beaucoup qui désirent savoir plus que les autres, et s'ils s'arrêtent longtemps à considérer ce qu'Us savent avoir été dit et avancé, comme le premier et principal fondement de toute l'affaire, et que néanmoins ils ne peuvent entendre sans une longue recherche et une tris grande attention d'esprit.
Mais demeurons d^accord de ce principe, et supposons que quelqu'un ait l'idée claire et distincte d'un être souverain et souverainement par- Ci) VoyttMédiUlioii v, psse 8«.
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fait : que prétendez-YOïu Inférer de li? C'est à savoir que cet être infini existe; et oela si certainement « que je dois être au moins aussi assuré de l'existence de Dieu que je l'ai été jusques ici de la vérité des démonstrations mathématiques; en sorte qu'il n'y a pas moins de répugnance de concevoir un Dieu, c'est-à-dire un être souverainement parfait, auquel manque l'existence, c'està-dire auquel manque quelque perfection, que de concevoir une montagne qui n'ait point de vallée^. » C'est ici le nœud de toute la question ; qui cède à présent, il faut qu'il se confesse vaincu : pour moi , qui ai affaire avec un puissant adversaire, il faut que j'esquive un peu , afin qu'ayant à être vaincu, je diflîre au moins pour quelque temps ce que je ne puis éviter.
Et, premièrement, encore que nous n'agissions pas ici par autorité, mais seulement par raison , néanmoins, de peur qu'il ne semble qne je me Teuille opposer sansscyet àce grand esprit, écoutez plutét saint Thomas, qui se fait à soi-même cette objection : Àussitêt qu'on a compris et entendu ce que signifie ce nom Dku^ on sait que Dieu est; car par ce nom, on entend une chose telle que rien de plus grand ne peut être conçu. Or ce qui est dans l'entendement et en effet est plus grand que ce qui est seulement dans l'entendement; c'est pourquoi, puisque ce nom Diêu étant entendu. Dieu est dans l'entendement, il s'ensuit aussi qu'il est en effet; lequel argument je rends ainsi en forme : Dieu est ce qui est tel que rien de plus grand ne peut être conçu; mais ce qui est tel que rien de plus grand ne peut être conçu enferme l'existence ; donc Dieu, par son nom ou par son concept, enferme l'existence; et partant il ne peut être ni être conçu sans existence. Maintenant dites-moi, je vous prie, n'est-ce pas là le même argument de M. Descartes? Saint Thomas définit Dieu ainsi : Ce qui est tel que rien de plus grand ne peut être conçu ; M. Descartes l'appelle un être souverainement parfait : certes rien de plus grand que lui ne peut être conçu. Saint Thomas poursuit : Ce qui est tel que rien de plus grand ne peut être conçu enferme l'existence ; autrement quelque chose de plus grand que lui pourroit être conçu, à savoir : ce qul'est conçu enferme aussi l'existence. Mais M. Descartes ne semble-t-il pas se servir de la même mineure dans ^n argument : Dieu est un être souverainement parfait? or est-il que Têtre souverainement parfait enferme l'existence, autrement il ne seroît pas souverainement parfait. Saint Thomas infbre : Donc, puisque ce nom Dieu étant compris et entendu, n est dans l'entendement, U s'en-
(f ) voyei HédiuUaQ v, pose 16.
suit anssi qu'il est en effet ; eW*i-dire de ce que dans le concept ou la notion essentielle d'un être tel que rien de plus grand ne peut être conçu l'existence est comprise et enfermée, il s'ensuit que cet être existe. M. Deecartes infère la même chose. « Mais, dit-il , de ceU senl que je ne puis concevoir Dieu sans existence, il s'ensuit que l'existence est Inséparable de lui, et partant qu'il existe véritablement. » Que maintenant saint Thomas réponde à soi-même et à M. Deacartes. Posé, dit-il , que G|iacun entende que par ce nmn Diêu il est signifié ce qui a été dit, i savoir ce qui est tel que rien de plus grand ne peut être conçu, il ne s'ensuit pas pour cela qu'on entende que la chose qui est signifiée par ce nom soit dans la na« ture, mais seulement dans l'appréhension de TeiH tendement. Et on ne peut pas dire qu'elle soit en effet , si on ne demeure d'accord qu'il y a en effet quelque chose tel que rien de plus grand ne peut être conçu ; ce que ceux-là nient ouvertement , qui disent qu'il n'y a point de Dieu. D'où je réponds aussi en peu de paroles : Encore que Ton demeure d'accord que l'être souveridnement parfait par son propre nom emporte l'existenoa, néanmoins il ne s'ensuit pas que cette même exis* tance soit dans la nature actuellement quelque chose, mais seulement qu'avec le concept ou la notion de l'être souverainement parfait , celle da l'existence est inséparablement coi^ointe. D'oà vous ne pouvei pas inférer que l'existence de Dieu soit actufdlement quelque chose, si vous ne supposez que cet être souverainement partait existe aotuellement ; car pour lors il contiendra actaellement toutes les perfections, et celle aussi d'une existence réelle.
Trouvez bon maintenant qu'après tant de iati-gue je délasse un peu mon esprit. Ce oDaupoeé^ f«f» lion eûBisiatUy enferme essentiellement œs deux parties, à savoir, un lion et l'existenœ ; oer si vous êtes l'une ou l'autre, ce ne sera plue le même composé. Maintenant Dieu n'a-t-il pas de toute éternité connu clairement et distinctemeut ce composé? Et l'idée de ce composé, en tant qam tel , n'enferme-t-elie pas essentiellement l'une et l'autre de ces parties? c'est-à-dire i'exlateuoo n'est-elle pas de l'essence de ce composé im Itova eMst^fU ? Et néanmoins la distincte connolssanotj que Dieu en a eue de toute éternité ne fait pas qà^ cessairement que l'une ou l'autre partie de oq composé soit , si on ne suppose que tout ce cotra-^ posé est actuellement; car alors U enfermera ^| contiendra en soi toutes ses perfections essentl&I^ les, et partant aussi inexistence actudle. De mém^ ^ encore que je connoisse dalrement et distioct^ ment l'être souverain, et encore que l'être mmr^^ rainement pariait dans sea flODe^A «saselMeiiftH
FAITES PAR M. CATÉRUS,
Afoe VakUtmi nianmoins il ne s'ensoit pu
que cette eiistence soit actuellement quelque diose, si TOUS oe supposeï qoe cet 6tre souverain eiisie;cir alors, avec toutes sesautres perfections, il f ofermera aussi actuellement celle de rexistence; et alDsi il faut prouver d'ailleurs que cet fitre soaleraineiDeQt parfait existe.
Ten dirai peu touchant l'essence de Tâme et sa
distioetlofl réeUe d'avec le corps; car je confesse
que ce grand esprit m*a déjà tellement fatigué
fii'aa-deJà je ne puis quasi plus rien. S*il y a une
(iigù'octioo entre l'âme et le corps, il semble la
proorer de oe que ces deux choses peuvent être
conçues distinctement et séparément l'une de
Faotre. Et sur cela je mets ce savant homme aux
prises arec Scot , qui dit qu'afin qu'une chose soit
eooçue distinctement et séparément d'une autre,
Inffit qo*il y ait entre elles une distinction, qu'il
i^f&rmelU et objective^ laquelle il met entre
k ittmction rieUe et cette de ration ; et c'est
iIdsI qa'il distingue la justice de Dieu d'avec sa
iDiiérioorde;car elles ont, dit-il, avant aucune
opération de l'entendement des raisons formelles
Méreotes, en sorte que l'une n'est pas l'autre;
etiiaomoins oe seroit une mauvaise conséquence
dédire: La justice peut être conçue séparément
d'iTecla miséricorde, donc elle peut aussi exister
iêparémeat. Hais je ne vois pas que j'ai déji passé
la iMToes d'une lettre.
Tûila, messieurs, les choses quo j'avois à dire iondiaot es que vous m'avei proposé ; c'est à vous aiiote&ant d'en être les juges. Si vous prononces CD ma faveur, il ne sera pas malaisé d'obliger M. Deieartes è ne me vouloir point de mal si je U ai un peu contredit ; que si vous êtes pour lui, J0 donne dis à présent les mains, et me confesse Tiioco, et ce d^autant plus volontiers que je aHodrois de l'être encore une autre fols. Adieu.
RÉPONSES DÉ L'AUTEUR
AUX PREMiftRBS OBIBCTIOHS.
Messieurs ,
le TOUS confesse que vous avez suscité contre soi un puissant adversaire, duquel l'esprit et la kctrine eussent pu me donner beaucoup de fûe, ai cet officieux et dévot théologien n'eût Bieox aimé favoriser la cause de Dieu et celle de n ibible défenseur que de la combattre i force «verte. Hais quoiqu'il lui ait été tris honnête ^908» de la sorte, je ne pourrois pas m'exemp- ^ de blâme si je tichois de m'en prévaloir ; c'est Mijoei mon dessein eit plutAt de déoouvrir ici
l'artifice dont il s est servi pour m'assirter que de lui répondre comme à un adversaire.
n a commencé par une briive déduction de la principale raison dont je me sers pour prouT<r l'existence de Dieu, afin que les lecteurs s'en ressouvinssent d'autant mieux. Puis, ayant suocino» tement accordé les choses qu'il a jugées être suffisamment démontrées, et ainsi les ayant appuyéee de son autorité, il est venu au nœud de la diffl* culte, qui est de savoir ce qu'il faut ici entendre par le nom d'idée et quelle cause cette idée requiert.
Or j'ai écrit quelque part « que l'idée est la chose même conçue ou pensée, en tant qu^elle est objectivement dans l'entendement, n lesquelles paroles il feint d'entendre tout autrement que je ne les ai dites, afin de me donner occasion de les expliquer plus clairement. « Être, dit-il , otyectivement dans l'entendement, c'est terminera la façon d'un objet l'acte de l'entendement, ce qui n'est qu'une dénomination extérieure, et qui n'ajoute rien de réel à la chose, etc. n Où il faut remarquer qu'il a égard i la chose même, en tant qu'elle est hors de l'entendement, au respect de laquelle c'est de vrai une dénomination extérieure qu'elle soit objectivement dans l'entendement, mais que je parle de l'Idée qui n'est jamais hors de l'entendement , et au respect de laquelle être objectivement ne signifie autre chose qu'être dans l'entendement en la manière que les objets ont coutume d'y être. Ainsi , par exemple, si quelqu'un demande: Qu'est-ce qui arrive au soleil de ce qu'il est objectivement dans mon entendement? on répond fort bien qu'il ne lui arrive rien qu'une dénomination extérieure, savoir est qu'il termine i la façon d'un objet l'opération de mon entendement. Mais si l'on demande de Tidée du soleil ce que c'est, et qu'on réponde que c'est la chose même pensée en tant qu'elle est objectivement dans l'entendement, personne n'entendra que c'est le soleil même, en tant que cette extérieure dénomination est en lui. Et là être objectivement dans l'entendement ne signifiera pas terminer son opération à la façon d'un objet , mais bien être dans Tentendement en la manière que ses objets ont coutume d'y être : en telle sorte que l'Idée du soleil est le soleil même existant dans l'entendement, non pas i la vérité formellement, comme il est au ciel, mais objectivement, c'est-i-dire en la manière que les objets ont coutume d'exister dans l'entendement : laquelle façon d'être est de vrai bien plus Imparfaite que celle par laquelle les choses existent hors de l'entendement; mais pourtant ce n'est pas un pur rien, comme J'ai d^& dit ci-devant.
Et lorsque ce savant théologien dit qa'il y a dae
RÉPONSES DE L^AUTEDR
réqaWoque en oes paroles, un pur rien, il semble avoir voulu m*avertir de celle que je viens tout maintenant de remarquer, de peur que je n'y prisse pas garde. Car il dit premièrement qu'une chose ainsi existante dans rentendeiùent par son idée n*est pas4in être réel ou actuel , c'està-dire que ce n*est pas quelque chose qui soit hors de Tentendement, ce qui est vrai ; et après il dit aussi que ce n*est pas quelque chose de feint par l'esprit, ou un être de raison, mais quelque chose de réel, qui est conçu distinctement : par lesquelles paroles il admet entièrement tout ce que j'ai avancé ; mais néanmoins il ajoute, parce que cette chose est seulement conçue, et qu'actuellement elle n'est pas, c'est-à-dire parce qu'elle est seulement une idée et non pas quelque chose hors de l'entendement, elle peut à la vérité être conçue, mais elle ne peut aucunement être causée ou mise hors de l'entendement, c'est-à-dire qu'elle n'a pas besoin de cause pour exister hors de l'entendement : ce que je confesse, car hors de lui elle n'est rien ; mais certes elle a besoin de cause pour être conçue, et c'est de celle-là seule qu'il est ici question. Ainsi, si quelqu'un a dans l'esprit l'idée de quelque machine fort artiflcielle, on peut avec raison demander quelle est la cause de cette idée: et celui-là ne satisferoit pas qui diroit que cette idée hors de l'entendement n'est rien, et partant qu'elle ne peut être causée, mais seulement conçue; car on ne demande ici rien autre chose, sinon quelle est la cause pourquoi elle est conçue. Celui-là ne satisfera pas non plus qui dira que l'entendement même en est la cause, comme étant une de ses opérations ; car on ne doute point de cela, mais seulement on demande quelle est la cause de l'artifice objectif qui est en elle. Car que cette idée contienne un tel artifice objectif plutôt qu'un autre, elle doit sans doute avoir cela de quelque cause ; et l' artifice objectif est la même chose au respect de cette idée qu'au respect de l'idée de Dieu la réalité ou perfection objective. Et de vrai Von peut assigner diverses causes de cet artifice ; car ou c'est quelque réelle et semblable machine qu'on aura vue auparavant, à la ressemblance de laquelle cette idée a été formée , ou une grande connoissance de la mécanique qui est dans l'entendement de celui qui a cette idée, ou peut-être une grande subtilité d'esprit, par le moyen de laquelle il a pu l'inventer sans aucune autre connoissance précédente. Et il faut remarquer que tout l'artifice qui n'est qu'objectivement dans oette idée doit par nécessité être formellement ou éminemment dans sa cause, quelle que cette cause puisse être. Le même aussi faut-il penser de la réalité objective qui est dans l'idée de Dieu.
Mais en qui est-ce que tonte cette réalité ou perfeo tion se pourra ainsi rencontrer, sinon en Dieu réellement existant? Et cet esprit excellent a fort bien vu toutes ces choses ; c'est pourquoi il confesse qu'on peut demander pourquoi cette idée contient cette réalité objective plutêt qu'une autre, à laquelle demande il a répondu premièrement : u que de toutes les idées il en est de même que de ce que j'ai écrit de l'idée du triangle, savoir est que bien que peut-être il n'y ait point de triangle en aucun lieu du monde, il ne laisse pas néan* moins d'y avoir une certaine nature, on forme, on essence déterminée du triangle, laquelle est lm« muable et étemelle ; » et laquelle il dit n'aTOir pas besoin de cause. €e que néanmoins il a bien jugé ne pouvoir pas satisfaire ; car encore que la nature du triangle soit immuable et étemelle , il n'est pas pour cela moins permis de demander pourquoi son idée est en nous. C'est pourquoi 11 a ajouté : a Si néanmoins vous me pressez de vous dire une raison, je vous dirai que cela vient de l'imperfection de notre esprit, etc. » Par laquelle réponse il semble n'avoir voulu signifier autre chose, sinon que ceux qui se voudront ici éloigner de mon sentiment ne pourront rien répondre de vraisemblable. Car, en effet, il n'est i pas plus probable de dire que la cause pourquoi i l'idée de Dieu est en nous soit l'imperfection de i notre esprit, que si on disoit que l'ignorance des i mécaniques fut la cause pourquoi nous imaginons \ plutôt une machine fort pleine d'artifice qu*ane autre moins parfaite ; car, tout au contraire, si i quelqu'un a l'idée d'une machine dans laquelle soit contenu tout l'artifice que l'on sauroit Ima- i giner, l'on infère fort bien de là que oette idée \ procède d'une cause dans laquelle il y avoit réellement et en effet tout l'artifice imaginable, encore qu'il ne soit qu'objectivement et non point en effet dans cette idée. Et par la même raison, puisque nous avons en nous l'idée de Dieu, dans laquelle toute la perfection est contenue que l*on puisse jamais concevoir, on peut de là condure très évidemment que cette idée dépend et procède de quelque cause qui contient en soi véritablement toute cette perfection , à savoir de Dieu réellement existant. Et certes la difficulté ne paroîtroit pas plus grande en l'un qu'en l'autre , si, comme tous les hommes ne sont pas savants en la mécanique, et pour cela ne peuvent pas avoir des idées de machines fort artificielles, ainsi tousn*a« voient pas la même faculté de concevoir l'idée de Dieu ; mais , parce qu'elle est empreinte d'une même façon dans l'esprit de tout le monde, et que nous ne voyons pas qu'elle nous vienne Jamais d'ailleurs que de nous-mêmes, nous supposons qu'elle appartient à la nature de notre esprit^
AUX PREMIERES OBJECTIONS
et certes non mal à propos ; mais nous oublions m autre cbow que Ton doit principalement con^ sidérer, et d*oJi dépend toute la force et toute la lumèreoarioteiligenoe de cet argument, qui est que cette fiicolté d'avoir en soi l'idée de Dieu ne pourrait ttre en nous si notre esprit étoit seulemeDt uoe diose finie, comme il est en effet, et qu'il D^eut point pour cause de son être une cause qui ^ BkxL C'est pourquoi, outre cela, j'ai demanda AToir, si je pourroisétreen cas que Dieu ne j9l point; non tant pour apporter une raison diffreote de la précédente que pour l'expliquer fbispar&itement.
