CHAPITRE XVII
L'Eglise catholique
Sommaire. — SgS. L'Eglise fondée par Jésus-Christ. — 394. L'autorité dans l'Eglise catholique. — bo,b. Pierre et les Pontifes romains. — 596. Les Papes et l'histoire. — Sgy. La Cité des hommes et la Cité de Dieu. — 598. Protestation de l'Auteur.
593. L'Eglise fondée par Jésus-Christ. — Le Verbe s'est incarné pour se faire notre maître, et être médiateur entre Dieu et l'homme, II a habité parmi nous, il a conversé avec nous; mais il ne convenait cependant point qu'il demeurât avec nous dans l'humanité qu'il avait prise, visible sur la terre jusqu'à la consommation des siècles. « Car, remarque S. Thomas, l'extrême prolongation de cette permanence aurait entraîné une diminution de la vénération que les hommes doivent au Verbe incarné. Le vo3^ant revêtu de notre chair et semblable aux autres hommes, ils auraient fini par ne l'estimer pas plus que les autres hommes. Tandis que, disparaissant du milieu des hommes, après les miracles qu'il opéra sur la terre, ils commencèrent à l'avoir en plus grande vénération. Ce fut aussi la raison pour laquelle il ne donna pas à ses disciples la plénitude du Saint-Esprit, tant qu'il demeura avec eux; en effet, par son absence, leurs âmes furent très fortement excitées et
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préparées aux dons spirituels. Aussi leur disait-il lui-même : Si je ne m'en vais, le Paraclet ne viendra point à vous, mais si je m'en vais, je vous l'enverrai (i). »
Or Jésus-Christ n'était pas venu seulement pour le salut de ceux qui eurent le bonheur de le voir visiblement ; mais pour le salut de tout le monde. Sa doctrine ne devait pas illuminer seulement les monts de la Judée et les hommes d'une génération ; mais elle devait éclairer toute la terre et tous les siècles à venir. Il devait donc abandonner son nom et son enseignement aux défaillances des individus et aux métamorphoses des seules traditions populaires, ou fonder une société visible comme les membres qui en feraient partie, dont il resterait toujours le chef invisible et le principe vivifiant, et à laquelle il Confierait la continuation de son magistère. La première partie de la disjonctive avait contre elle quarante siècles d'histoire démontrant à quel point les traditions populaires, agissant peu à peu, transforment les faits et corrompent les eaux sorties pures de la source des révélations divines. D'autre part, le penchant égoïste de la raison individuelle à trouver, ou plutôt à croire qu'elle a trouvé dans la parole révélée tout ce qui satisfait le mieux son amour-propre, devait la faire rejeter comme unique dépositaire des enseignements divins : le Protestantisme nous en fournit une preuve éclatante. Il fallait donc suivre la seconde partie de la disjonctive; c'est ce qu'a fait Jésus-Christ.
S. Augustin, cité par le Catéchisme romain (2), remarque que les Prophètes de la loi ancienne avaient parlé de la future Eglise chrétienne plus clairement qu'ils n'avaient parlé de Jésus- Christ lui-même; voulant signifier ainsi, qu'à son sujet, plus encore que pour l'incarnation du Verbe, beaucoup auraient pu errer et induire les autres en erreur. En effet, nul homme,
[i) Contra Gentiles. Liv. IV. Cap. LV. n. lo. — Cf. ctiam P. IIL Summae Theol. Qu. LVII. Art. L ad 3.
(2) De symbolo. Art. Credo sanctam Ecclcsiam Catholicam. in princ.
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si impudent eût-il éic, n'aurait osé se dire le Christ; mais plusieurs, voyant l'Eglise catholique composée d'hommes, auraient tente de se mettre à la tête d'un parti, afin de transformer leur propre secte en Eglise catholique, niant à la vraie Eglise et son titre et ses prérogatives. De là le soin qu'ont eu les Prophètes de décrire et de tracer les formes toutes divines qui devaient faire reconnaître à tout homme de bonne foi l'Epouse mystique du Nazaréen, et de là les précautions que le Nazaréen a prises en fondant son Eglise prophétisée.
