‹ Œuvres philosophiques de Leibniz (volume 2)Chapitre 85 sur 101 · RÉPONSE A M. FOUCHER · texte numérisé non relu

RÉPONSE A M. FOUCHER

principe sensitif des animaux: et je demeure d'accord qu'elle ne regarde que la masse corporelle. Aussi semble-t-il que vous ne ne donnez point de tort lorsque je demande des unités véritables. et que cela me fait réhabiliter les formes substantielles. Mais lorsque vous semblez dire que l'âme des bêtes doit avoir de la raison : si on lui donne du sentiment, vous vous servez d'une conséquence dontje ne vois point la force.

Vous reconnaissez avec une sincérité louable que mon hypothèse de l'harmonie ou de la concomitance est possible. Mais vous ne laissez pas d'v avoir quelque répugnance; sans doute parce que vous l'avez crue purement arbitraire, pour n'avoir point été informé qu elle suit de mon sentiment des unites ; car tout y est lié. Vous demandez donc, Monsieur, à quoi peut servir tout cet artifice, que jattribue à l'Auteur de la Nature ? comme si on lui en pouvait trop attribuer, et comme si cette exacte correspondance que les substances ont entre elles par les lois propres, que chacune a recues d'abord, n'était pas une chose admirablement belle en elle-même et digne de son auteur. Vous demandez aussi quel avantage j'y trouve ? Je pourrais me rapporter à ce que j'en ai déjà dit; néanmoins je réponds, premiérement : que. lorsqu'une chose ne saurait manquer d'être, il n'est pas nécessaire. pour l'admettre, qu'on demande à quoi elle peut servir? A quoi sert l'incommensurabilité du côté avec la diagonale ? Je réponds, en second lieu, que cette correspondance sert à expliquer la communication des substances, et l'union de l'âme avec le corps par les lois de la nature établies par avance, sans avoir recours ni à une transmission des espèces, qui est inconcevable, ni à un nouveau secours de Dieu, qui parait peu convenable. Car il faut savoir que. comme il y a des lois de la nature dans la matière. il v en a aussi dans les âmes ou formes: et ces lois portent ce que je viens de dire.

On me demandera encore d'où vient que Dieu ne se contente point de produire toutes les pensées et les modifications de l'âme. sans ces corps inutiles, que l'àme ne saurait, dit-on, ni remuer ni connaitre ? La réponse est aisée. C'est que Dieu a voulu qu'il y eût plutôt plus que moins de substances, et qu'il a trouvé bon que ces modifications de l'àme repondissent à quelque chose de dehors. HI n'y a point de substance inutile: elles concourent toutes au dessein de Dieu. Je n'ai garde aussi d'admettre que lime ne connait point

Em corps, quoique cette connaissance se fasse sans influence de l'un

sur l'autre. Je ne ferai pas méme difficulté de dire que l'âme remue le corps: et comme un copernicien parle véritablement du lever du soleil, un platonicien de la réalité de la matière, un cartésien de celle des qualités sensibles, pourvu qu'on l'entende sainement, je crois de méme qu'il est trés vrai de dire que les substances agissent les unes sur les autres, pourvu qu'on entende quel'une est cause des changements dans l'autre en conséquence des lois de l'harmonie. Ce qui est objecté touchant la léthargie des corps, qui seraient sans action pendant que l'àme les croirait en mouvement, ne saurait étre à cause de cette méme correspondance immanquable, que la sagesse divine a établie. Je ne connais point ces masses vaines, inutiles et dans l'inaction, dont on parle. I y a de l'action partout, et je l'établis plus que la philosophie recue; parce que je crois qu'il n'y a point de corps sans mouvement, ni de substance sans effort.

Je n'entends pas en quoi consiste l'objection comprise dans ces paroles : « En verité, Monsieur, ne voit-on pas que ces opinions sont faites exprès, et que ces systèmes venant après coup n'ont été fabriqués que pour sauver certains principes ? » Toutes les hypothéses sont faites exprès, et tous les systèmes viennent après coup, pour sauver les phénomènes ou les apparences ; mais je ne vois pas quels sont les principes dont on dit que je suis prévenu, el que je veux sauver. Si cela veut dire que je suis porté à mon hypothèse encore par des raisons à priori, ou par de certains principes, comme cela est ainsi en effet: c'est plutôt une louange de l'hypothèse qu'une objection. Il suffit communément qu'une hypothèse se trouve à posteriori, parce qu'elle satisfait aux phénomènes ; mais, quand on en a encore des raisons d'ailleurs, et à priori, c'est tant mieux. Mais peutêtre que cela veut dire que, m'étant forgé une opinion nouvelle, j'aieté bien aise de l'employer, plutôt pour me donner des airs de nouveauté, que pour que j'y aie reconnu de l'utilité. Je ne sais, Monsieur, si vous avez assez mauvaise opinion de moi, pour m'attribuer ces pensées. Car vous savez que j'aime la vérité, et que, si J alfectais tant les nouveautés, j'aurais plus d'empressement à les produire, méme celles dont la solidité est reconnue. Mais, afin que ceux qui me connaissent moins ne donnent point à vos paroles un sens contraire à mes intentions, il suffira de dire, qu'à mon avis, il est impossible d'expliquer autrement l'aetion émanente conforme aux lois de la nature, et que j'ai cru que l'usage de mon hypothèse se reconnaitrait par la difficulté que des plus habiles philosophes de

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