Hais ici la courtoisie de cet adversaire me jette dans 00 passage assez difficile, et capable d'attimiormoi Tenvie et la jalousie de plusieurs ; car il compare mon argument avec un autre tiré de saiot Thomas et d'Aristote, comme s'il vouloit par ce moyen m'obliger à dire la raison pourquoi, tent eutré avec eax dans un même chemin , je ne l'ai pas néanmoins suivi en toutes dioses; mais je Je prie de me permettre de ne point parier des aatra, et de rendre seulement raison des choses g» j'ai écrites. Premièrement donc, je n'ai pomt tiré mon argument de ce que je voyois que dans la dioses sensibles il y avoit un ordre ou une œrtaijie suite de causes efficientes ; partie à cause 9K j'ai pensé que l'existence de Dieu étoit beaucoap plus évidente que celle d'aucune chose sen*siile, et partie aussi pource que je ne voyois pas que cette suite de causes me pût conduire ailleurs fia me faire connoitre l'imperfection de mon écrit, en ce que je ne puis comprendre comment me infinité de telles causes ont tellement succédé Isanesaui autres de toute éternité qu'il n'y en ût point eu de première : car certainement, de ttqoe je ne puis comprendre cela, il ne s'ensuit fis qu'il y en doive avoir une première ; non plus ^ de œ que je ne puis comprendre une infinité ^dinsioosen une quantité finie, il ne s'ensuit pas 9» l'on puisse venir i une dernière, après lafttlie cette quantité ne puisse plus être divisée; au bien il suit seulement que mon entendement, # en fini , ne peut comprendre l'infini. C'est P^Qoi jVi mieux aimé appuyer mon raisonneaat sur l'existence de moi-même, laquelle ne ^ipend d'aucune suite de causes, et qui m'est si BiiUiQeque rien ne le peut être davantage : et, aloterrogeant sur cela moi-même, je n'ai pas tvi cherché par quelle cause j'ai autrefois été Nuit que j'ai cherché quelle est la cause qui à f^t me conserve, afin de me délivrer par ce "Bjen de toute suite et succession de causes, '^cela, je n'ai pas cherché quelle est la cause ^iBon ttrc en tant que je suis composé de corps ■îfime, mais seulement et précisément en tant
que je suis une diose qui pense, ce que je crob ne servir pas peu à ce sujet : car ainsi j'ai pa beaucoup mieux me délivrer des préjugés, considérer ce que dicte la lumière naturelle, m'interroger moi-même, et tenir pour certain que ries ne peut être en moi dont je n'aie quelque connoiftsance : ce qui en effet est tout autre chose que si, de ce que je vols que je suis né de mon père , je oonsidérois que mon père vient aussi de mon aïeul, et si, voyant qu'en recherchant ainsi les pères de mes pères je ne pourrois pas continuer ce progrès à l'infini , pour mettre fin à cette recherche, je oonduois qu'il y a une première cause. Be plus, je n'ai pas seulement recherché quelle est la cause de mon être en tant que je suis une chose qui pense; mais je l'ai prindpalemeBt et précisément recherchée en tant que je suis une chose qui pense, qui , entre plusieurs autres pensées, reconnois avoir en moi l'idée d'un être souverainement parfait; car c'est de cela seul que dépend toute la force de ma démonstration. Premièrement , parce que cette idée me fait connoitre ce que c'est que Dieu, au moins autant que je suis capable de le connoitre : et , selon les lofs de la vraie logique, on ne doit jamais demander d'aucune chose si elle est qu'on ne sadie premièrement ce qu'elle est. En second lieu , parce que c*e8t cette même idée qui me donne occasion d'examiner si je suis par moi ou par autrui , et de reconnoltre mes défauts. Et , en dernier lieu , c'est elle qui m'apprend que non- seulement il y a une cause de mon être, mais de plus aussi que cette cause contient toutes sortes de perfections, et partant qu'elle est Dieu. Enfin , je n'ai point dit qu'il est impossible qu'une chose soit la cause efficiente de soi-même ; car, encore que cela soit manifestement véritable, lorsqu'on restreint la si* gnification d'efficient à ces causes qui sont différentes de leurs effets ou qui les précèdent en temps, il semble toutefois que dans cette question elle ne doit pas être ainsi restreinte, tant parce que ce seroit une question frivole, car qui ne sait qu'une même chose ne peut pas être diflërente de soi-même ni se précéder en temps? comme aussi parce que la lumière naturelle ne nous dicte point que ce soit le propre de la cause efficiente de précéder en temps son effet ; car au contraire, è proprement parler, elle n'a point le nom ni la nature de cause efficiente sinon lorsqu'elle produit son effet, et partant elle n'est point devant lui. Mais certes la lumière naturelle nous dicte qu'il n'y a aucune chose de laquelle il ne soit loisible de demander pourquoi elle existe, ou bien dont on ne puisse rechercher hi cause efficiente ; ou » si elle n'en a point , demander pourquoi elle n'en a pas besoin; de sorte que« si je pensois qu'au-
RÉPONSES DE L'ACTEim
riqaWoqae en oes paroles, un pur rien, il semble avoir voulu m'avertir de celle que je viens tout maintenant de remarquer, de peur que je n*y prisse pas garde. Car il dit premièrement qu'une chose aind existante dans Tentendeiùent par son idée n'est pas4in 6tre réel ou actuel, c*està-dire que ce n'est pas quelque chose qui soit hors de Tentendement, ce qui est vrai ; et après 0 dit aussi que ce n'est pas quelque chose de feint par l'esprit, ou un être de raison, mais quelque chose de réel, qui est conçu distinctement : par lesquelles paroles il admet entièrement tout ce que j'ai avancé ; mais néanmoins il ajoute, parce que cette chose est seulement conçue, et qu'actuellement elle n'est pas, c'est-à-dire parce qu'elle est seulement une idée et non pas quelque chose hors de l'entendement, elle peut à la vérité (tre conçue, mais elle ne peut aucunement être causée ou mise hors de l'entendement, c'est-à-dire qu'elle n'a pas besoin de cause pour exister hors de l'entendement : ce que je confesse, car hors de lui elle n'est rien ; mais certes elle a besoin de cause pour être conçue, et c'est de celle-là seule qu'il est ici question. Ainsi, si quelqu'un a dans l'esprit l'idée de quelque madiine fort artiflcielle, on peut avec raison demander quelle est la cause de cette idée: et celui-là ne satisferoit pas qui diroit que cette idée hors de l'entendement n'est rien, et partant qu'elle ne peut être causée, mais seulement conçue ; car on ne demande ici rien autre chose, sinon quelle est la cause pourquoi elle est conçue. Celui-là ne satisfera pas non plus qui dira que l'entendement même en est la cause, comme étant une de ses opérations ; car on ne doute point de cela , mais seulement on demande quelle est la cause de l'artifice objectif qui est en elle. Car que cette idée contienne un tel artifice objectif plutôt qu'un autre, elle doit sans doute avoir cela de quelque cause ; et l' artifice objectif est la mAme chose au respect de cette idée qu'au respect de l'idée de Dieu la réalité ou perfection objective. Et de vrai l'on peut assigner diverses causes de cet artifice; car ou c'est quelque réelle et semblable machine qu'on aura vue auparavant, à la ressemblance de laquelle cette idée a été formée , ou une grande connoissance de la mécanique qui est dans l'entendement de celui qui a cette idée, ou peut-être une grande subtilité d'esprit, par le moyen de laquelle il a pu l'inventer sans aucune autre connoissance précédente. Et il faut remarquer que tout l'artifice qui n'est qu'objectivement dans oette Idée doit par nécessité être formellement ou éminemment dans sa cause, quelle que cette cause puisse être. Le même aussi faut-Il penser de la réalité objective qui est dans Tidée deDleu.
Mais en qulest-ce que toute cette réalité ou perfection se pourra ainsi rencontrer, sinon en Dieu réellement existant? Et cet esprit excellent a fort bien vu toutes ces choses ; c'est pourquoi 11 oonfesaa qu'on peut demander pourquoi cette idée contient cette réalité objective plutêt qu'une autre, à laquelle demande 11 a répondu premièremrat : « que de toutes les idées il en est de même que de ce que j'ai écrit de l'idée du triangle, aaroir est que bien que peut-être 11 n'y ait point de triangle en aucun lieu du monde, il ne laisse pas néanmoins d'y avoir une certaine nature, ou forme, on essence déterminée du triangle, laquelle estim* muableet étemelle; » et laquelle 11 dit n*aTOir pas besoin de cause. Ce que néanmoins il a bien jugé ne pouvoir pas satisfaire; car encore que la nature du triangle soit immuable et étemdle, 0 n'est pas pour cela moins permis de demander pourquoi son Idée est en nous. C'est pourquoi II a ajouté : « SI néanmoins vous me presses de vous dire une raison, je vous dirai que cda vient de l'imperfection de notre esprit, etc. » Par laquelle réponse il semble n'avoir voulu signifier autre chose, sinon que ceux qui se voudront ki éloigner de mon sentiment ne pourront rien répondre de vraisemblable. Car, en effet, il n'est pas plus probable de dire que la cause pourquoi ridée de Dieu est en nous soit l'imperfection de notre esprit, que si on disoit que l'ignorance des mécaniques fût la cause pourquoi nous imaginons plutôt une machine fort pleine d'artifice qu'une autre moins parfaite; car, tout au contraire, si quelqu'un a l'idée d'une madiine dans laquelle soit contenu tout l'artifice que l'on sauroit imaginer, l'on infère fort bien de là que oette idée procède d'une cause dans laquelle il y avoit réellement et en effet tout l'artifice Imaginable, encore qu'il ne soit qu'objectivement et non point en effet dans cette idée. Et par la même raison, puisque nous avons en nous l'idée de Dieu, dans laquelle toute la perfection est contenue que Ton puisse jamais concevoir, on peut de là condore très évidemment que cette idée dépend et procède de quelque cause qui contient en soi véritablement toute cette perfection , à savoir de Dieu réellement existant. Et certes la difficulté ne paroitroit pas plus grande en l'un qu'en l'autre , si, comme tous les hommes ne sont pas savants en la mécanique, et pour cela ne peuvent pas avoir des idées de machines fort artificielles, ainsi tousn'avoient pas la même faculté de concevoir l'idée de Dieu ; mais , parce qu'elle est empreinte d*une même façon dans l'esprit de tout le monde, el que nous ne voyons pas qu'elle nous vienne jamais d'ailleurs que de nous-mêmes, nous supposons qu'elle appartient à la natore de notre esprit,
AUX PREMIERES OBJECTIONS
etartesDon mal ipropos; mais noos oublions vue autre chose que l'on doit principalement conâdérer, et d'où dépend toute la force et toute la lomièreoui'intelligeDoe de cet argument, qui est que cette (acuité d'avoir en soi l'idée de Dieu ne pourroit Ctre en nous si notre esprit étoit seulement une diose finie, comme il est en effet, et qu'il u'eût point pour cause deson être une cause qui fit Pieu. C'est pourquoi, outre cela, j'ai demandé, savoir, si je pourrois être en cas que Dieu uei3t point; non tant pour apporter une raison diffîreote de la précédente que pour Texpliquer plusparlaitement.
Mais ici la courtoisie de cet adversaire me jette daDSQD passage assez dilBcile, et capable d'attirer sur moi l'envie et la jalousie de plusieurs ; car il compare mon argument avec un autre tiré de salot TImmas et d'Aristote, comme s'il vouioit parce moyen m'obliger à dire la raison pourquoi, étant entré avec eux dans un même chemin , je ne l'ai pas néanmoins suivi en toutes choses ; mais je le prie de me permettre de ne point parler des uires, et de rendre seulement raison des choses que j'ai écrites. Premièrement donc, je n'ai point tiré mon argument de ce que je voyois que dans les dioses sensibles 11 y avoit un ordre ou une oertaine suite de causes efficientes ; partie à cause qne j'ai pensé que l'existence de Dieu étoit beaucoap plus évidente que celle d'aucune chose sensible, et partie aussi pource que je ne voyois pas que cette suite de causes me pût conduire ailleurs qui me (aire oonnoître l'imperfection de mon «Vrit, en ce que je ne puis comprendre comment vne infinité de telles causes ont tellement succédé les unes aux autres de toute éternité qu'il n'y en ^t point eu de première : car certainement, de ce qoe je ne puis comprendre cela , il ne s'ensuit pas qu'il y en doive avoir une première ; non plus qoe de ce que je ne puis comprendre une infinité de divisions en une quantité finie, il ne s'ensuit pas fie l'on poisse venir à une dernière, après laquelle cette quantité ne puisse plus être divisée; iittis bien il suit seulement que mon entendement, qui est fini, ne peut comprendre l'infini. C'est pourquoi j'ai mieux aimé appuyer mon raisonnement sur l'existence de moi-même, laquelle ne dépend d'aucune suite de causes, et qui m'est si connue que rien ne le peut être davantage : et, Blnierrogeant sur cela moi-même, je n'ai pas la&t dmM par quelle cause j'ai autrefois été produit que j'ai cherché quelle est la cause qui à présent me conserve, afin de me délivrer par ce ■ojeu de toute suite et succession de causes. Ootre cela, je n'ai pas cherché quelle est la cause fcmon être en tant que je suis composé de corps tt d'iaw, mais seolemenl et précisément en tant
que je suis une diose qui pense, ce que je crob ne servir pas peu à ce sujet : car ainsi j'ai pa beaucoup mieux me délivrer des préjugés, considérer ce que dicte la lumière naturelle, m'interroger moi-même, et tenir pour certain que rien ne peut être en moi dont je n'aie quelque connoi»sance : ce qui en effet est tout autre chose que si, de ce que je vois que je suis né de mon père, je considérois que mon père vient aussi de mon àieul , et si , voyant qu'en recherchant ainsi les pères de mes pères je ne pourrois pas continuer ce progrès à l'infini , pour mettre fin à cette recherche, je conduois qu'il y a une première cause. Be plus, je n'ai pas seulement recherché quelle est la cause de mon être en tant que je suis une chose qui pense; mais je l'ai principalement et précisément recîherchée en tant que je suis une chose qui pense, qui , entre plusieurs autres pensées, reconnois avoir en moi l'idée d'un être souverainement parfait; car c'est de cela seul que dépend toute hi force de ma démonstration. Premièrement , parce que cette idée me fait connoitre ce que c'est que Dieu, au moins autant que je suis capable de le connoitre : et , selon les lois de la vraie logique, on ne doit jamais demander d'aucune chose si elle est qu'on ne sadie premièrement ce qu'elle est. En second lieu , parce que c*est cette même idée qui me donne occasion d'examiner si je suis par mol ou par autrui , et de reconnoitre mes défauts. Et, en dernier lieu, c'est elle qui m'apprend que non- seulement il y a une cause de mon être, mais de plus aussi que cette cause contient toutes sortes de perfections, et partant qu'elle est Bleu. Enfin , je n'ai point dit qu'il est impossible qu'une chose soit la cause efficiente de soi-même ; car, encore que cela soit manifestement véritable, lorsqu'on restreint la signification d'efficient à ces causes qui sont différentes de leurs effets ou qui les précèdent en temps, il semble toutefois que dans cette question elle ne doit pas être ainsi restreinte, tant parce que ce seroit une question frivole, car qui ne sait qu'une même chose ne peut pas être différente de soi-même ni se précéder en temps? comme aussi parce que la lumière naturelle ne nous dicte point que ce soit le propre de la cause efficiente de précéder en temps son effet ; car au contraire, è proprement parler, elle n'a point le nom ni la nature de cause efficiente sinon lorsqu'elle produit son effet, et partant elle n'est point devant lui. Mais certes la lumière naturelle nous dicte qu'il n'y a aucune chose de laquelle il ne soit loisible de demander pourquoi elle existe, ou bien dont on ne puisse rechercher bi cause efficiente ; ou , si elle n'en a point , demander pourquoi elle n'en a pas besoin ; de sorte que, si je pensois qu'au-
RÉPONSES DE L'AUTEUR
tout à la fob par la pens^, et qui le regardent comme de Ioîd ; auquel sens saint Thomas a dit, au lieu ci-devant cité, que la connoissance de Dieu est en nous sous une espèce de confusion seulement, et comme sous une image obscure; mais ceux qui considèrent attentivement cliacune de ses perfections, et qui appliquent toutes les forces de leur esprit à les contempler, non point à dessein de les comprendre, mais plutôt de les admirer et reconnoitre combien elles sont au-delà de toute compréhension, ceux-là, dis-je, trouvent en lui incomparablement plus de choses qui peuvent être clairement et distinctement connues, et avec plus de facilité, qu'il ne s'en trouve en aucune des choses créées. Ce que saint Thomas a fort bien reconnu lui-même en ce lieu-là, comme il est aisé de voir de ce qu'en l'article suivant il assure que l'existence deDieu peut être démontrée. Pourmoi, toutes les fois que j'ai dit que Dieu pouvoit être connu clairement et distinctement, je n'ai jamais entendu parler que de cette connoissance finie et accommodée à la petite capacité de nos esprits; aussi n'a-t-il pas été néceœaire de l'entendre autrement pour la vérité des choses que j'ai avancées, comme on verra facilement, si on prend garde que je n'ai dit cela qu'en deux endroits, en l'un desquels il étoit question de savoir si quelque chose de réel étoit contenu dans l'idée que nous formons de Dieu, ou bien s'il n'y avolt qu'une négation de chose (ainsi qu'on peut douter si, dans l'idée du froid, il n'y a rien qu'une négation de chaleur), ce qui peut aisément être connu, encore qu'on âe comprenne pas l'infini. Et en l'autre j'ai maintenu que l'existence n'appartenoit pas moins à la nature de l'être souverainement par fait que trois cAtés appartiennent à la nature du triangle; ce qui se peut aussi assez entendre sans qu'on ait une connoissance de Dieu si étendue qu'elle comprenne tout ce qui est en lui.