bgA. L'autorité dans l'Eglise catholique. — Deux éléments sont essentiels à la constitution de toute société : des sujets et des souverains, l'autorité et la sujétion. Sans les sujets, l'autorité ne peut s'exercer; sans l'autorité les sujets ne sont que des individualités isolées à qui manque l'unité de direction et de fin, c'est-à-dire l'unité qui les constitue sociétaires ou société. Ces deux éléments doivent donc se trouver aussi dans la société chrétienne, puisque Jésus a voulu fonder cette société, son Eglise, Aedifîcabo Ecclesiam meam, et ils s'y trouvent réellement. Les membres de l'Eglise sont tous ceux qui vivent dans l'union de cette foi que Jésus- Christ a apportée et fondée sur la terre; l'autorité visible est celle à qui a été confié le dépôt de cette foi, et qui pour cela même est le juge sans appel de tout ce que les membres doivent croire uniformément et pratiquer pour arriver à la fin de la société chrétienne, au salut éternel : Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Alle-{ donc et enseigne; toutes les nations., les baptisant au nom du Père., du Fils et du Saint-Esprit : leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé (i). Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé; mais celui qui ne croira pas sera condamné (2). Ces derniers mots indiquent en quelques traits ce que doit-ctrc l'Eglise chrétienne dans ses membres : c'est une société unirer-
(i)Matth.XXVIlI. 19, 20, il.
{2) Marc. XVI. i6.
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selle^ toutes les nations sont appelées à en faire partie ; et la condition pour lui appartenir c'est la profession d'une même foi (celui qui croira)^ c'est une même observance des choses commandées par le Christ.
Or, Jésus choisit douze d'entre les disciples qui le suivaient plus fréquemment et qui l'approchaient de plus près, et il les appela Apôtres (t), c'est-à-dire ses envoj'e's, les messagers porteurs de sa parole, les délégués de sa puissance et de son autorité ; car tel est le sens du mot grec ' aïtotto^o;. Ici la Hiérarchie ecclésiastique commence à se dessiner, montagnes saintes qui reçoivent d'en haut la paix, afin que les collines reçoivent la justice, c'est-à-dire la foi (2). Aux Apôtres il dévoile plus clairement qu'aux foules les doctrines les plus sublimes et il leur inculque les principes qui doivent prévaloir dans l'organisation de son Eglise : Il imus est donné à jwus de connaître le 7nf stère du royaurne de Dieu .^ mais je parle aux autres en paraboles. Aussi, bienheureux sont vos yeux parce qu'ils voient., et vos oreilles parce qu'elles entendent. (3)
Il ne les appelle plus serviteurs, mais amis, parce qu'il les a admis dans l'intimité de sa confiance et que le serviteur en est exclu, et qu'il leur a fait connaître tout ce qu'il a appris de son Père : Jam non dicam vos servos : quia servus nescit quid faciat dojninus ejus. Vos autem dixi amicos : quia omnia
(i) Vocavit discipitlos suos ; et elegit duodecim ex ipsis, qitos ApostoloS uominavit. Luc. VI. i3.
(2) Suscipiant montes pacem populo tuo, et colles justitiam. Ps. LXXI. 3. Montes, excelsae aniniae sitnt : coUes, parvulae animac siint. Sed ideo montes excipinnt pacem, ut colles possint excipere justitiam. Quac est justitia, quam colles e.xcipiunt? Fides, quia justus ex fide vivit. Non autem exciperent minores animae fidem, nisi majores animae, quae montes dictae sunt, ab ipsa Sapientia illustrarentur, ut possint parvidis trajicere quod possint parvuli capere, et vivere ex fide colles, quia montes pacem suscipiunt. Ab ipsis montibus dictiim est Ecclesiae, Pax vobiscum et ipsi montes pacem anmintiando Ecclcsiae, non diviserunt se adversus ciim, a quo suscepcrnnt pacem, ut veraciter, non Jîcte, annuntiarcnt pacem. S. August. in Joann. Evang. Tract. I. n. 2.
(3) Matth. XIH. 1 1. et 16. — Luc. Vllf. 10
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quaecumque audhi a Paire meo^ nota feci vobis (i). Et il les a choisis et les a faits tels, afin qu'ils aillent poner au monde sa foi et ses commandements (2), non toutefois en leur propre nom, mais en son nom et comme tenant sa place et représentant sa personnalité ; tellement que si quelqu'un écoute les Apôtres il écoute Jésus-Christ, et que celui qui méprise les Apôtres méprise Jésus-Christ, méprise Dieu : Qui vos audit me audit ; et qui vos spernit me spernit. Qui autem me spernit, spevnit eu7n qui misit ;;/e (3).
