RÉFLEXIONS SUR L'OUVRAGE DE M. TIOBBES
volitions méme ne sont pas en notre pouvoir, en telle sorte que . nous puissoins nous donner sans difficulté, et suivant notre bon plaisir, des inclinations et des volontés que nous pourrions désirer. L'évéque ne parait pas avoir pris garde à cette réflexion, que M. Hobbes aussi ne développe pas assez. La vérité est, que nous avons quelque pouvoir encore sur nos volitions; mais d'une manière oblique, et non pas absolument et indifféremment. C'est ce qui a été expliqué en quelques endroits de cet ouvrage. Enfin M. Hobbes montre, aprés d'autres, que la certitude des événements et la nécessité méme, sil v en avait dans la manière dont nos actions dépendent des causes, ne nous empécherait point d'employer les délibérations, les exhortations, les blàmes et les louanges, les peines et les récompenses ; puisqu'elles servent et portent les hommes à produire les actions ou à s'enabstenir. Ainsi, si les actions humaines étaient nécessaires, elles le seraient par ces moyens. Mais la vérité est, que ces actions ne sont point nécessaires absolument; et quoi qu'on fasse, ces moyens contribuent seulement à rendre les actions déterminées et ccrtaines, comme: elles le sont en effet, leur nature faisant voir qu'elles sont incapables d'une nécessité absolue. 11 donne aussi une notion assez bonne de la liberté, en tant qu'elle est prise dans un sens général, commun aux substances intelligentes et non intelligentes; en disant qu'une chose est censée libre, quand la puissance qu'ellea n'est point empéchée par une chose externe. Ainsi l'eau qui est retenue par une digue a la puissance de se répandre, mais elle n'en a pas !a liberté ; au lieu qu'elle n'a point la puissance de s'élever au-dessus de la digue, quoique rien ne l'empécherait alors de se répandre, et que méme rien d'extérienr nel'empéche des'élever si haut ; mais il faudrait pour cela qu'elle méme vint de plus haut ou qu'elle méme fût haussée par quelque crue d’eau. Ainsiun prisonnier manque de liberté, mais un malade manque de puissance, pour s'en aller.
29. ll y a dans la préface de M. Ilobbes un abrégé des points contestés, que je mettrai ici, en ajoutant un mot de jugement. D'un côté, dit-il, on soutient, qu'il n'est pas dans le pouvoir présent de l'homme de se choisir la volonté qu'il doit avoir. Cela est bien dit, surtout par rapport à là volonté présente; les hommes choisissent les objets pav la volonté mais ils ne choisissent point leurs volontés présentes ; elles viennent des raisons et des dispositions. ]l est vrai cependant qu'on se peut chercher de nouvelles raisons, et se donner.
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avec le temps de nouvelles dispositions; et par ce moyen on se peut encore procurer une volonté qu'on n'avait pas, et qu'on ne pouvait pas se donner sur-le-champ. Il en est (pour me servir de la comparaison de M. Hobbes lui-méme) comme dela faim ou de la soif. Présentement il ne dépend pas de ma volonté d'avoir faim, ou non; mais il dépend de ma volonté de manger ou de ne point manger; cependant, pour le temps à venir, il dépend de moi d'avoir faim ou de m'empêcher de l'avoir à une pareille heure du jour, en mangeant par avance. C'est ainsi qu'il y a moyen d'éviter souvent de mauvaises volontés ; et quoique M. Hobbes dise dans sa réplique n° 14, p. 138, que le style des loís est de dire, vous devez faire, ou vous ne devez point faire ceci; mais qu'il n'ya point de loi qui dise, vous le devez vouloir, ou vous ne le devez point vouloir, il est pourtant visible qu'il se trompe à l'égard de la loi de Dieu, qul dit, non concupisces, tu ne convoiteras pas; il est vrai que cette défense ne regarde point les premlers mouvements qui sont involontaires. On soutient : 9^ Que le hasard (chanceen anglais, casus en latin) ne produit rien, c'est-à-dire, qu'il ne se produit rien sans cause ou raison. Fortbien, j'y consens, si l'on entend parler d'un hasard réel. Car la fortune et le hasard ne sont que des apparences qui viennent de l'ignorance des causes, ou de l'abstraction qu'on en fait. 3° Que tous les événements ont leurs causes nécessaires. Mal; ils ont leurs causes déterminantes, par lesquelles on en peut rendre raison, mais ce ne sont point des causes nécessaires. Le contraire pouvait arriver, sans impliquer contradiction. 4? Que la volonté de Dieu fait la nécessité de toutes choses. Mal ; la volonté de Dieu ne produit que des choses contingentes, qui pouvaient aller autrement, le temps, l'espace et la matière étant indifférents à toute sorte defigures etde mouvements.
0. De l'autre côté, selon lui, on soutient : 1° Que non seulement l'homme est libre, absolument, pour choisir ce qu'il veut faire, mais encore pour choisir ce qu'il veut vouloir C'est mal dit ; on n'est pas maître absolu de sa volonté pour la changer sur-le-champ, sans se servir de quelque moyen ou adresse pour cela. 2 Quand l'homme veut une bonne action, la volonté de Dieu concourt avec la sienne, autrement non. C'est bien dit, pourvu qu'on l'entende que Dieu ne veut pas les mauvaises actions, quoiqu'il les veuille permettre, afin qu'il n'arrive point quelque chose qui serait pire que ces péchés 8° Que la volonté peut choisir, si elle veut vouloir, ou non. Mal ; par rapport à la volition présente. 4° Que les choses arrivent sans néces.