INTRODUCTION XXI
indivisibles ? l'un et l'autre sont susceptibles de modalités figurées ou de figures géométriques déterminées. On fera peut-étre valoir que dans l'espace plein les particules sont mobiles et peuvent se déplacer; nous retomberons alors dans le cas précédent, et nous demanderons en quoi ces particules mobiles se distinguent des particules immobiles d'espace dans lesquelles elles se meuvent. Enfin, les cartésiens comme les atomistes seront obligés de reconnaitre que le plein ne se distingue du vide que par la résistance, la solidite, le mouvement, l'activité, en un mot la force.
A ceux qui reprochent à la conception leibnizienne de trop idéaliser la matière, on peut répondre que la matière prise en soi est nécessairement idéale et supra-sensible. Sans doute il ne faut pas dire que le corps n'est qu'un ensemble de modifications subjectives. L'idéalisme de Berkeley est un idéalisme superficiel qui ne supporte pas l'examen ; car, lorsque jaurai réduit l'univers tout entier à n'étre qu'un réve de mon esprit et un prolongement de moi-même, il restera encore à savoir d'oü me vient ce réve et quelles sont les causes qui produisent en moi une hallucination aussi compliquée ; ces causes sont en dehors de ma conscience, et elles me débordent de tous cótés ; ce serait done trés improprement que je lesappellerais moi-méme ; car le moi est rigoureusement ce dont j'ai conscience. Le moi de Fichte, qui vient à se choquer contre soi-méme et qui crée ainsi le non-moi, n'est qu'un détour compliqué et artificiel, pour dire, sous une forme paradoxale, qu'il y a un non-moi. Tout au plus pourrait-on conjecturer avec l'idéalisme absolu que le moi et le non-moi ne sont que les deux faces d'un seul et méme étre qui les enveloppe l'un et l'autre dans une activité infinie ; mais nous voilà bien loin de l'idéalisme de Derkeley.
Pour en revenir à celui de Leibniz, je crois qu'on peut démontrer à priori, que la matière prise en soi est une chose idéale et supra-sensible, pour ceux-là du moins qui admettent une intelligence divine. Dieu, en effet (on en tombera aisément d'accord), ne peut pas connaitre la matière par le