n compare ici ^ derechef un de mes arguments avec un autre de saint Thomas, afin de m'obiiger en quelque façon de montrer lequel des deux a le plus de force. Et il me semble que je le puis faire sans beaucoup d'envie, parce que saint Thomas ne s'est pas servi de cet argument comme sien, et il ne conclut pas la même chose que celui dont je me sers; et, enfin, je ne m'éloigne ici en aucune façon de l'opinion de cet angélique docteur. Car on lui demande, savoir, si la connoissance de l'existence deDieu est si naturelle à l'esprit humain qu'il ne soit pas besoin de la prouver, c'est-à-dire si elle est claire et manifeste à un chacun , ce qu'il nie, et moi avec lui. Or l'argument qu'il s'objecte à soi-même
(I) ▼o9SBOIi|6clioD8,pageim
se peut ainsi proposer : Lorsqu'on oMipreiid et entend ce que signifie ce nom Dieu, on entend une chose telle que rien de plus grand ne peut être conçu ; mais c'est une chose plus grande d'être en effet et dans l'entendement que d'être seolement dans l'entendement ; donc, lorsqu'on comprend et entend ce que signifia ce nom Dieu^ on entend que Dieu est en effet et dans rentendement. Où il y a une faute manifeste en la forme; car on devoit seulement conclure : donc, lorsqu'on comprend et entend ce que signifie ce nom DieUt oneaiend qu'il signifie une chose qui est en effet et dans l'entendement; or ce qui est signifié par un mol ne paroit pas pour cela être vrai. Mais mon aiigument a été tel : Ce que nous concevons clairement et distinctement appartenir à la nature, ou i l'easence, ou à la forme immuable et vraie de quelque chose, cela peut être dit ou affirmé avec vérité de i cette chose; mais après que nous avons asseï soi- i gneusement recherché ce que c'est que Dieu, nous concevons clairement et distinctement qu'il appar- i tient à sa vraie et immuable nature qu'il existe; donc alors nous pouvons affirmer avec vérité qu'il existe, ou du moins la conclusion est légitime. Mais la majeure ne se peut aussi nier, parce qu*on est déjà demeuré d'accord ci-devant que tout ce i que nous entendons ou concevons clairement et • distinctement est vrai. Il ne reste plus que la mi* j neure, où je confesse que la difficulté n'est pas petite ; premièrement, parce que nous sommes telle* . ment accoutumés, dans toutes les autres choses, de distinguer l'existence de l'essence, que nous ne ; prenons pas assez garde comment elle appartient à l'essence de Dieu plutôt qu'à celle des autres choses ; et aussi pource que ne distinguant pas assex , soigneusement les choses qui appartiennent à la . vraie et immuable essence de quelque chose de celles qui ne lui sont attribuées que par la fiction de notre entendement, encore que nous apercevions assez clairement que l'existence appartient à l'essence de Dieu, nous ne concluons pas toutefois de là que Dieu existe, pource que nous ne savons pas si son essence est immuable et vraie, ou si elle a seulement été faite et inventée par notre esprit. Mais,pour Ater la première partie decette difficulté , Il faut faire distinction entre l'existence possible et la nécessaire, et remarquer que l'existence possible est contenue dans la notion ou dans l'idée de toutes les choses que nous concevons clairement et distinctement, mais que l'existence nécessaire n'est contenue que dans l'idée seule de Dieu ; car je De doute point que ceux qui considéreront avec attention cette différence qui est entre l'Idée de Bleu et toutes les autres Idées n'aperçoivent fort bien qu'encore que nous ne concevions jamais les autres choses sinon comme existantiKs, il ne s*ea-
AUX PREMIERES. OBJECTIONS
oitpasiiiamDOins de là qu'elks existent, mais leoloneDtqa'eUespeuvent exister, parce que nous aeooooevoospas qu'il soit nécessaire que i'existcDM actuelle soit conjointe avec leurs autres popriélés, mais que de ce que nous concevons durement qoe Texistence actuelle est nécessairement et toojours conjointe avec les autres attributs deBîea, il suit de là nécessairement que Dieu existe. Pois, pour Ater Tautre partie de la dilfieult^^il iaat prendre garde que les idées qui ne (ootiennent pas de vraies et immuables natures, lujssealemeiit de feintes et composées par Tenteadement, peuvent 6tre divisées par Tentendeneotméme, non-seulement par une abstraction M restriction de sa pensée, mais par une claire et distincte opération; en sorte que les olioses qoe l'entendement ne peut pas ainsi diviser n'ont point sans doute été faites ou composées par lui. Par exemple, lorsque je me représente un cheval iHé, on on lion actuellement existant, ou un trjui^le inscrit dans un carré, je conçois facile- Dent qoe je puis aussi tout au contraire me repàentar un cheval qui n'ait point d'ailes, un lioa qui ne soit point existant, un triangle sans arré;et partant, que ces choses n'ont point de Traies et immuables natures. Mais si je me représenle un triangle ou un carré ( je ne parle point ici du lion ni du cheval, pource que leurs Ditiires ne nous sont pas entièrement connues ), iloncertes toutes les choses que je reconnoltrai être eo&tenaes dans l'idée du triangle, comme que tt trois angles sont égaux à deux droits, etc. , jei'assarerai avec vérité d'un triangle; et d'un curé, tout ce que je trouverai être contenu dans lidée du carré ; car encore que je puisse concevoir un triangle, en restreignant tellement ma paaéeqneje ne conçoive en aucune façon que sa trois angles sont égaux à deux droits, je ne pois {«néanmoins nier cela de lui par une claire et dittincte opération, c'est-à-dire entendant net- Inent œ que je dis. De plus, si je considère un oiangle inscrit dans un carré, non afin d'attribuer tt carré ce qui appartient seulement au triangle, n d'attribuer au triangle ce qui appartient au ctrré,mais pour examiner seulement les choses qui uiKot de la conjonction de l'un et de l'autre, b nature de cette ûgure composée du triangle et h carré ne sera pas moins vraie et immuable fit celle du seul carré ou du seul triangle; de ^ que je pourrai assurer avec vérité que le ^ n*est pas moindre que le double du trian- ^^lïl lui est inscrit, et autres choses semblables fi appartiennent à la nature de cette figure comi^^* Mais si je considère que, dans l'idée d'un ^ très parfiiitrl*exbtence est contenue, et cela '^vce que o'esl une plus grande perfection d'être
en effet et dans rentendemenl que o^être seule» ment dans l'entendement, je ne puis pas de là conclure que ce corps très parfait existe, mais seulement qu'il peut exister. Car jereconnois assez que cette idée a été foite par mon entendement même, lequel a joint ensemble toutes les perfections corporelles, et aussi que l'existence ne résulte point des autres perfections qui sont comprises en la nature du corps, pource que l'on peut également affirmer ou nier qu'elles existent, c'est4-dire les concevoir comme existantes oa non existantes. Et déplus, à cause qu'en exami* nant l'idée du corps je ne vois en lui aucune force par hiquelle il se produise ouse conserve lui-même» je conclus fort bien que l'existence nécessaire, de laquelle seule il est ici question, convient aussi peu à la nature du corps, tant parfait qu'il puisse être, qu'il appartient à la nature d'une montagne de n'avoir point de vallée, ou à la nature du triangle d'avoir ses trois angles plus grands que deux droits. Mais maintenant, si nous demandons, non d'un corps, mais d'une chose telle qu'elle puisse être, qui ait en soi toutes les perfections qui peuvent être ensemble, savoir si l'existence doit être comptée parmi elles, il est vrai que d'abord nous en pourrons douter, parce que notre esprit, qui est fini, n'ayant coutume de les considérer que séparées, n'apercevra peut-être pas du premier coup combien nécessairement elies sont jointes entre elles. Mais si nous examinons soigneusement, savoir, si l'existence convient à l'être souverainement puissant, et quelle sorte d'existence, nous pourrons clairement et distinctement connoitre, premièrement, qu'an moins l'existrace possible lui convient, comme à toutes les autres choses dont nous avons en nous quelque idée distincte, même à celles qui sont composées par les fictions de notre esprit; en apr^, parce que nous ne pouvons penser que son existence est possible qu'en même temps, prenant garde à sa puissance infinie, nous ne connoissions qu'il peut exister par sa propre force, nous conclurons de là que réellement il existe, et qu'il a été de toute éternité ; car il est très manifeste, par la lumière naturelle, que ce qui peut exister par sa propre force existe toujours; et ainsi nous connoîtrons que l'existence nécessaire est contenue dans l'idée d'un être souverainement puissant, non par une fiction de l'entendement, mais parce qu'il appartient à la vraie et immuable nature d'un tel être d'exister ; et il nous sera aussi aisé de connoitre qu'il est impossible que cet être souYorainement puissant n'ait point en soi toutes les autres perfections qui sont contenuesdansridéedeDieu, en sorte que, de leur propre nature, et sans aucune fiction de l'enten*
RÉPONSES DE L'AUTEUR
tout à la fois par la pensée, et qui le regardent comme de loin ; auquel sens saint Thomas a dit, au lieu ci-devant cité, que la oonnoissance de Dieu est en nous sous une espèce de confusion seulement, et comme sous une image obscure; mais ceux qui considèrent attentivement chacune de ses perfections, et qui appliquent toutes les forces de leur esprit à les contempler, non point à dessein de les comprendre, mais plutôt de les admirer et reconnoître combien elles sont au-delà de toute compréhension, ceux-là, dis-je, trouvent en lui incomparablement plus de choses qui peuvent être clairement et distinctement connues, et avec plus de facilité, qu*ilne s'en trouve en aucune des dioses créées. Ce que saint Thomas a fort bien reconnu lui-même en ce lieu-là, comme il est aisé de voir de ce qu'en Tarticle suivant il assure que l'existence de Dieu peut être démontrée. Pour moi, toutes les fois que j'ai dit que Dieu pouvoit être connu clairement et distinctement, je n'ai jamais entendu parler que de cette oonnoissance finie et accommodée à la petite capacité de nos esprits; aussi n'a-t-il pas été néceœaire de l'entendre autrement pour la vérité des choses que j'ai avancées, comme on verra facilement, si on prend garde que je n'ai dit cela qu'en deux endroits, en l'un desquels il étoit question de savoir si quelque chose de réel étoit contenu dans l'idée que nous formons de Dieu, ou bien s'il n'y avoit qu'une négation de chose (ainsi qu'on peut douter si, dans l'idée du froid, il n'y a rien qu'une négation de chaleur), ce qui peut aisément être connu, encore qu'on ûe comprenne pas l'infini. Et en l'autre j'ai maintenu que l'existence n'appartenoit pas moins à la nature de l'être souverainement par fait que trois cAtés appartiennent à la nature du triangle; ce qui se peut aussi assez entendre sans qu'on ait une oonnoissance de Dieu si étendue qu'elle comprenne tout ce qui est en lui.
