ET INCOMPLETES
5 4. Pri. Les idées réelles sont completes lorsqu'elles représentent parfaitement les originaux d'oü l'esprit suppose qu'elles sont tirées, qu'elles représentent et auxquelles il les rapporte. Les idées incompletes n'en représentent qu'une partie. 3 2. Toutes nos idées simples
(1: ALBERT LE GRAND, celebre philosophe du moyen àge, né en 1193 ou 1205, à Lavingen en Souabe, enseigna avec un immense succès dans beaucoup de villes, entre autres à Strasbourg, Cologne et Paris, mort en 0230, Ses œuvres complètes ont été publiées en 21 volumes, à Cologne, en 16?1, Ses principaux ouvrages sont : Commentaires sur ,Aristole, Conunentuires sur les livres saints.
sont completes. L'idée de la blancheur ou de la douceur, qu'on remarque dans le sucre, est complète, parce qu'il suffit pour cela qu'elle réponde entiérement aux puissances, que Dieu a mises dans ce corps pour produire ces sensations.
Tu. Je vois, Monsieur, que vous appelez idées complétes ou incomulétes celles que votre auteur favoriappele ideas adequatas aut ina d.equatas; on pourrait les appeler accomplies ou inaccomplies. J'ai défiui autrefois ideam adæqualam (une idée accomplie) celle qui est si distincte que tous les ingrédients sont distincts, et telle est à peu pres l'idée d'un nombre. Lorsqu'une idée est distincte et contient la définition ou les marques réciproques de l'objet, elle pourra être inadæquala ou inaccomplie, savoir lorsque ees marques ou ces ingredients ne sont pas aussi toutes distinctement connues; par exemple, l'or est un métal qui résiste à la eoupelle et à l'eau-forte, c'est une idée distincte, car elle donne des marques ou la definition de l'or ; mais elle n'est pas accomplie, car la nature de la coupellation et de l'opération de l'eau-forte nc nous est pas assez connue. D'ou vient que, lorsqu'il n'y a qu'une idée inaccomplie, le méme sujet est susceptible de plusieurs définitions indépendantes les unes des autres, en sorte qu'on ne saurait toujours tirer l'une de l'autre, ni prevoir qu'elles doivent. appartenir à un méme sujet, et alors la seule expérience nous enseigne qu'elles lui appartiennent tout à la fois. Ainsi l'or pourra être encore défini le plus pesant de nos corps, ou le plus malléable, sans parler d'autres définitions qu'on pourrait . fabriquer. Mais ce ne sera que lorsque les hommes auront pénétré plus avant dans la nature des choses, qu'on pourra voir pourquoi il appartient au plus pesant des métaux de résister à ces deux épreuves des essayeur.; ; au lieu que dans la géométrie, où nous avons des idées accomplies, c'est autre chose, car nous pouvons prouver que les sections terminées du cône et du cylindre, faites par un plan,: sont les mêmes, savoir des ellipses, et cela ne peut nous être inconnu si nous y prenons garde, parce que les notions que nous en avons sont accomplies. Chez moi la division des idees en aecomplies ou inaccomplies, n'est qu'une sous-division des idées distinctes, et il ne me parait point que les idées confuses, comme celle que nous avons
Commentaires sur saint Denys ÜüÜArcopagite, Arégé de theologie, Erpliration du Livre des Sentences, Somme de Théologie, Livre des Créatures, Traité sur la Vierge. Albert le Grand n'était pas moins un savant qu'un philosophe. De là sa réputation de magicien. P. J.
PAuL Jaxer. — Leibniz. 1-15
de la douceur, dont vous parlez, monsieur, méritent ce nom ; car, quoiqu'elles expriment la puissance qui produit la sensation, elles ne l'expriment pas entièrement, ou du moins nous ne pouvons point le savoir, car, si nous comprenions ce qu'il y a dans cette idée de la douceur que nous avons, nous pourrions juger si elle est suffisante pour rendre raison de tout ce que l'expérience y fait remarquer.
$3. Pr. Des idées simples venons aux complexes; elles sont ou des modes ou des substances. Celles des modes sont des assemblages volontaires d'idées simples, que l'esprit joint ensemble, sans avoir égard à certains archétypes ou modèles réels et actuellement existants ; elles sont complètes et ne peuvent ètre autrement, parce que, n'étant pas des copies mais des archétypes que l'esprit forme pour s’en servir à ranger les choses sous certaines dénominations, rien ne saurait leur manquer parce que chacune renferme telle combinaison d'idées que l'esprit a voulu former et par conséquent telle perfection qu'il a eu dessein de lui donner, et on ne conçoit point que l'entendement de qui que ce soit puisse avoir une idée plus compléte ou parfaite du triangle que celle de trois cótés et de trois angles. Celui qui assembla les idées du danger de l'exécution, du trouble que produit la peur, d'une considération tranquille de ce qu'il serait raisonnable de faire, et d'une application actuelle à l'exécuter sans s'épouvanter par le péril, forma l'idée du courage et eut ce qu'il voulut, c'est-à-dire une idée complète conforme à son bon plaisir. Il en est autrement des idées des substances, oü nous proposons ce qui existe réellement.
Tu. L'idée du triangle ou du courage a ses archétypes dans la possibilité des choses aussi bien que l'idée de l'or. Et il est indifférent quant à la nature de l'idée, si on l'a inventée avant l'expérience, ou si on l'a retenue aprés la perception d'une combinaison que la nature avait faite. La combinaison aussi que fait les modes n'est pas tout à fait volontaire ou arbitraire, car on pourrait joindre ensemble ce qui est incompatible, comme font ceux qui inventent des machines du mouvement perpétuel ; au lieu que d'autres en peuvent inventer de bonnes et exécutables qui n'ont point d'autres archétypes chez nous que l'idée de l'inventeur, laquelle a elle-méme pour archétype la possibilité des choses, ou l'idée divine. Or ces machines sont quelque chose de substantiel. On peut aussi forger des modes impossibles, comme lorsqu'on se propose le parallélisme des paraboles, en s'ima:
ginant qu'on peut trouver deux paraboles paralléles l'une à l'autre, comme deux droites ou deux cercles. Une idée donc, soit qu'elle soit celle d'un mode, ou celle d'une chose substantielle, pourra être compléte ou incomplete selon qu'on entend bien ou mal les idées partielles, qui forment l'idée totale: et c'est une marque d'une idée accomplie lorsqu'elle fait connaitre parfaitement la possibilité de l'objet.