Ce langage démontre évidemment la supériorité qui a été accordée aux Apôtres dans l'Eglise chrétienne. Ils se montreront aux peuples, distingués d'eux non par leur nature, mais par leur mission ; ils leur parleront un langage humain, et ce ne sera pas le langage de l'homme, mais le langage du Saint- Esprit qui se fera sentir à nous dans les Apôtres et par les Apôtres : No7i enim vos estis qui loquimini, sedspiritus Patvis vesiri qui loquitur in vobis (4). Ce sera donc le langage de la vérité, puisque c'est le langage de Dieu qui est la vérité essentielle ; et qui ne peut tromper, comme il ne peut être trompé : Jmpossibile est mentii'i Deum.
595. Pierre et les Pontifes romains. — La nature intrinsèque de la société chrétienne est ainsi clairement définie : les fidèles d'une part, l'autorité de l'autre, et au centre Jésus- Christ qui donne la vie à ce grand organisme, infusant la foi dans les croyants et inspirant l'autorité visible afin qu'elle ne dévie point de la vérité. Mais ces paroles et ces promesses ne s'adressaient peut-être qu'aux seuls Apôtres, comme personnes
(i) Joann. XV. i5.
(2) Ego elegivos, et posiii vos ut eatis et fntctiim affcratis, et fnictus vester maiicat. Joann. XV. i6.
(3) Luc. X. 16.
(4) Matih X. 20. — Marc. Xllf. lo. D'où S. Paul écrivait aux chrétiens de Thcssaloniquc : Ideo et nos grattas agimus Deo sine intermissione : quoniam quum accepissetis a nabis verbum amiitus Dci, acccpistis iilud, non ut vcrbum hominum, sed {sicut est vere) verbum Dei, qui operatur in vobis qui credidistis, l. ThessnL H. 1 3.
individuelles? Non c'est impossible. L'Eglise que Jésus-Christ veut fonder sur la terre doit durer jusqu'à la consommation des siècles ; car il proteste qu'il veut rester avec elle jusqu'à la consommation des siècles : Ecce ego vobiscum siim omnibus diebus^ iisque ad consiimmationem saeciili^ et les Apôtres ne devaient pas vivre jusqu'à la fin du monde.Les promesses divines ne s'adressaient donc point aux apôtres comme individus, mais en tant qu'ils représentaient l'autorité divine et visible dans l'Eglise, visible elle aussi et divine ; c'est-à-dire que ces promesses s'étendaient à tous ceux qui, dans la suite des siècles, devaient succéder à la place et dignité des apôtres.
Supposer le contraire revient à affirmer que, les premiers apôtres lui manquant, l'Eglise aurait bien dû former une société, mais sans magistère, sans une autorité en rapport avec sa nature qui est d'être divine et infaillible ; ce qui est lui ôter le caractère de société, comme il a été expliqué plus haut. Remarquez, d'autre part, que même en admettant que Dieu eîjt accordé aux apôtres une autorité infaillible personnelle, ce n'était là qu'une exception réclamée dans les premiers moments de la diffusion de la foi dans le monde, et que la sainte Ecriture marque très clairement l'insistance grave que le divin Maître montre à vouloir que, dans la suite, le sublime privilège du magistère infaillible de son autorité dans son Eglise soit concentré dans un seul apôtre, et conséquemment dans les seuls successeurs de cet apôtre : André ayant trouvé Simon son frère , l'amena à Jésus. Et Jésus l'ayant regardé en face, lui dit : Tu es Simon, Jils de Jona ; tu seras appelé Céphas, qui veut dire Pierre (i). Et moi aussi Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pie?v^e je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront poiiit contre elle. Et je te donnerai les clés du i^oyaume des deux ; et tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu
(i) Joann. I. 42,
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auras délié sur la terre sera délié dans le ciel (i). Simon, Simon ^ voilà que Satan a demandé de te cribler comme le grain ; mais fai prié pour toi^ afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, confirme tes frétées (2).