n compare ici^ derechef un de mes arguments avec un autre de saint Thomas, afin de m'obliger en quelque façon de montrer lequel des deux a le plus de force. Et il me semble que je le puis faire sans beaucoup d'envie, parce que saint Thomas ne s'est pas servi de cet argument comme sien, et il ne conclut pas la même chose que celui dont je me sers; et, enfin, je ne m'éloigne ici en aucune façon de l'opinion de cet angélique docteur. Car on lui demande, savoir, si laconnoissance de l'existence de Dieu est si naturelle à l'esprit humain qu'il ne soit pas besoin de la prouver, c'est-à-dire sielleest claire et manifeste à un chacun, ce qu'il nie, et moi avec lui. Or l'argument qu'il s'objecte à soi-même
(1) ▼eynOKtecUou.pageim
se peut ainsi proposer : Lonqii*onoinipl(i|| i^^^ ' tend ce que signifie ce nomDin(,ODefiiaisl êfi^^^^,^ chose telle que rien de plus grand u^A^ ycvtf^^P^.^" conçu ; mais c'est une chose pluignndeAnil ^ , ^ effet et dans l'entendement que d'être Mànl pf^ ^ T dans l'entendement; donc, loTsqu'oQooBipniil ^^ ^^^^ entend ce que signifie ce nom Dieu, (sm is^^^l^^ que Dieu est en effet et dans reQteDdeDnLOiil ^^^^^^ y a une faute manifeste en la forme; car «W ^^^f^ ' seulement conclure : donc, loraqu'oD CMpil é^î^^'^^ et entend ce que signifie ce nom Die«,oii(ttl\ «i"^^^ ^ qu'il signifie une chose qui est en eflel dël *«^^'^^ l'entendement; or ce qui est signifié par usl ^^'^^^' ne paroît pas pour cela être Trai. Mais du» ^\ ^^ "^° ment a été tel : Ce que nous concevons dÉwl ^^^ 7 et distinctement appartenir à la naUire,OBlï»| ^^fV^] sence, ou à la forme immuable etwaiedeqsliil f]^^ chose, cela peut être dit ou affirmé amiWn P^^^ cette chose; mais après que nous avons asstl '^^r». gneusement recherché ce que c'est qneïïw,»\ ** ^ concevons clairement et dtetinctementqttTliH»! *^"^ tient à sa vraie et immuable nature qu'ft*\ *f ^M^ donc alors nous pouvons affirmer avec vériil||ill P^ ^ existe, ou du moins la conclusion est liçfiaV ^^^ Mais la majeure ne se peut aussi nier, paroeqi'il ^-^^ \ est déjà demeuré d'accord ci-devant que W»\*^' que nous entendons ou concevons dairanalU ^ distinctement est vrai. 11 ne reste plus que l»»ll^^' neure, où je confesse que la diflaculté tfeslp»!^ 1 ^ tite ; premièrement, parce que nous sommes!*- 1 *« ment accoutumés, dans toutes les autres àff»)^ l '^ distinguer l'existence de l'essence, qae now»l "* prenons pas assez garde comment elle appas^^^^ i ^ ^ l'essence de Dieu plutôt qu'à celle des autiesàfr I ^ ses ; et aussi pource que ne distioguaal V^^ \ ; soigneusement les choses qui appartiennent aM^ vraie et immuable essence de quelque chflfi^^y celles qui ne lui sont attribuées que par la fictim I de notre entendement, encore que nous ap^ I viens assez clairement que l'existence appartiefiti | l'essence de Dieu, nous ne concluons pastouteiM | de là que Dieu existe, pource que nous nesayotf pas si son essence est immuable et vraie, ou sld» a seulement été faite et inventée par notre espii Mais,pourAterla première par tiède cettedlfficultti
il faut faire distinction entre l'existence possiYi^ 1 la nécessaire, et remarquer que l'existence possik est contenue dans la notion ou dans l'idée deVS tes les choses que nous concevons clalremeii) distinctement, mais que l'existence nécessaires contenue que dans l'idée seule de Dieu ; car j< doute point que ceux qui considéreront avec atl tion cette différence qui est entre l*idée de et toutes les autres idées n'aperçoivent fort; qu'encore que nous ne concevions jamais le{ très choses sinon comme existantes, il M
AUX PREMIERES OBJECTIONS
sBJtpu B^auDoins de là qu'dles existent, mais Nalânent qu'elles peuventexister, parce que nous fieooDoeyoDs pas qu'il soit nécessaire que TexisteDoe actuelle soit conjointe avec leurs autres propriétés, mais que de ce que nous concevons clairement que l'existence actuelle est nécessairement et toujours conjointe avec les autres attributs de Dieu, il suit de là nécessairement que Dieu existe. Pois, pour Ater Tautre partie de la difficulté, il hui prendre garde que les idées qui ne eoiitieDA6Dt pas de vraies et immuables natures, mais seulement de feintes et composées par Tenteademeut, peuvent être divisées par Tentendementmême, non-seulement par une abstraction aa restriction de sa pensée, mais par une claire et distiocte opération ; en sorte que les rboses que rentaodement ne peut pas ainsi diviser n'ont point sans doute été faites ou composées par lui. Pareiemple, lorsque je me représente un cheval ailé, OQ un lion actuellement existant, ou un triangle inscrit dans un carré, je conçois facilement que je puis aussi tout au contraire me représenter un cheval qui n*ait point d*ailes, un lion qai ne soit point existant, un triangle sans carré ; et partant , que ces choses n*ont point de Traies et immuables natures. Mais si je me représente un triangle ou un carré ( je ne parle point ici du lion ni du cheval, pource que leurs natures ne nous sont pas entièrement connues ), alors certes toutes les choses que je reconnoîtraiétre contenues dans l'idée du triangle, comme que ses trois angles sont égaux à deux droits, etc. , ie rassurerai avec vérité d'un triangle; et d'un carré, tout ce que je trouverai être contenu dans lldée du carré ; car encore que je puisse concevoir un triangle, en restreignant tellement ma pensée que je ne conçoive en aucune façon que ses trois angles sont égaux à deux droits, je ne pois pas néanmoins nier cela de lui par une claire et distincte opération, c'est-à-dire entendant nettement œ que je dis. De plus, si je considère un triangle inscrit dans un carré, non afin d'attribuer an carré ce qui appartient seulement au triangle, ou d'attribuer au triangle ce qui appartient au carré,mais pour examiner seulement les choses qui najasent de la conjonction de l'un et de l'autre, )a nature de cette figure composée du triangle et du carré ne sera pas moins vraie et immuable <loe celle du seul carré ou du seul triangle; de iiçon que je pourrai assurer avec vérité que le <vré n'est pas moindre que le double du trian- S^qui lui est inscrit, et autres choses semblables ^ ippartioment a la nature de cette figure com- P<^> Mais si je considère que, dans l'idée d'un ^^ très p«rfiait4*existence est contenue, et cela ^"u^ qae o*esl une plus grande p«rlbctioa d'éire
en effet et dans Tentendement que o'Itre seide» ment dans l'entendement, je ne puis pas de là conclure que ce corps très parfait existe, mais seulement qu'il peut exister. Car jereconnois assez que cette idée a été &ite par mon entendement même, lequel a joint ensemble toutes les perfections corporelles, et aussi que l'existence ne résulte point des autres perfections qui sont comprises en la nature du corps, pource que Ton peut également affirmer ou nier qu'elles existent, c'est-à-dire les concevoir comme existantes oa non existantes. Et déplus, à cause qu'en examinant l'idée du corps je ne vois en lui aucune force par laquelle il se produise ou se conserve lui-même, je conclus fort bien que l'existence nécessaire, de laqueUe seule il est ici question, convient aussi peu à la nature du corps, tant parlait qu'il puisse être, qu'il appartient à la nature d'une montagne de n'avoir point de vallée, ou à la nature du triangle d'avoir ses trois angles plus grands que deux droits. Mais maintenant, si nous demandons» non d'un corps, mais d'une chose telle qu'elle puisse être, qui ait en soi toutes les perfections qui peuvent être ensemble, savoir si l'existence doit être comptée parmi elles, il est vrai que d'abord nous en pourrons douter, parce que notre esprit, qui est fini, n'ayant coutume de les considérer que séparées, n'apercevra peut-être pas du premier coup combien nécessairement eiies sont jointes entre elles. Mais si nous exami-nous soigneusement, savoir, si l'existence convient à l'être souverainement puissant, et quelle sorte d'existence, nous pourrons clairement et distinctement connoitre, premièrement, qu'au moins l'existence possible lui convient, comme à toutes les autres choses dont nous avons en nous quelque idée distincte, même à celles qui sont composées par les fictions de notre esprit; en après, parce que nous ne pouvons penser que son existence est possible qu'en même temps, prenant garde à sa puissance infinie, nous ne connoissions qu'il peut exister par sa propre force, nous conclurons de là que réellement il existe, et qu'il a été de toute éternité ; car il est très manifeste, par la lumière naturelle, que ce qui peut exister par sa propre force existe toujours; et ainsi nous oonnoîtrons que l'existence nécessaire est contenue dans l'idée d'un être souverainement puissant, non par une fiction de l'entendement, mais parce qu'il appartient à la vraie et immuable nature d'un tel être d'exister ; et il nous sera aussi aisé de connoitre qu'il est impossible que cet être souverainement puissant n'ait point en soi toutes les autres perfections qui sont contenuesdansl'idéedeDieu, en sorte que, de leur propre nature, et sans aucune fiction de l'enteo*
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Faar ee qai ngardela diUlaeliOB iMvclle qae aa tfféi docte Oéalegiiai dit aroir priée de 8eol S I» répoada tNièreneat qoVne ne diflke poiiit de la aMNiale,cCqa*dleBes'éieiidi|Deearieiêtf«a
de een qal aoot eonpiets; et qu'à la férité die aofll pear Wre qn'itne ehœe aoit eonçoe eépaié- Beat et diftioctemeot d*oiie antre, par aœ abatraetfoD de Tesprit qd eonçolfe la cboae fanparbiteneot « nais non pat pour bire qae deux cboica «rient conçues teUemeot dtstioeles et séparées 1*000 de Taotre qœ ooos eotendloos qoe diaeone est on être complet et dMtrent de tooC iotre ; esr poor eela II est besoin d*one dIstInctioD par eiemple» entre le
cl je poil fart lin esaavsir kwi^l naala fewe.dialpaeflaïkMii^i , et Ton et n
■laBqsiailKni;iil pas néanasiBi coneevoir pldiHMil
altaïU^Bililpi
eeCteigiRfM
la%BreBBpénh(,
■eBejene pâpncoMeisirVi)* oe, aokBôCfloordeswniBié^ et on ne penl pas fandreqneeM est jme ne pnisK p» être nMi dieux. Mais je eoBçob pUncsnent ce ipec'eilp
on la fçnre Heml
eordienx;
rc'est-i-dire je eonçob le corps enn nne dÉoaê eoaiplcte), en pensant senlnntf c'est nne choae étendae, Ifgnrée, mobile, cle.,a core qne je nie de Ini tontca les dioseï qsi iffe tiennent i la natnre de resprit; et je coii;ottii qoe Fesprit est nne dÉae oomplte, qoi dort, qni entend, qoi reot, etc., encore qœ je ide pi y ait en loi ancooe des ctescs qol sontoooteui en lldée do corps : ce qoi ne se poorroil item ment biie 8*0 n*y avoit one dlstinctktt M entre le corps et FespriL
Yoilà, mesâeors, ce qoe j*ai en 1 répoodff a objectjoos subtiles et ollirieiwea de votre ^ common. Mais si je n*ai pasété aaseï beareoid)
satisfidre entièreoient, je toos prie qoe je puin être arerti des Uenx qoi méritent one plot aajè explicstion, oo peot-étre même sa censure. Qs si je pois obtenir cela de loi par Totre mojet, ji me tindrai & toos infiniment TOtre obifgé.
IIJgisiditatloDS'i ilflBlseboKsqui
a*«,à(!BeT00i
oii^àdénoDt
liUplreperiMUie Mèmionm
tRfnBpoaTdeB noitRnKQif 1 ttittpistoatà( MtfffiiMficac )É,MniqtfiiT iHlseorpi.pi
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SECONDES OBJECTIONS
■ncnsiunaPAa ui a« p. ■nusnoB, db hk aou- CBB nn MTEBS raiot^MiBHa bt rnuMomBS, coonn LBS ir, ni*, rr*» ▼* or ti« ainiTA* Tions.
Monsleor,
Poisqoe, poor eonfiriidre les nooTeaox géants do siècle « qui osent attaqœr TAoteor de tootes choses, vous a? es entrepris d'en affermir le trAne en démontrant son eiistence, et que TOtre des-
(f ) voyet diecttoof, psat ».
sein amUe si bien condolt qœ lea gêna de Ma peoTent capérer qo'll ne ae trooyem déaomnb personne qui, après aTOir In attentiireiiienl yw Méditations, neconiesse qnH y a on Diea éternd de qui tootes dmses dépendent, nons aToam )a|^ i propos de tous STertlr et toos prier tout eth semble de répandre encore sor de certains Ufi^ii« qoe nous toos marqoeronsci-après, one tallo lamiére qo*il ne reste rien dans toot fotre ouyt«B^ qol ne soit, s'il est possiiile, très dairaineflt et très marifBStement démontré. Car d'aotant qpA
sEcoinns objbgtions, itg.
liepoli pMeiin aiuiées vous avei, pur de oonti*» oneliei aiMitatioi», tellement eiercé Yotre es^ prit que les choees qui aembleni eux autres obscorei et looertaiDes tous peuvent paroître plus daim, st que tous les coucevei peut-être par one simple Inspection de Tesprit, sans tous aperceTOîr de Tobscurité que les antres y trouvent « il lera boa q» tous soyes aTerti de celles qui ont besoin d'Are plus clairement et plus amplement expiante et démontrées; et lorsque tous nous niiaaitjsbit en ceci, nous ne jugeons pas qu*il f lit guère personne qui puisse nier que les rai- MN dont TOUS aTOi commencé la déduction pour h gloire de Dieu et Tutillté du public ne dolTent tire prises pour des démonstrations.
Pranièrementy tous tous ressouTiendrei que ce o'est pts tout de bon et en Térité, mais seule* mectpar one fiction d*esprlt, que tous STes rejeté, luttât qu'il tous a été possible, tous les fan* lAnes des corps, pour conclure que tous êtes seu-* leneatonechÎMequI pense, de peur qu'après cela fousnecroyles pent-être que l'on puisse conclure qo'eo effet et sans fiction tous n'êtes rien autre cfaoïe qu'on esprit ou une chose qui pense ; et c'est tout ce que nous aTons trouvé digne d'ob- •erriiioD toudiant voe deux premières Méditations, daos lesqudles tous dites voir clairement qu'au jùxÂùB 11 est certain que vous qui penses (les qoelqoe chose. Mais arrêtons-nous un peu Ici t. toqoe-li vous oonnoissez que vous êtes une chose qui peoae , mais vous ne savex pas encore ce que e*est que cette cbose qui pense. Et que savez-vous a ce n'est point un corps qui , par ses divers mouvements et rencontres, foit cette action que nous appelons du nom de pensée? Car encore que vous croyiei avoir rejeté toutes sortes de corps, vous îOQs êtes pu tromper en cela que vous ne vous ites pas rejeté vous-même, qui peut-être êtes un corps. Gar comment prouvez- vous qu'un corps ne peat penser, ou que des mouvements corporels ne nni point la pensée même? Et pourquoi tout le système de votre corps, que vous croyei avoir rejeté, 00 quelques parties d'Icelui, par exemple celles do cerveau, ne pourroient-elles pas concourir i lormer ces sortes de mouvements que nous ippelons des pensées? Je suis, dites-vous, une cbose qni pense; mais que savez- vous si vous Q*^ point aussi un mouvement corporel ou un corps remué?
Secondement , de l'Idée d'un être souverain , bqnelle vous soutenez ne pouvoir être produite psrToos, vous osez conclure l'existence d'un souverain êire a, duquel seul peut procéder l'idée qui
«} Voyez Médiiation ii, page 67.
91 Voyei MédMartonm, iiago 71.
est 60 votre esprit; comme si nom ne nous trouvions pas en nous un fondement suffisant, sur lequel seul étant appuyés, nous pouvons lormer cette idée, quoiqu'il n'y eût point de souverain être, ou que nous ne sussions paa s'il y' en a un , et que son existence ne nous vînt pas même en la pensée : car ne vois-je pas que mol, qui pense, j'ai quelque degré de perfection? Et ne vois-je pas aussi que d'autres que moi ont un semblable degré ? ce qui me sert de fondement pour penser à quelque nombre que ce soit , et ainsi pour ajouter un degré de perfection à un autre jusqu'à l'infini ; tout de même que, bien qu'il n'y eût au monde qu'un degré de chaleur ou de lumière , je pourrois néanmoins en ajouter et en feindre toujours de nouveaux jusques à l'infini. Pourquoi pareillement ne pourrai*je pas «goûter à quelque degré d'être que j'aperçois être en mol, tel autre degré que ce soit , et , de tous les degrés capables d'être i^oolés, former l'idée d'un être parfait? Mais, dites-vous, l*eiTet ne peut avoir aucun degré de perfection ou de réalité qui n'ait été auparavant dans sa cause; mais, outre que nous voyons tous les jours que les mouches, et plusieurs autres anW mauXf comme aussi les plantes, sont produites par le soleil , la pluie et la terre , dans lesquels il n'y a point de vie comme en ces animaux, laqueik vie est plus noble qu'aucun autre degré purement corporel , d'où il arrlTe que l'efibt tire quelque réalité de sa cause, qui néanmoins n'étolt pas dans sa cause; mais, dis-je, cette idée n'est rien autre chose qu'un être de raison, qui n'est pas plus noble que TOtre esprit qui la conçoit. ]>e plus, que saTCZ-TOUS si cette idée se fût jamais offerte à TOtre esprit si tous eussiez passé tout» TOtre Tie dans un désert, et non point en la compagnie de personnes savantes? et ne peut-on pas dire que tous l'aTez puisée des pensées que tous aTea eues auparaTant , des enseignements des 11- Tres, des discours et entretiens de tos amis, etc.^ et non pas de TOtre esprit seul ou d'un souTerain être existant? Et partant il fout prouTcr plus clairement que cette idée ne pourrof t être en tous s'il n'y avoit point de souTeraiu être; et alors nous serons les premiers à nous rendre à Totre raisonnement, et nous y donnerons tous les mains. Or, que cette idée procède de ces notions anticipées, cela paroît, ce semble, assez clairement de ce que les Canadiens, les Hurons et les autres hommes sauvages n*ont point en eux une telle idée, laquelle TOUS pouTCZ même former de la connoirssance que tous aTez des choses corporelles ; en sorte que TOtre Idée ne représente rien que ce monde corporel qui embrasse toutes les peKections que vous sauriez Imaginer : de sorte que vous ne pouvez conclure autre chose, sinon qu'il
tos
SEœNDES OBJECTIONS.
RECI
y a un toe oorpoMI très pBxbii , si ce n*e8t que ▼0U8 «joutiez quelque ciiose de plus qui élève notre esprit jusqu'à la conuoissance des ctioses spirituelles ou incorporelles. Nous pouvons ici encore dire que l'idée d'un ange peut être en vous aussi bien que celle d'un être très parfait , sans qu*il soit besoin pour cela qu'elle soit formée en vous par un ange réellement eiistaut, bien que Tauge soit plus parfait que vous. Mais je dis de plus que vous n'avez pas l'idée de Dieu noo plus qae celle d'un nombre ou d'une ligne infinie, laquelle quand vous pourriez avoir, ce nombre néanmoios est entièrement impossible : ajoutez à cela que l'idée de l'uDité et simplicité d'une seule perfection , qui embrasse et contienne toutes les autres, se fait seulement par l'opération de l'entendement qui raisonne, tout ainsi que se font les unités universelles, qui ne sont point dans les choses mais seulement dans l'entendement, comme on peut voir par l'unité générique, transcendantale, etc.
En troisième lieu, puisque vous n'êtes pas encore assuré de l'existence de Dieu, et que vous dites^ néanmoins que vous ne sauriez être assuré d'aucune chose,. ou que vous ne pouvez rien connoitre clairement et distinctement si premièrement vous ne connoissez certainement et clairement que Dieu existe, il s'ensuit que vous ne savez pas enoote que vous êtes une chose qui pense , puisque, selon vous, cette connoissance dépend de la connoissance claire d'un Dieu existant, laquelle vous n'avei pas encore démontrée , aux lieux où vous concluez que vous connoissez clairement ce que vous êtes. Ajoutez à cela qu'un athée connoit clairement et distinctement que les trois angles d'un triangle sont égaux i deux droits, quoique néanmoins il soit fort éloigné de croire l'existence de Dieu , puisqu'il la nie tout-à-lait; parce, dit-il, que si Dieu existoit, il y auroit un souverain être et un souverain bien, c'est-à-dire un infini ; or ce qui est infini en tout genre de perfection exclut toute autre chose que ce soit, non seulement toute sorte d'être et de bien, mais aussi toute sorte de non-être et de mal : et néanmoins il y a plusieurs êtres et plusieurs biens, comme aussi plusieurs non-êtres et plusieurs maux; à laquelle objection nous jugeons à propos que vous répondiez, afin qu'il ne reste plus rien aux impies à objecter, et qui puisse servir de prétexte à leur impiété.
En quatrième Heu, vous niez* que Dieu puisse mentir ou décevoir, quoique néanmoins il se trouve des scolastiques qui tiennent le contraire,
fij VorczMôditailon II, page 67.
(9 Voyez H^uUons m ei iv, pèses 71 et 79.
comme Gabriel, Arimiuensis et qodqgnnta^i ooe.^ . qui pensent que Dieu ment, ab6olamentpuitti,l |Biiis&ii^<^^°^ ^'^ c'est-à-dire qu'il signifie qudqueditte«| jioMiToqQe nous D' hommes contre son intention et contre ce ((lïa oeec^d^f^ ^^ ^^f ' décrété et résolu, comme lorsque, 8aiis)iitt| igvfcmtfooecertitti de condition, il dit aux Ninivitespar 80Q(»| j^tseiisDOidoate. P) : phète : a Encore quarante jours, el Nimne »| {hii,((Qe,tnlaDt afl^ subvertie; n et lorsqu^il a dit pluiieun atRl «attira^ia plus | choses qui ne sont point arrivées, parce qa1li\| kïajii^T^^ ne 1 pas voulu que telles paroles répondiaseot à al EBsÉnetieQtdar i intention ou à son décret. Que, s'il seodurâti teiil|ie(tioD8, il s* i aveuglé Pharaon, et s'il a mis dans les pio[ihl fililebR& tirer la o i un esprit de mensonge, comment poaYa-iai «t: iGeqœ claire i dire que nous ne pouvons être trompés par il afadoiis appartenir i Dieu ne peut-il pas se comporter e&Tenkl sUionDe immi hommes comme un médecin envers sesDa]ili{ ée,eàpeQtétTe et un père envers ses enfants, lesquels l'on etffrl akà»;iDÙs, a] i tre trompent si souvent, mais toujours avecp»! m obserré ce c dence et utilité ; car si Dieu nous montroitiaill tetSùrement rîtétoutenue, quel œil ou plutôt quel espnt»il teiaïïaieetii assez de force pour la supporter? GombifiSfAI lyraitoondure vrai dire il ne soit pas néœssaire de feîBâreil KnpeoKmeQt Dieu trompeur afin que vous soyez deçà dal n^^QQitlire les choses que vous pensez connoitre da^ienâi ifo^tilanal et distinctement, vu que la cause de cette déo^ I iis'eœût pas tion peut être en vous, quoique vous n'y ançal rincDtqQll d( seulement pas. Car que savez-vous si votre nain I M^AMTépom n'est point telle qu'elle se trompe toujours^wk \ t!ttaMxde])i( moins fort souvent? Et d'où avez-vous apprisqa, touchant les choses que vous penses ooniMte clairement et distinctement, il est certain qoe^ai n'êtes jamais trompé, et que vous ne le poiffS être? Car combien de fois avons-nous vu que à» personnes se sont trompées en des choses qu'eliei peosoient voir plus clairement que le soMI B partant, ce principe d'une claire et distinctee» noissance doit être expliqué si clairement etsi & tinctement que personne désc^mais, qui ait l'a prit raisonnable, ne puisse être déçu dam la choses qu'il croira savoir clairement et dlstiad»* ment ; autrement nous ne voyons point enain que nous puissions répondre avec certitude de il vérité d'aucune chose.
En cinquième lieu, si la volonté nepeut jamaii faillir, ou ne pèche point lorsqu'elle suit et a laisse conduire par les lumières claires et distinctes de l'esprit qui la gouverne, et si au oontrain elle se met en danger de faillir lorsqu'elle poursuit et embrasse les connoissances obscures et oonfiises de l'entendement, prenez garde que de là il semUe que l'on puisse inférer que les Turcs et les autres infidèles non-seulement ne pèchent poin t lorsqtf'As n'embrassent pas la religion chrétienne et catholique, mais même qu'ils pèchent lorsqu'ils l'embrassent, puisqu'ils n'en connoissent point la yérité ni clairement ni distinctement. Bien pJua^^
iw.at«lleîc:
^lUieineni
"SI qoe d'ail
IsD'iiDpUqoi
htae,etdi
^Detoi
REGUEILUES PAR LE R. P. MERSENNB, rtg.
eette relique Toasétablissez^estyrale,!! ne sera pennis a la yolonté d'embrasser que fort peu de c&oses, TQ que dous ne oonnoissons quasi rien arec cette darté et distinction que tous requérez poar former une certitude qui ne puisse être sujette à aucun doute. Prenez donc garde, s'il vous plah, que, Toolant affermir ie parti de la rérité, TOUS ne prouviez plus qu'il ne faut, et qu'au lieu de l^appnyer tous ne la renversiez.
£o sixième lieu, dans vos réponses^ aux précédentes objections, il semble que vous ayez manqua de bien tirer la conclusion dont voici Targument: «Ce que clairement et distinctement nous enfeodons appartenir à la nature, ou à l'essence, OQ à la forme immuable et vraie de quelque dx)se, cela peut être dit ou affirmé ayec vérité de cette dioee ; mais, après que nous avons soigneusement observé ce que c'est que Dieu , nous entendons clairement et distinctement qu'il appartient à sa vraie et immuable nature qu'il existe.*» 0 faadroit conclure : Donc, après que nous avons asKKso^neusement observé ce que c'est que Dieu , nous pouvons dire ou affirmer cette vérité, qu'il appartient à la nature de Dieu qu'il existe. D'où il ne s'ensuit pas que Dieu existe en effet, mais «nlement qu'il doit exister s' sa nature est possible OQ ne répugne point, c'est-à-dire que la nature onl'eiseDce de Dieu ne peut être conçue sans existence, en telle sorte que, si cette essence est, il eiiste réeiJement ; ce qui se rapporte à cet argument, que d'autres proposent de la sorte : S'il nimpllque point que Dieu soit, il est certain qu'il eiiste ; or il n'implique point qu'il existe, donc, etc. Hais on est en question de la mineure, à savoir, qo'il n'implique point qu'il existe, la vérité de laquelle quelques-uns de nos adversaires révoquent en doute, et d'autres la nient. De plus, cette clause de votre raisonnement, « après que nous avons as- Kzdairement reconnu ou observé ce que c'est que Bien,» est supposée comme Traie, dont tout le monde ne tombe pas encore d'accord, vu que vous tvoaez vous-même que vous ne comprenez l'infini qn'imparfoitement. Le même faut-il dire de tous •es antres attributs : car tout ce qui est en Dieu étant entièrement infini , quel est l'esprit qui puisse comprendre la moindre chose qui soit en Dieu qne très imparfaitement? Gomment donc pouvez- TOQs avoir assez clairement et distinctement ob- Knré ce que c'est que Dieu ?
En septième lieu, nous ne trouvons pas un seul Bot dans vos Méditations touchant l'immortalité fc l'âme de l'homme, laquelle néanmoins tous ^iez principalement prouTer , et en faire une très
(t) Vojttz Médiation tr, page 70.
W^oyaiSpoiiWiaigpMièreietleettaM, paee 99.
exacte démonstration pour confondre ces perton* nés indignes de l'immortalité, puisqu'ils la nient, et que peut-être ils la détestent. Mais, outre cela» nous craignons que tous n'ayez pas encore assez prouTé la distinction qui est entre l'âme et le corps de l'homme 1, comme nous aTons déjà remarqué en la première de nos obserTations, à laquelle nous ajoutons qu'il ne semble pas que, de cette distinction de l'âme d'aTOc le corps, il s'ensuiTe qu'elle soit incorruptible ou immortelle : car qui sait si sa nature n'est point limitée selon la dnrée de la Tie corporelle, et si Dieu n'a point tellement mesuré ses forces et son existence qu'elle finisse avec ie corps?
Voilà , monsieur, les choses auxquelles nous désirons que vous apportiez une plus grande lumière, afin que la lecture de vos très subtiles et, comme nous estimons, très véritables Méditations soit profitable à tout le monde. C'est pourquoi ce seroit une chose fort utile si, à la fin de tos solu^ tiens, après aToir premièrement aTancé quelques définitions, demandes et axiomes, tous concluiez le tout selon la méthode des géomètres, en laquelle TOUS êtes si bien Tersé, afin que tout d'un coup, et comme d'une seule œillade, tos lecteurs y puissent voir de quoi se satisfaire, et que tous remplissiez leur esprit de la connoissance de II DiTinité.
RÉPONSES DE L'AUTEUR
AUX SEGONUBS OBIECTIONS.
Messieurs,
C'est avec beaucoup de satisfaction que j*at la les obserTations que tous avez faites sur mon petit traité de la première philosophie ; car elles m'ont fait connoître la bienveillance que vous avez pour moi, votre piété euTers Dieu, et le soin que TOUS prenez pour l'aTancement de sa gloire ; et je ne puis que je ne me réjouisse non-seule^ ment de ce que tous aTez jugé mes raisons dignes de TOtre censure, mais aussi de ce que tous n'avancez rien contre elles à quoi il ne me semble que je pourrai répondre assez commodément.
En premier lieu vous m'avertissez de me ressouvenir « que ce n'est pas tout de bon et en vérité, mais seulement par une fiction d'esprit » que j'ai rejeté les idées ou les fantômes des corps pour conclure que je suis une chose qui pense, de peur que peut-être je n'estime qu'il suit de là
(i) Toyei MéAtatiOD Ti, paa* er.
flO
BÊPONSES DE L'AU]:&Ua
que je ne luit qa*ane diose qal pente ^ » Mais )*ai déjà fait voir dans ma seconde Méditation que je m*eo étois assez souvenu, vu que j'y ai mis ces paroles : « Mais aussi peut-il arriver que ces mêmes choses que je suppose n'être point, parce qu'elles me sont inconnues, ne sont point en effet différentes de moi que je connois ; je n'en sais rien, je ne dispute pas maintenant de cela, etc. *» Par lesquelles j'ai voulu expressément avertir le lecteur que je ne cherchois pas encore en ce Ueu-là si l'esprit étoit différent du corps, mais que j'eiaminois seulement celles de ses propriétés dont je puis avoir une claire et assurée connoissance. Et , d'autant que j'en ai là remarqué plusieurs, je ne puis admettre sans distinction ce que vous ajoutez ensuite : « Que je ne sab pas néanmoins ce que c'est qu'une chose qui pense. » Car, bien que j'avoue que je ne savots pas encore si cette chose qui pense n'étoit point différente du corps ou si elle l'étoit, je n'avoue pas pour cela que je ne la connoissois point ; car qui a jamais tellement connu aucune chose qu'il sût n'y avoir rien en elle que cela même qu'il connoissoit? Mais nous pensons d'autant mieux connoitre une chose qu'il y a plus de particularités en elle que nous connoissons ; ainsi nous avons plus de connoissance de ceux avec qui nous conversons tous les jours que de ceux dont nous ne connoissons que le nom ou le visage ; et toutefois nous ne jugeons pas que ceux-ci nous soient tout-à-fait inconnus : auquel sens je pense avoir assez démontré que l'esprit, considéré sans les choses que l'on a de coutume d'attribuer au corps, est plus connu que le corps considéré sans l'esprit, et c'est tout ce que j'avois dessein de prouver en cette seconde Méditation.
. Mais je vois bien ce que Vous voulez dire ; c'est à savoir que, n'ayant écrit que six Méditations touchant la première philosophie, les lecteurs s'étonneront que dans les deux premières je ne conclue rien autre chose que ce que je viens de dire tout maintenant, et que pour cela ils les trouveront trop stériles et indignes d'avoir été mises en lumière. A quoi je réponds seulement que je ne crains pas que ceux qui auront lu avec jugement le reste de ce que j'ai écrit aient occasion de soupçonner que la matière m'ait manqué , mais qu'il m'a semblé très raisonnable que les choses qui demandent une particulière attention, et qui doivent être considérées séparément d'avec les autres, fussent mises dans des Méditations séparées. C'est pourquoi, ne sachant rien de plus utile pour parvenir à une ferme et assurée connoissance des choses que si, avaut de rien éta*
(0 voyei
blir, 00 s'aocootiime i douter de tout et prlocî^ paiement des choses corporelles, encore que j'eusse vu il y a longtemps plusieurs livres écriu par les sceptiques et académiciens touchant cette matière, et que ce ne fût pas sans quelque dégoût que je remâchois une viande si commune, je n*ai pu toutefois me dispenser de lui donner une méditation tout entière; et je voudrois que les lecteurs n'employassent pas seulement le peu de temps qu'il faut pour la lire, mais quelques mois, ou du moins quelques semaines, à considérer les choses dont elle traite auparavant que de paaser outre ; car ainsi je ne doute point qu'ils ne tissent bien mieux leur profit de là lecture du reste.
De plus, à cause que nous n'avons eu jusques id aucunes idées des choses qui appartiennent à l'esprit qui n'aient été très confuses et mêlées avec les idées des choses sensibles, et que c'a été la première et principale cause pourquoi on n'a pu entendre assez clairement aucune des choses qui se sont dites de Dieu et de l'âme, j'ai pensé que je ne ferais pas peu si je montrois comment il faut distinguer les propriétés ou qualités de Tesprit des propriétés ou qualités du corps, el comment il les faut reconnoître; car encore qull ait déjà été dit par plusieurs que, pour bien concevoir les choses immatérielles ou métaphysiques, il faut éloigner son esprit des sens» néanmoins personne, que je sache , n'avoit encore montré par quel moyen cela se peut faire. Or, le vrai et, à mon jugement, l'unique moyen pour cela est contenu dans ma seconde Méditation ; mais il* est tel que ce n'est pas asNi de ravoir envisagé une fois, il le faut examiner souveot el le considérer longtemps, afin que l'habitude de confondre les choses intellectuelles avec les corporelles, qui s'est enracinée en nous pendant tout le cours de notre vie, puisse être effacée par une habitude contraire de les distinguer, acquise par l'exercice de quelques journées ; ce qui m'a semblé une cause assez juste pour ne point traiter d'autre matière en la seconde Méditation.
Vous demandez ici comment je démontre que le corps ne peut penser ; mais pardonnez-moi si je réponds que je n'ai pas encore donné lieu i cette question , n'ayant commencé à en traiter que dans la sixième Méditation, par ces paroles : « C'est assez que je puisse clairement et distinctement concevoir une chose sans une autre pour être certain que Tune est distincte ou différente de l'autre, etc. » Et un peu après : « Encore que j'aie un corps qui me soit fort étroitement conjoint, néanmoins, parce que d'un cêté j'ai une claire et distincte idée de moi-même en tant que je suis seulement une chose qui pense et non étendue, «t que d'un autre j*ai uaa claire M dûs-
AUX SfiCOND¥$^ OBJECTIONS.
tioote idée do corps €D tant qu'il est seulement uoe chose étendue et qui ne pense point» il est eertain que moi» c*est-i-dire mon esprit ou mon ime, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement et véritablement distincte de mon eorps, et qu'elle peut être ou exister sans lui. » A quoi il est aisé d'^outer : « Tout ce qui peut penser est esprit ou s'appelle esprit. i> Mais» puisque le corps et Tesprit sont réellement distincts» nul coipa n*est esprit : donc nul corps ne peut penser. £t certes je ne tois rien en cela que yous poissies nier; car nierez- vous qu'il suffit que nous concevions clairement une chose sans une autre pour savoir qu'elles sont réellement distinctes? Donnez-nous donc quelque signe plus certain de la dUtincUon réelle, si toutefois on en peut donner aucun. Car que direz- vous? Sera-ce que ces choses-là sont réellement distinctes, chacune desquelles peut exister sans Tautre? Mais derechef je vous demanderai d'où vous connoissez qu'une chose peut exister sans une autre ? car» afin que ce soit un signe de distinction, il est néces^ saire qu'il soit connu. Peut-être direz-vous que les sens vous le font connoitre» parce que vous voyez une chose en l'absence de l'autre» ou que vous la touchez, etc. Mais la foi des sens est plus hMxrtalne que celle de l'entendement» et il sa peut lalre en plusieurs façons qu'une seule et même chose paroisse à nos sens sous diverses formes, ou en plusieurs lieux ou manières» et qu*ainsl ^e soit prise pour deux £t enfin» si vous vous ressouveoex de ce qui a été dit de la cire à la fin de la seconde Méditation, vous saurez que les corps même ne sont pas proprement connus par les sens, mais par le seul entendement; en telle sorte que sentir une chose sans une autre n'est rien autre chose sinon avoir l'idée d'une chose et savoir que cette idée n'est pas la môme que l'idée d'une autre; or» cela ne peut être connu d'ailleurs que de ce qu'une chose est conçue sans lautre» et cela ne peut être certainement connu si i*on n'a l'idée claire et distincte de ces deux choses» et ainsi ce signe de réelle distinction doit être réduit au mien pour être certain.
Que s*ii y en a qui nient qu'ils aient des idées distinctes de l'esprit et du corps» je ne puis autre diose que les prier de considérer assez attentivement les choses qui sont contenues dans cette seconde Méditation, et de remarquer que Topiuion qu'ils ont que les parties du cerveau concourent avec l'esprit pour former nos pensées n'est fondée fur aucune raison positive» mais seulement sur ce qu'ils n*ont jamais expérimenté d'avoir été sans corps, et qu'assez souvent ils ont été empêchés par lui dans leurs opérations; et c'est le même que si quelqu'un, de ce que dès son eofance il
aurolt eu des fers aux pieds» estimoitque ces feu fissent une partie de son corps, et qu'ils lui fussent nécessaires pour marcher.
En second lieu, lorsque vous dites* « que nous trouvons de uous-mêmes un fondement suffisant pour former l'idée de Dieu» » vous ne dites rien de contraire à mon opinion ; car j'ai dit moi-même en termes exprès, à la fin de la troisième Méditation, « que oette idée est née avec moi» et qu'elle ne mo vient point d'ailleurs que de moi-même. J'avoue aussi que nous la pourrions former encore que nous ne sussions pas qu'il y a un souve« rain être» mais non pas si en effet il n'y en avolt point; car au contraire j'ai averti que toute la force de mon argument consiste en ce qu'il ne se pourroit faire que la faculté de former cette Idée fût en moi» si je n'avois été créé de Dieu. »
Et ce que vous dites des mouches» des plantes, etc.» ne prouve en aucune façon que quelque degré de perfection peut être dans un effet qui n'ait point été auparavant dans sa cause. Car» ou il est certain qu'il n'y a point de perfection dans les animaux qui n'ont point de raison qui ne se rencontre aussi dans les corps inanimés, ou» s'il y en a quelqu'une» qu'elle leur vient d'ailleurs, et que le soleil» la pluie et la terre ne sont point les causes totales de ces animaux. Et ce seroit une chose fort éloignée de la raison si quelqu'un, de cela seul qu'il ne connolt point de cause qui concourt à la génération d'une mouche et qui ait au tant de degrés de perfection qu'en a une mouche, n'étant pas cependant assuré qu'il n'y en ait point d'autres que celles qu'il coonoit, prenoit de là occasion de douter d'une chose» laquelle, comme je dirai tantêt plus au long» est manifeste par la lumière naturelle.
A quoi j'ajoute que ce que vous objectez Ici des mouches» éuint tiré de la coosidération des choses matérielles, ne peut venir en Tesprit de ceux qui» suivant l'ordre de mes Méditations» détourneront leurs pensées des choses sensibles pour commencer i philosopher.
Il ne me semble pas aussi que vous prouvies rien contre moi en disant que « l'idée de Dieu qui est en nous n'est qu'un être de raison. » Car cela n'est pas vrai si parunélre de raison l'on entend une chose qui n'est point, mais seulement si toutes les opérations de l'entendement sont prises pour desilres de rcMon^ c'est-à-dire pour des êtres qui partent de la raison, auquel sens tout ce monde peut aussi être appelé un être de raison divine» c'est-à-dire un être créé par un simple acte de l'entendement divio. Et j'ai déjà suffisamment averti en plusieurs lieux que je parlois seulement
Wvoarei
pasiiss.
REPONSES DE L'AUTEUR
de la perfection oa réalité objective de cette idée de Dieu, laquelle ne requiert pas moins une cause qui contienne en effet tout ce qui n'est contenu en elle qu'objectivement ou par représentation, que fait l'artifice objectif ou représenté, qui est en l'idée que quelque artisan a d'une machine fort artificielle.
Et certes, je ne vois pas que l'on puisse rien ajouter pour faire connoltre plus clairement que cette idée ne peut être en nous si un souverain être n'existe, si ce n'est que le lecteur, prenant garde de plus près aui choses que j'ai déjà écrites, se délivre lui même des préjugés qui offusquent peut-être sa lumière naturelle, et qu'il s'accoutume à donner créance aux premières notions, dont les connoissances sont si vraies et si évidentes que rien ne le peut être davantage, plutét qu'à des opinions obscures et fausses, mais qu'un long usage a profondément gravées en nos esprits. Car, qu'il n'y ait rien dans un effet qui n'ait été d'une semblable ou plus excellente façon dans sa cause, c'est one première notion, et si évidente qu'il n'y en a point de plus claire; et cette autre commune notion, que de rien rien ne se fait, la comprend en soi, parce que, si on accorde qu'il y ait quelque chose dans l'effet qui n'ait point été dans sa cause, il faut aussi demeurer d'accord que cela procède du néant; et s'il est évident que le néant ne peut être la cause de quelque chose, c'est seulement parce que dans cette cause II n'y auroit pas la même chose que dans l'effet. C'est aussi une première notion que toute la réalité ou toute la perfection, qui n'est qu'objectivement dans les idées, doit être formellement ou éminemment dans leurs causes ; et toute l'opinion que nous avons jamais eue de l'existence des choses qui sont hors de notre esprit n'est appuyée que sur elle seule. Car d'où BOUS a pu venir le soupçon qu'elles existoient, sinon de cela seul que leurs idées venoient par les aens frapper notre esprit? Or, qu'il y ait en nous quelque idée d'un être souverainement puissant et parfait, et aussi que la réalité objective de cette idée ne se trouve point en nous, ni formellement, ni éminemment, cela deviendra manifeste à ceux qui y penseront sérieusement et qui voudront avec moi prendre la peine d'y méditer; mais je ne le aaurois pas mettre par force en l'esprit de ceux qui ne liront mes Méditations que comme un roman, pour se désennuyer et sans y avoir grande attention. Or de tout cela pn conclnt très mani- Cntement que Dieu existe. Et toutefois, en faveur de ceax dont la lumière naturelle est si foibie qu'ils De voient pas que c'est une première notion, « que toute la perfection qui est objectivement dans une idée doit être réellement dans quelqu'une de ses eaoaest » Je l'ai encore démontré d'une façon plus
aisée i concevoir, eni&OBlnntqaeres(A|îi| ^i^i^ai»^ cette idée ne peut pas eidster parsoînhd ^g^tiioissoDsqn'i partant je ne vois pas ce que ms poumattRl ^^ ftre eo Bi de plus pour donner les mains, aln» (|ik«I ^qj eu lai pi avef promis. 1 jisii&tiBdes,à(
Je ne vois pas aussi (pe toqs ^m^i\ ^^«ique contre moi en disant que j'aipettl-tlreT«p!i\ ^^m) qui me représente Dieu, «des pensteipiil \^^pm eues auparavant, des enseignements dak\ ^^^^^^ des discours et entretiens de mes ami8,e)e.,clil ^^^^î pas de mon esprit seul. » Car mon arprtii ^ j^j^ toujours la même force, si, m'adresnntiaoil
qui l'on dit que je l'ai reçoe, jeleardaÉ\ s'ils l'ont par eux-mêmes on bien par utriil lieu de le demander de moi-même; etjecsàl ^^""^ rai toujours que celui-là est Diea de qrà*<l ^^^^^^^ premièrement dérivée, l "**^|"^
Quant à ce que vous ajoutet en ce Yien^ijW "^l"" ' ® peut être formée de la considération des** i ^^^^
liâenes
corporelles, cela ne me semble pas p\niiràB blable que si vous disiez que nous n'aYonsanal foculté pour ouïr, mais que, par laswAewM ^^^ couleurs, nous parvenons àla connoissanaiil*'^^ sons. Car on peut dire qu'il y a plus d'Mfll*\®^««
OU de rapport entre les couleurs et les sons, qn* i -^ ' tre les choses corporelles et Dieu. EtlorsqjK^V'^^^ demandez que j'ajoute quelque <î^^^"!l|.'' élève jusqu'à la connoissance de l'être immal^'^l'^^ on spirituel, je ne puis mieux faire que de twI^m renvoyer à ma seconde Méditation, afin qo" moins vous connoissiez qu'elle n'est pastoiA-)fait inutile ; car que pourrois-je faire ici par» ou deux périodes, si je n'ai pu rien a^anceiia un long discours préparé seulement pour cesjet, et auquel 11 me semble n'avoir pasTno\^*^^' porté d'industrie qu'en aucun antre écrit qwftf publié?
Et, encore qu'en cette Méditation j*aie seabment traité de l'esprit humain, elle n'est ças^ cela moins utile à faire connoître la différence qs est entre la nature divine et celle des choses sâr térielies. Car je veux bien ici avouer franchenifl que l'idée que nous avons, par exemple, deVei tendement divin ne mé semble point diftirer celle que nous avons de notre propre enten ment, sinon seulement comme l'idée d'un noi infini diffère de l'idée du nombre binaire o ternaire ; et il en est de même de tous les aUi de Dieu, dont nous reconnoissons en nous que vestige.
Mais, outre cela, nous concevons en Bi< immensité, simplicité ou unité absolue, q< brasse et contient tous ses autres attributs laquelle nous ne trouvons ni en nous ni i aucun exemple; mais elle est, ainsi que auparavant, comme h marque de l'ouvr
AUX SECONDES OBJECTIONS
lia
frimée swr son ouvrage. Et, par son moyen, DODs coDOoissons qo*aucune des choses que nous oaDce?oDS être en Dieu et en nous, et que nous oODsîdérons en lui par parties, et comme si elles étoient distinctes, à cause de la foiblesse de notre entendement et que nous les expérimentons telles en nous, ne conviennent point à Dieu et à nous, en la façoo qu'on nomme univoque dans les écoles ; comme aussi nous connoissons que de plusieurs choses particulières qui n'ont point de fin, dont ooQsaTons les idées, comme d'une connoissance fiosfiû, d'une puissance, d'un nombre, d'une longueur, etc., qui sont aussi sans fin, il y en a quelques'unes qui sont contenues formellement dans Vidée que nous avons de Dieu, comme la ooonoisanoe et la puissance, et d'autres qui n'y sont qu'éminemment, comme le nombre et la longueur; ce qui certes ne seroit pas ainsi si cette idée n'étoît rien aatre chose en nous qu'une fiction.
Et elle ne seroit pas aussi conçue si exactement de la même iaçon de tout le monde ; car c'est une efaose très remarquable que tous les métaphysiciens s'accordent unanimement dans la descriptiûD qu'ils font des attributs de Dieu, au moins de ceui qui peuvent être connus par la seule raison bumalne , en telle sorte qu'il n'y a aucune chose physique ni sensible , aucune chose dont nous Ajroos une Idée si expresse et si palpable, touchant la nature de laquelle il ne se rencontre chez les philosophes une plus grande diversité d'opinions qu'il De s'en rencontre touchant celle de Dieu.
Et certes jamais les hommes ne pourroient s'éloigoer de la vraie connoissance de cette nature dhioe s'ils vouloient seulement porter leur attentlOD sur l'idée qu'ils ont de l'être souverainement parfait. Mais ceux qui mêlent quelques autres ûl^ avec celle-là composent par ce moyen un dieu cbimérique, en la nature duquel il y a des choses qui se contrarient ; et , après l'avoir ainsi com- P|^i ce n'est pas merveille s'ils nient qu'un tel ^^t qui leur est représenté par une fausse idée, «iste. Ainsi, lorsque vous parlez ici d'un êtrecorpord très parfait , si vous prenez le nom de très P^lt absolument , en sorte que vous entendiez ^ae le corps est un être dans lequel toutes les perfixons se rencontrent» vous dites des choses qui iBcoDUirient , d'autant que la nature du corps en- '^nœ plusieurs imperfections; par exemple, que ^ corps soit divisible en parties , que chacune de ^ parties ne soit pas l'autre, et autres sembla- ^tt; car c'est une chose de soi manifeste que ccst une plus grande perfection de ne pouvoir «redlyisé que de le pouvoir être , etc. ; que si TOns entendez seulement ce qui est très parfait ^k^nredecorps, cela a'est point le vrai Dieu.
DiSCABTBS.
€e que vous ajoutez de l'idéed'uo ange, laquelle est plus parfaite que nous, i savoir qu'il n'est pas besoin qu'elle ait été mise en nous par un ange, j'en demeure aisément d'accord ; car j'ai déjà dit moi» même, dans la troisième Méditation, « qu'elle peut être composée des idées que nous avons de Dieu et de l'homme. » Et cela ne m'est en aucune façon contraire.
Quant à ceux qui nient d'avoir en eux l'idée de Dieu , et qui au lieu d'elle forgent quelque idole, etc. , ceux-là, dis-je, nient le nom et accordent la chose ; car certainement je ne pense pas que cette idée soit de même nature que les images des choses matérielles dépeintes en la fantaisie ; mais , au contraire , je crois qu'elle ne peut être conçue que par l'entendement seul , et qu'en effet elle n'est que cela même que nous apercevons par son moyen , soit lorsqu'il conçoit , soit lorsqu'il juge, soit lorsqu'il raisonne. Et je prétends maintenir que de cela seul que quelque perfection qui est au - dessus de moi devient l'objet de mon entendement, en quelque façon que ce sOit qu'elle se présente à lui ; par exemple, de cela seul que j'aperçois que je ne puis jamais, en nombrant , arriver au plus grand de tous les nombres , et que de là je connois qu'il y a quelque chose en matière de nombrer qui surpasse mes forces, je puis*^ conclure nécessairement, non pas à la vérité qu'un nombre infiui existe, ni aussi que son exis*^ tence implique contradiction , comme vOus dites, mais que cette puissance que j'ai de comprendre qu'il y a toujours quelque chose de plus à concevoir dans le plus grand des nombres , que je ne puis jamais concevoir , ne me vient pas de moimême , et que je l'ai reçue de quelque autre être qui est plus parfait que je ne suis.
Et il importe fort peu qu'on donne le nom d'Idée à ce concept d'un nombre indéfini , on qu'on ne lui donne pas. Mais pour entendre quel est cet être plus parfait que je ne suis, et si ce n'est point ce même nombre dont je ne puis trouver la fin qui est réellement existant et infini , ou bien si c'est quelque autre chose, il faut considérer toutes les autres perfections , lesquelles , outre la puissance de me donner cette idée, peuvent être en la même chose en qui est cette puissance ; et ainsi on trouvera que cette chose est Dieu.
Enfin, lorsque Dieu est dit être inconcevable^ cela s'entend d'une pleine et entière conception , qui comprenne et embrasse parfaitement tout ce qui est en lui, et non pas de cette médiocre et impar&itequl est en nous, laquelle néanmoins suffit pour connoître qu'il existe. Et vous ne prouvez rien contre moi en disant que l'idée de l'unité de toutes les perfections qui sont en Dieu est formée de la même façM que l'unité générique et celle
RÉPOII8BS DB L*AUTKDR
des autret uDWarsiiift. Mais ntoimoiiis elle en est fort différente t œr elle dénote une particulière et positive perfection en Dieo » au lieu que l'unité générique n*t|joute rien de rM è la nature de cbaque individu.
En troisième lieu, où j'ai dit que nous ne pouvons rien savoir certainement, si nous ne coonois* sons premièrement que Dieu existe , j'ai dit en termes exprès que je ne parlois que de la science de ces conclusions « dont la mémoire nous peut revenir en l'esprit lorsque nous ne pensons plus aux raisons d'où nous les avons tirées. *» Car la connolssanee des premiers principes ou axiomes n'a pas accoutumé d'être appelée sdence par les dialecticiens» Mais quand nous apercevons que bous •olnmes des choses qui pensent, c'est une première notion qui n'est tirée d'aucun' syllogisme} et lorsque quelqu'un dit : /e pense, donc je si»<S| ùaj'eœisU , il ne conclut pas son existence de sa pensée comme par la force de quelque syllegismot mais comme une chose connue de soi; il la voit par une simple inspection de l'esprit; comme il parolt de ce que» s'il la déduisoit d'un syllogisme» il aurolt dA auparavant eonnoitre cette majeure» Jotil ce fui pense eêt^ ou emetet mais au contraire elle lui est enseignée de ce qu'il sent en lui-mfime qu'il ne se peut pas faire qu'il pento s'il n'existe. Car c'est le propre de notre esprit de former les propositions générales de la connoissance des particulières.
Or, qu'un athée ^ puisse oonnottre clairement que les trois angles d'un triangle sont égaux è deux droits, je ne le nie pas ; mais je maintiens seule* ment que la donneissance qu'il en a n'est pas une vrde Boience, parce que toute connoissance qui peut être rendue douteuse ne doit pas être appelée du nom de sdence ; et puisque l'on suppose que criui-là est un athée « il ne peut pas être certain de n'être point déçu dans les choses qui lui sem« bient être très évidentes, comme il a déjà été mon* tré ci-devant \ et encore que peut-être ce doute ne lui vienne point en la pensée, il lui peut néan* moins venir s'il l'examine , ou s'il lui est proposé par un autre; et jamais il ne sera hors du danger de l'avoir» si premièrement il ne reconnoU un Bleu.
Et il n'importe pas que peut-être il estime qu'il a des démonstrations pour prouver qu'il n'y a point de Dieu ; car ces démonstrations prétendues Âtant fausses , on lui en peut toujours (aire c(mnoitre la fausseté, et alors oo le fera changer d'opinion. Ce qui i la vérité ne sera pas diffidle» si pour toutes raisons il apporte seulttiient ceUes que voua alléguai ici , c'est à savoir que Vimfini
lia vorei sseoflisi «lieslIfiM, pa|tiii.
en tout genre ée ferfectien exehU tmUe emin ê9rie d'itre^ etc«
Car, premièrement) si on lui demande d*oà 11 a pris que cette exclusion de tous les autres êtres appartient à la nature de l'infini , il n'aura ries quil puisse répondre pertinemment; d'autant que, par le nom d'infini, on n'a pas coutume d'entendre ce qui exclut l'existence des choses finies, et qu'il ne peut rien savoir de la nature d'une chose qu'il pense n^être rien du tout, et par conséquent n'avoir point de nature, sinon ce qui est contenu dans la seule et ordinaire signification du nom de cette chose.
Se plus, à quoi servtrolt rthfinie puissance de cet Infini imaginaire , s'il ne pouvoit jamais rien créer? et enfin de ce que nous expérimentons avoir en nous - mêmes quelque puissance de penser, nous concevons facllemeut qu'une telle puissauce peut être en quelque autre , et même plus grande qu'en nous ; mais encore que nous pensions que celle-là s'augmente à l'infini , noua ne craindrons pas pour cela que la nôtre devienne moindre. Il en est de même de tous les autret attributs de Bleu , même de la puissance de produire quelques effets horsde soi, pourvu que nous supposions qu'il n'y en a point en nous qui ne soit soutnlse à la volonté de Bleu ; et partant il peut être conçu tout-à-fisdt Infini safis aucune exclusion des dioses créées.
En quatrième lieu , lorsque je dis que Bleu ne peut mentir ni être trompeur, je pense convenir avec tous les théologiens qui ont jamais été et qui seront à l'avenir. Et tout ce que vous alléguez * au contraire n*a pas plus de force que si, ayant nié que BieU se mit en colère, ou qu'fi fttt sujet aux autres passions de l'âme, vous m'objectiez les lieux de l'Ecriture où il semble que quelques passions humalneë lui sont attribuées. Car tout le monde oonnott asset la distinction qui est entre ces façons de parler de Bleu dont l'Ecriture se sert ordinairement , qui sont accommodées à la capacité du vulgaire et qui contiennent bien quelque vérité, mais seulement en tant qu'elle est rapportée aux hommes ( et celles qui expriment Une vérité plus simple et t)(us pure , et qni ne change point de nature, encore qu'elle ne leur soi^ point rapportée; desquelles chacun doit user ei^ philosophant , et dont j'ai dû principalement m^ servir dans mes Méditations, vu qu'en ce lieu-l^ même je ne supposols pas encore qu'aucun homm< itie fftt contau , et que je ne me coosldéroîs pai non plus en tant que composé de corps et d*es' prit, mais comme un esprit seulement. B'où il esj évident que je n'ai point parlé en ce lieu-là du
I M VbfasteoonM 0l<>Bliwii M*ICS^!
AUX. fl&GONI^ OBJECnONS.
■MODcequI s*ex)^riiDe par tofNirotaii ntif sanlemeDt de la malice interne el fonaelle qui te RDContre dans la tromperie, quoique néanmoins ces paroles que tous apportai du prophète» Enton fiêaranU jours , et Niniv$ sera sulniertie^ se soient pas même un mensonge Terbali mais Que slmpile menace, dont Tévénement dépendoît d*uDe ooDdJtion ; et lorsqu'il est dit que Dieu a endurci k cœur de Pharatm , ou quelque diose dasHoblabie, il ne faut pas penser qu'il ait lait oe2aposîU?ement, mais seulement négativement, iaroir, ne donnant pas à Pharaon une gr&se fCBcace pour se oonTertir.
Je ne ?oadrois pas néanmoins condamner ceux qil disent que Dieu peut proférer par ses proliiiites quelque mensonge verbal, tels que sont «01 dont se servent les médecins quand ils dé- {oîTeot leora malades pour les guérir, c'est-à-dire qui fut ezenpt de toute la malice qui se rencontre ordiflairemeot dans la tromperie ; mais, bien danatage , noua voyons quelquefois que nous som- 1» léelleoient trompés par cet instinct naturel qui nous a été donné de Dieu , comme lorsqu'un bjdrepique a soif ; car alors il est réellement poussé à boire par la nature qui lui a été donnée de Dîoi pour la conservation de son corps, quoique néanmolna cette nature le trompe, puisque le boire lui doit être nuisible ; maia j'ai expliqué, dans la sixiima MéditatioUf comment cela peut eompatir aTec la bonté et la vérité de Dieu. Mais daas les ehoeea qui ne peuvent pas être ainsi exptiqnéea, à savoir, dans nos jugements tris clairs et tris exacts , lesquels s'ils étoient faux ne pournrient être corrigés par d'autres plus clairs, ni par l'aide d'aucune antre faculté naturelle, je soutiens krdîment que nous ne pouvons être trompés. Car Dieu étant le souverain être, il est aussi nécessai* rement le aouverain bien et la souveraine vérité , H partant il répugne que quelque chose vienne de loi qui tende positivement i la fausseté. Mais puis<- 91'il ne peut y avoir en nous rien de réel qui ne aousait été donné par lui, comme il a été démontré en prouvant son existence, et puisque nous avons u noua une faculté réelle pour oonnoitre le irai H b dîstîQguer d'avec le fiiux, comme on le peat prouver de eeia seol que nous avons en nous lis idées du vrai et du Caux, si cette faculté ne ten* -lût au vrai au moins lorsque nous noua en ser* i»fis comme il faut, c'est-a-dire lorsque nous ne ^nnona notre consentement qu'aux choses que sous concevons clairement et distinctement, car en ne saaroit feindre un autre bon usage de cette taeolté, ce ne seroit pas sans raison que Dieu, qui tous l'a donnée, serait tenu pour un trompeur.
Ex aian vous vi^ei qu'apris avoir connu que Ke« eiisle, il art aéaswirt dn fiMra «iftiBit
trompeur si noua vouions révoquer en doute les choses que nous concevons clairement et distinc^ tement; et parce que cela ne se peut pas même feindre, il faut nécessairement admettre ces choses comme tris vraies et tris assurées. Mais d'au* tant que je remarque ici que vous vous arrêtes eucore aux doutes que j'ai proposés dans ma première Méditation, et que je pensois avoir levés as* ses exactement dans les suivantes, j'expliquerai ici derechef le fondement sur lequel U me sMnUe que toute la certitude humaine peut être appuyée.
Premièrement, aussitêt que nous pensons cou* cevoir clairement quelque vérité, nous sommes naturdtement portés i la croire. Et si cette croyance est si ferme que nous ne puissions jamais avoir aucune raison de douter de ce que nous croyons de la sorte, il n'y a rien i rechercher davantage 9 noua avons touchant cela toute la eertftuda qui se peut raisonnablement aouhaiter. Car que nous importe ai peut-être quelqu'un feint que cela même de la vérité duquel nous sommes ai fort^nent persuadés paroU faux aux yeux de Dieu ou des anges, et que partant, absolument pariant, il est faux? Qu'avons-nous à faire de nous mettre en peine de cistte fausseté absolue, puisque nous ne la croyons point du tout > et que nous n'en avoua paa même le moindre soupçon? Car nous supposons une croyance ou une persuasioa si ferme qu'elle ne puisse être ébranlée , laquelle par conséquent est en tout la même chose qu'une tris parfaite certitude. Mais on peut bien douter si l'on a quelque certitude de cette nature, ou quelque persuasion qui soit ferme et Immuable.
Et certes , il est manifeste qu'on n'en peut pas avoir des choses obscures et confuses, pour peu d'obscurité ou de confusion que nous y remarquions ; car cette obscurité, quelle qu'elle soit, est une cause asses suffisante pour nous faire douter de ces choses. On n'en peut pas auasi avoir des choses qui ne sont aperçues que par les sens, queir que clarté qu'il y ait en leur perception, parceque nous avons souvent remarqué que dans le sens H peut y avoir de l'erreur, comme lorsqu'un hydrespique a soif ou que la neige parolt jaune i celui qui a la jaunisse ; car celui-là ne la voit paa moina clairement et distinctement de la sorte que nous« à qui elle paroit blanche; il reste donc que, si oa en peut avoir, ce soit seulement des choses qu# l'esprit conçoit clairement et distinctement.
Or entre ces choses il y en a de si claires et tout ensemble de si simple! , qO'il nous est impossible de penser i elles que nous ne les croyions êtrt vraies ; par exemple, que j'existe lorsque je pensoi que les choses qui ont une fois été faites ne peu-* vent n'avoir point été faites, et autres choses semblables , dont il est manifesta me npus aTona
RÉPONSES DE L'AUTEUR
ane parfaite certiUide. Car nous ne ponvoDS pas douter de ces choses-là sans penser à elles, mais nous n'y pouvons jamais penser sans croire qu'elles sont vraies, comme je viens de dire; - donc, nous n'en pouvons douter que nous ne les croyions être vraies, c'est-à-dire que nous n'en pouvons jamais douter.
Et il ne sert de rien de dire^ « que nous avons souvent expérimenté que des personnes se sont trompées en des choses qu'elles pensoient voir plus clairement que le soleil ; n car nous n'avons jamais vu, ni nous ni personne, que cela soit arrivé à ceux qui ont tiré toute la clarté de leur perception de l'entendement seul , mais bien à ceux qui Tout prise des sens ou de quelque faux préjugé. Il ne sert aussi de rien de vouloir feindre que peut-être ces choses semblent dusses à Dieu ou aux anges, parce que l'évidence de notre perception ne nous permettra jamais d'écouter celui qpi le voudrolt feindre et qui nous le voudroit persuader.
Il y a d'autres dioees que notre entendement conçoit aussi fort clairement lorsque nous prenons garde de pris aux raisons d'où dépend leur connoissance, et pour ce nous ne pouvons pas alors en douter; mais, parce que nous pouvons oublier ces raisons, et cependant nous ressouvenir des conclusions qui en ont été tirées, on demande si on peut avoir une ferme et immuable persuasion de ces conclusions, tandis que nous nous ressouvenons qu'elles ont été déduites de principes tris évidents; car ce souvenir doit être supposé pour pouvoir être appelées des conclusions. Et je réponds que ceux-là en peuvent avoir qui connois- Mnt tellement Dieu qu'ils savent qu'il ne se peut pas faire que la faculté d'entendre, qui leur a été donnée par lui, ait autre chose que la vérité pour objet; mais que les autres n'en ont point : et cela a été si clairement expliqué à la fin de la cinquième Méditation que je ne pense pas y devoir ici rien ajouter.
En cinquième lieu, je m'étonne que vous niiez * que la volonté se met en danger de faillir lorsqu'elle poursuit et embrasse les connoissances obscures et confuses de l'entendement ; car qu'est-ce qui la peut rendre certaine si ce qu'elle suit n'est pas clairement connu? Et quel a jamais été le phikMophe, 00 le théologien, ou bien seulement lliomme usant de raison , qui n'ait confessé que le danger de faillir où nous nous exposons est d'autant moindre que plus claire est la chose que nous concevons auparavant que d'y donner notre consentement; et que ceux-là pècheD> qui, sans
(fl) voyes Secondes OtijeciiOM, page f oS. (7) nrid.,
connoissance de cause, portent quelque jugement? Or nulle (Donception n'est dite obscure ou confuse sinon parce qu'il y a en elle quelque chose de contenu qui n'est pas connu.
Et partant , ce que vous objectez touchant la foi qu'on doit embrasser n'a pas plus de fores contre moi que contre tous ceux qui ont jamais cultivé la raison humaine, et, à vrai dire, elle n'en a aucune contre pas un. Car encore qu'on die que la foi a pour objet des choses obscures, néanmoins ce pourquoi nous les croyons n'est pas obscur, mais il est plus clair qu'aucune lumière naturelle. D'autant qu'il faut distinguer entre la matière ou la chose à laquelle nous donnons notre créance, et la raison formelle qui meut notre volonté à la donner. Car c'est dans cette seule raison formelle que nous voulons qu'il y ait de la clarté et de l'évidence. Et, quanta la matière, personne n'a jamais nié qu'elle peut être obscure, voire l'obscurité même; car, quand je juge que l'obscurité doit être êtée de nos pensées pour leur pouvoir donner notre consentement sans aucun danger de faillir, c'est l'obscurité même qui me sert de matière pour former un jugement dair et distinct.
Outre cela, il fout remarquer que la darté ou l'évidence par laquelle notre volonté peut être exdtée à croire est de deux sortes ; l'une qui part de la lumière naturelle, et l'autre qui vient de la grâce divine.
Or, quoiqu'on die ordinairement que la foi est des choses obscures, toutefois cela s'entend seulement de sa matière, et non point de la raison formelle pour laquelle nous croyons ; car, au contraire, cette raison formelle consiste en une certaine lumière intérieure, de laquelle Dieu nous ayant surnaturellement éclairés, nous avons une confiance certaine que les choses qui nous sont proposées à croire ont été révélées par lui, et qu'il est entièrement Impossible qu'il soit menteur et qu'il nous trompe ; ce qui est pins assuré que toute autre lumière naturelle, et souvent même plus évident à cause de la lumière de la grâce. Et certes les Turcs et les autres Infidèles, lorsqu'ils n'embrassent point la religion chrétleoDe, ne pèchent pas pour ne vouloir point ajouter foi aux choses obscures comme étant obscures ; mais ils pèchent, ou de ce qu'ils résistent à la grâce di* vine qui les avertit intérieurement, ou que, péchant en d'autres choses, lis se rendent indignes de cette grâce. Et je dirai hardiment qu'un infidèle, qui, destitué de toute grâce surnaturelle et ignorant tout-à-falt que les choses que nous aa* très chrétiens croyons ont été révélées de Dleo, néanmoins, attiré par quelques faux raisonnements, se porterdt à croire ces mêmes diesesqoff
AUX SECONDES OBJECTIONS
M wroiÊtïi obscures, ne seroit pas pour cela â- (tte, mais plutAt qu'il pècheroit en ce qu'il ne se s€rfiroit pas comme il faut de sa raison.
£t je ne pense pas que jamais aucun théolopeu orthodoxe ait eu d'autres sentiments touchant cela; et ceox aussi qui liront mes Méditations n'auront pas sujet de croire que je n'aie point connu cette lumière surnaturelle, puisque, dans la quatrième, où j'ai soigneusement recherché la cause de l'erreur ou fausseté , j'ai dit, en paroles eqwBSKs, « qu'elle dispose l'intérieur de notre posée i Touloir, et que néanmoins elle nedimi^ me point la liberté. »
AU reste, je tous prie ici de tous souvenir que, toochant les choses que la volonté peut embrasai, j'ai tdyonrs mis une très grande distinction eotiB l'usage de la vie et hà contemplation de la Térité. Car, pour ce qui regarde l'usage de la rie, faut s'en faut que je pense qu'il ne faille sui?re que les dioses que nous oonnoissons très claire- OKot, qa*au contraire je tiens qu'il ne faut pas nème toujours attendre les plus vraisemblables, mîB qu'il faut quelquefois, entre plusieurs choses toot-à-fidt Inconnueset incertaines, en choisir une it s'y déterminer, et après cela s'y arrêter aussi fennemeat , tant que nous ne voyons point de rainos an contraire, que si nous l'avions choisie pour des raisons certaines et très évidentes, ainsi fse j'ai défi expliqué dans le discours de la Métiiode. Hais où il ne s'agit que de la contemplaik» de la vérité, qui a jamais nié qu'il faille suspendre mm jugement à l'égard des choses obscures et qui ne sont pas assez distinctement connues? Or,qneoetteseulecontemplation delà vérité soitle «al bot de mes Méditations, outre que cela se reeonnott assex clairement par elles-mêmes, je l'ai de plus déclaré en paroles expresses sur la fin de k première, en disant • que je ne pouvois pour tors oser de trop de défiance, d'autant que je le m'appliquois pas aux choses qui regardent l'uage de la vie, mais seulement à la recherche de ia vérité. »
En sixième lieu, on vous reprenez * la concluni d'nn syllogisme que j'avoîs mis en forme, il noble que vous péchiez vous-même en la forme ; car, pour oondurece que vous voulez, la majeure deroit être telle « ce que clairement et distinciment nous concevons appartenir à la nature de ÇKique chose, cela peut être dit ou affirmé avec vérité appartenir i la nature de cette chose. » Et lias! elle ne contiendroit ri^ qu'une inutile et nparflue répétition. Mais la majeure de mon arfment a été telle : « Ce que clairement et dis*
(i] vi^pez Secondes <X>j6ctkw6^ pase ioo.
tinctement nous concevons appartenir i la nature de quelque chose, cela peut être dit ou affirmé avec vérité de cette chose. *» C'est-à-dire, si être animal appartient à l'essence ou à la nature de l'homme, on peut assurer que l'homme est ani«> , mai ; si avoir les trois angles égaux à deux droits appartient à la nature du triangle rectiUgne, on peut assurer que le triangle rectiUgne a ses trois angles égftux à deux droits; si exister appartient à la nature de Dieu, on peut assurer que Dieu existe, etc. Et la mineure a été telle : 4 Or est-ii qu'il appartient à la nature de Dieu d'exister. » D'où il est évident qu'il faut conclure comme j'ai foit, c'est à savoir : « Donc on peut avec vérité assurer de Dieu qu'il existe ; » et non pas comme vous voulez : • Donc nous pouvons assurer avec . vérité qu'il appartient i la pâture de Dieu d'exister. » Et partant, pour user de l'exception que vous apportez ensuite, il vous eût fallu nier la majeure et dire que ce que nous concevons clairement et distinctement appartenir à la nature de quelque chose ne peut pas pour cela être dit ou affirmé de cette chose, si ce n'est que sa nature soit possible ou ne répugne point. Mais voyez, je vous prie, la foiblesse de cette exception ; car, ou bien par ce mot de possible vous entendez, comme Ton fait d'ordinaire, tout ce qui ne répugne point à la pensée humaine, auquel sens il est manifeste que la nature de Dieu, de la façon que je l'ai décrite, est possible, parce que je n'ai rien supposé en elle sinon ce que nous concevons clairement et distinctement lui devoir appartenir, et ainsi je n'ai rien supposé qui répugne i la pensée ou au concept humain, ou bien vous feignez quelque autre possibilité de la part de l'objet même, laquelle, si elle ne convient avec la précédente, ne peut jamais être connue par l'entendement humain, et partant elle n'a pas plus de force pour nous obliger à nier la nature de Dieu ou son existence que pour détruire toutes les autres choses qui tombent sous la connoissance des hommes ; car, par la même raison que l'on nie que la nature de Dieu est possible, encore qu'il ne se rencontre aucune impossibilité de la part du concept ou de la pensée, mais qu'au contraire toutes les choses qui sont contenues dans ce concept de la nature divine soient tellement connexes entre elles qu'il nous semble y avoir de la contradiction à dire qu'il y en ait quelqu'une qui n'appartienne pas à la nature de Dieu, on pourra aussi nier qu'il soit possible que les trois angles d'un triangle soient égaux i deux droits, ou que celui qui pense actuellement existe; et à bien plus forte raison pourra-t-on nier qu'il y ait rien de vrai de toutes les choses que nous apercevons par les sens; et ainsi toute la oon-
RÉPONSES DE L'AUTEUR
notoiaiiM hamaine lera renyartio sans ancoiie raison ni fondement.
El poaF oe qui est de cet argament que tous oomfiarei ayec le mien, i lavoir : « S'il n'impllque point que Bien existe, il est certain qu'il existe : mais il n'implique point ; donc, etc. , » matériellement pariant il est vrai, mais formeiie* ment, ^est un sophisme ; car dans la majeure ce mot «7 ifnpliqw regarde le concept de la cause par laquelle Dieu peut être, et dans la mineure il r^arde le seul concept de rexistenoe et de la nature de Dieu, comme il paroit de oe que s! on nie la majeure, il la fiiudra prouver ainsi ! 81 Dieu n'existe point encore , il implique qu'il existe, parce qn*on ne sauroit assigner de cause suffisante pour le produire; mais il n'implique point qu'il existe, comme il a été accordé dans la mineure ; donc, etc. Et si on nie la mineure, il la faudra prouver ainsi : Cette diose n'implique point dans lé concept formel de laquelle il n'y a rien qui enferme contradiction ; mais dans le concept for^ mel de Texistence en de la nature divine, il n'y a rien qui enferme contradiction; donc, etc. Et ainsi ce mot il implique est pris en deux divers sens. Car il se peut fiiire qu'on ne concevra rien dans la chose même qui empêche qu'elle ne puisse exister, et que cependant on concevra quelque chose de la part de sa cause qui empêche qu'elle ne soit produite. Or, encore que nous ne concevions Dieu que tris imparfaitement, cela n'em* pêche pas qu'il ne soit certain que sa nature est pos9ihle ou qu'elle n'implique point, ni aussi que nous ne puissions assurer avec vérité que nous l'avoDS assex soigneusement examinée et assez clairement connue, à savoir autant qu'il suffit pour connohre qu'elle est possible et aussi que Fexistrace nécessaire lui appartient; car toute impossibilité, ou, s'il m'est permis de me servir ici du mot de l'école, toute implicance consisteseulement en notre concept ou pensée, qui ne peut ooi^olndre les Idées qui se contrarient les unes les autres; et elle ne peut consister en aucune chose qui soit hors de l'entendement, parce que de cela même qu'une chose est hors de renteo* dément il est manifeste qu'elle n'implique point, mais qu'elle est possible. Or l'impossibilité que nous trouvons en nos pensées ne vient que de ce qu'elles sont obscures et confuses, et il n'y en peut avoir aucune dans celles qui sont dalres et distinctes; et partant, afin que nous puissions assurer que nous connoissons assez la nature de Dieu pour savoir qu'il n'y a point de répugnance qu'elle existe, il suffit que nous entendions clairement et distinctement toutes les choses que nous apercevons être en elle, quoique ces dioses ne soient qu'en petit nombre au regard de celles
que nous n'aperoevons pas, bien qu'eiks loisDt aussi en elle, et qu'avec cela nous remarquions que l'existence nécessaire est l'une des diûm que nous aperoevons ainsi être en Dieu.
En septième lieu, J'ai déjà donné la raliOB, dans l'abrégé de mes Méditations, pourquoi Je n'ai rien dit ici tou(Aant l'immortalité de l'âme; J'ai ausd Irit v<Hr oinievint oomme quoi j'si suffisamment prouvé la distinction qui est eotrs l'esprit et toute sorte de corps.
Quant à œ qne vous ajoutez ^ ,« que de la diitioo* tlon de l'âme d'aveo le corps il ne s'ensuit pu qu'elle soit immortelle, parœ que nonobstait oels op peut dire que Dieu l'a iaite d'une telle aatire que sa durée finit aveo oeile 4e la vie du corps, t je coniiMse que Je n'ai rien à y répondre , cir ja n'ai pas tant de présomption que d'entreprendre de déterminer par la fime du raisonnemaat ho* main une chose qui ne dépeaii qpe de la pure volonté de Dieu.
La oonnoissaooe naturelle nons apprspd qus l'esprit est diflérent du corps et qu'il sst ose substance; et aussi que le oorpe hoflsain, sa Uni qu'il difitee des autres ewps, est seulement ooiu posé d'une certaine eonfiguration de meml^res et autres semblables accidenta; et enfin que la mort du corps dépend seulement de qudque df* vision ou changement de figure. Or nous n'aTOM aucun argument ni aucun exemple qui neiis par* suade que la mort, ou l'anéantiassment d'uM subsunœ telle qu'est l'esprit, doive suivre d'soe cause si légère oomme est un ebanfepiaDt de figure, qui n*est autre chose qu'ain mode, et en-' core an mode non de l'esprit, mais de corps, qui est réellement distinct de l'esprit. Et mèm nous n'avons aucun argument ni eiemple qui nous puisse persuader qu'il y a des substances qui sont siyettes i être anéantiss. Ce qui suM pour oondore que l'esprit ou l'ioie de rhomma , autant que cela peut être oonnu par la philosophie naturriie, est immortelle.
Mais si on demande si Dieu, par son absolue puissance, n'a point pent-être déterminé que 1<» âmes des hommes eesosnt d'être an même temps qo* les corps auquels eilea sont unies sont détroilSt e'eet i Dieu seul d'en répondre. Et pnisqu'il noss a maintenant révélé que osla n'arrivera poiat* ii ne nous doit plus rester touchant cela aucun douta*
Au reste» j'ai beaucoup à vous remereier de « que vous avez daigné ai officieusement et avee tant de franchise m'avertir ufui^feulemeDt des choses qui vous ont semblé dignes é'ea^çiUoBi^' mais aussi des difficuliée qui pouvoieot m'éuv faites par les athées, ou par quelques envieux ei
(I) voyez Secondes Oli^hHie, page foe.
AUX fiECOMDBS OBlSCnONS.
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■MitaBli. CtoenewÉ iiqf Je ne vole rlea entre Ibs chOBec que tous m'aTei propoiées que je ■'eiM8 anpmva&t r^etA eu wpliquA dans mes MéditctioM (œmme, pt9 eiemple, ee que tous i?6i alUguA des laoudies qui sont preduiles par le wêML , des Canadiens, des NiniTiles, des Turas, H avtins shnaes semlilaliies, ne peiit Tenir en l'eapril deom qu|, si|iTanl l'otdn de ess Médi* tations, aettront à pari pour quelque temps toutes les diasesqa'iia ont apprises des sens» pour preningude 4 ne que dicta la plus purs et plus saine fsispii, e'wt pourquoi Je pensois avoir déjà NjetA tentai cm ohoaes)* enaore» dla*je, que «la soit, je jip nénomolos que ees objeptions ssront fort otilm i noo dessain» d'autant que je ne me pro* avis paa d'nvoir beaucoup de lecteurs qui Teuil-* Ispt eppertar tant d'attention aux oiioess que j'ai telles, qu'étant parrenua à la fin ils se rsssou* fîeoneot de tout ee quelle anmnt in auparaTant : et flBox qiM M le frrent pas tomberont aisément SB des itMoDltée pn«quelles ils verront puis apris qoo j'aiira) a^sfalt pvr oelt# réponse» ou do mojnt ils prendront de Û^ eoœiion 4'exemtoer plus soigneusement la Térité.
Pour 00 qui regarde le conseil que TOUS me doi^ Ml de diapoeer mes raisons selon la métjiode dea géomècrea, afin qqe ton! d'un coup les leateure (ee poineiil comprendre y je tous dirai ici en quelle façon j*ai déjà tâcbé ai^doTant 4n U suiTre, e( conuDeni j*y tâdiarai encore d^apr^i.
Pana la &çon d'écrire des géomètres Je distin* lie desx ctioses, a saTpir Tordre, et la mioiiérq de démontrer.
L'ordre consiste en cela seulement que les cbo* ses qui um% proposées les premières dolTent être ODooue» aana l'aide des suiTantes, et que les sui* vantes doiTenI après être disposée^ de telle fagon ^'eiles soient démontrées par les seules chous qai le» précèdent. Et certainement j'ai tâcbé au«v ^vu qpe j'ai pu de luiTre pet ordre eu qies Médluiioos. Et c'est ce qni a faft que je n'ai pus traité dai» la seconde 4e la 4l«tlnction qui eet mire reapril et le corpe» mais seulepnept d^s la «xièine, et que j'ai omis tout ej^près beaucoup 4e dmaea du* tout ee traité , parce qu'elles présnpposoieQt Texplicatio^ de plôsieurs autresr
La manière de démontrer i9t doi|))|e : l'une se Ut par ranalyse ou résolution, et l'untre pur la ijBtbéao ou oompoeition. L'analyse montre la Traie Tpie par lequeile npe \ a Ai méthodiquement iuTentée, et bit voir ; les «OMs dépendent des eanses; en sorte ^ si le lecteur 1# veut suiTre^ et jeter les yeux «ignnosemeotsur tout ce qi^'eUe contient, il n'entendra paa moins partaitemept la chose ainsi dé- MAtrée, et 00 U riiutra pe« mim f l#P9n> 4119 ei
hil-m4me TaToit luTentée. Mais cette sorte de dé* monstration n'est pas propre à oonTaincre les lecteurs opiniâtres ou peu attentfib ; car s! on laisse échapper sans y prendre garde la moindre des choses qu'elle propose, la nécessité de ses conclusiens ne paroftra point ; et on n^a pas coutume d'y exprimer fort amplemimt les choses qui sont aases claires d'elles-mêmes, bien que ce soit ordinairement celles auxqudles II but le plus prendre garde.
La synthèse an contraire, par une Toie toute dlffSrente, et comme en examinant les causes par Unie effets , bien que la preuTO qu'elle contient soit souTont aussi des effets par les causes , démontre è la Térlté clairement ce qui est contenu en ses eenclusions, et se sert d'une longue suite de déHnltlons, de demandes, d'axiomes, de théorèmes et de problèmes, afin que si on loi nie quelques eonséquenees, elle bsse Toir comment elles sont contenues dans les antécédents, et qu*eUe arrache le consentement du leoteur, tant obatlné et opiniâtre quMI puisse être ; mais elie ne donne pu comme l'autre une entière satlshction è l'eeprit de ceux qui désirent d'apprendre, paroe qu'eUe n'enseigne pas la méthode par la* quelle k chose a été loTentée.
Les anciens géomètres arolent coutume de se serrir asolement de cette synthèse dsns leure écrits , non qu'ils Ignorassent entièrement l'analyse, maie è mon aTis parœ qu'ils en Msolent tant d'état qu'ils la réserrolent peur eux seuls comme un secret d'importance.
Pour moi , J'ai suItI seulement la vole analytique dana mes Méditations, pooree qu'eUe me semble être la plus Traie et la plus propre pour enseigner; mais quant è la synthèse, laquelle sans doute est celle que tous désires de moi , encore que, touchant les choses qui se traitent en la géométrie, elle puisse utilement être mise après l'analyse, elle ne conyient pei toutefois si bien aux matières qui appartiennent i la métaphysique. Car II y a cette' différence ({ue lep premières notions qnl sont supposées pour démontrer les propositions géométriques , ayant de la couTenance ayec les sens , sont reçues facilement d'un chacun : c'est pourqpoi M P'y # peint le de dllflculté, sinon i bien tirer les conséquences, ce qui se peut faire par toutes sortes de personnes , même par les moins attentlTes, pourTU seulement qu'elles se ressouTiennent des choses préoédentes ; et on les oblige aisément i s'en souTcnir en distinguant aotant de diverses proposItitHis qu'il y a de chœsa à remarquer dans la dUBcnlté proposée, afln qu'elles s'arréteot séparément sur chacune, et qu'on les leur paisse citer par après pour les avertir de pel)^ #uiqjiielles etlee dnivftut i
RÉPONSES. DE L'AUTEUR
au contraire , touchant les questions qui appartiennent a la métapliyslque , la principale difficulti est de concevoir clairement et distinctement les premières notions. Car encore que de leur nature elles ne soient pas moins claires, et même que souvent elles soient plus claires que celles qui sont considérées par les géomètres, néanmoins, d*autant qu'elles semblent ne s'accorder pas avec plusieurs préjugés que nous avons reçus par les sens et auxquels nous sommes accoutumés dès notre enfance, elles ne sont parfaitement comprises que par ceux qui sont fort attentifs et qui s'étudient à détacher autant qu'ils peuvent leur esprit du commerce des sens ; c'est pourquoi , si on les proposoit toutes seules, elles seroient aisément niées par ceux qui ont l'esprit porté à la contradiction. Et c'est ce qui a été la cause que j'ai plutAt écrit des Méditations que des disputes ou des questions, comme font les philosophes, ou bien des théorèmes ou des problèmes, comme les géomètres, afin de témoigner par li que je n'ai écrit que pour ceux qui se voudront donner la peine de inéditer avec moi sérieusemwt et considérer les choses avec attention. Car, de cela même que quelqu'un se prépare à combattre la vérité, il se rend moins propre à la comprendre, d'autant qu*il détourne son esprit de la considération des raisons qui la persuadent pour l'appliquer, i la recherche de celles qui la détruisent.
Mais néanmoins, pour témoigner combien je défère i votre conseil , je tacherai ici d'imiter la synthèse des géomètres , et y ferai un abrégé des principales raisons dont j'ai usé pour démontrer l'existence de Dieu et la distinction qui est entre l'esprit et le corps humain, ce qui ne servira peut-être pas peu pour soulager l'attention des lecteurs.