Enfin, un jour, après sa résurrection, Jésus-Christ, qui s'était appelé le Pasteur, établit Pierre avec ce beau nom dans l'office de paître les agneaux et les brebis de la sainte Bergerie : Jésus dit à Simon : Simon, fils de Jean^ m'aimes-tu plus que ceux-ci? Et il lui dit: Oui, Seigneur^ vous savCy que je vous aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux. Il lui dit une seconde fois: Simon., fils de Jean., m'aiiiies-tu? Il lui répondit: Oui., Seigneur., vous save-^ que fe vous aime. Il lui dit: Pais mes agneaux. Il lui dit une troisième fois : Simon, fils de Jean., m'aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit jusqu'à ti ois fois: M'aimes-tu? Et il lui dit : Seigneur, vous save^ toutes choses., j'Ous save^ que je vous aime. Jésus lui dit : Pais 77ies brebis (3). Telles sont les autorités sur lesquelles les théologiens se fondent avec raison pour démontrer l'organisation monarchique que Jésus-Christ a donnée à son Eglise, et le privilège, accordé à la personne de Pierre et à ses Successeurs dans la Chaire romaine, d'être les organes infaillibles de la parole divine. Tout Pontife romain peut donc, dans les choses de la foi et de la morale, répéter aux peuples ces paroles solennelles de S. Pierre: Vous savez que Dieu m'a choisi, afin que les peuples entendent par ma bouche la parole de l'Evangile et qu'ils croient (4).
596. Les Papes et l'histoire. — Ces doctrines sont connues, et elles le sont bien mieux depuis la solennelle définition du Concile du Vatican. Désormais l'infaillibilité du Pontife romain est un dogme sacro-saint que nul homme voulant rester
(i)Matth.XVI. 18, 19.
Vï)Luc. XXII. 3i, 32.
(3) Joann. XXI. i5, i6, 17. - Cf. Comment. S. Thomac in hune loc.
(4) Virifratres, vos scitis quoniam ab antiquis diebus Deus in nobis elegit per os meum audire gentes verbum evangelii et credere. Act. XV. 7.
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catholique ne peut mettre en doute : je ne m'arrêterai donc point à le développer ici avec une étendue que la nature de mon Ouvrage ne comporte point. Néanmoins je crois qu'il ne sera pas inutile de présenter une confirmation historique des divines promesses, et je le ferai en rapportant les paroles éloquentes d'un grand homme, atrocement calomnié sur ce point par les ennemis du Pape, dans leur désir d'avoir un génie pour complice de leur obstination, eux qui sentent qu'ils manquent absolument de talent.
« Si une seule fois le vicaire de Jésus-Christ eût manqué « par faiblesse à sa mission, nul ne peut dire, humainement « parlant, ce qui serait arrivé. Mais dans cette longue généalo- « gie de la papauté, il ne s'en découvre pas un seul qui ait été « assez lâche pour vendre la vérité à la puissance séculière Les a évêques d'Angleterre ont livré l'Eglise catholique à Henri (c VIII -, une partie des évêques de Suède a livré l'Eglise catho- « lique à Gustave Wasa ; les évêques de Russie ont livré l'Eglise « grecque à Pierre I»-"; beaucoup de prêtres et d'évêques ont (( succombé dans les cours à la crainte et à l'espérance ; jamais « un pontife romain ! Ils ont ordinairement poussé la condes- « cendance jusqu'à ses dernières limites; ils ont négocié, sup- « plié, attendu, profité de toutes les conjonctures, afin que, « l'heure venue, ils pussent souffrir sans reproche et présenter « à Dieu dans toute sa pureté le spectacle de la justice humble (( et dénuée aux prises avee la force et l'orgueil. Il y a dans la « courage à subir le sort que l'on s'est attiré une noblesse qui « ramène les cœurs; mais quand une patience angélique a pré- « cédé un courage d'airain, et que ces deux caractères vien- « nent à tomber du ciel sur le même front avec la majesté du « malheur et des années, cela produit quelque chose qui émeut « de soi les entrailles, et dont nulle gloire ne peut contre-ba- « lancer sur les hommes l'infaillible effet. Notre génération en « a été témoin. Il plut à la divine Providence, pour humilier « le monde, de rassembler dans un seul homme tout ce que le
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« génie d'un siècle peut faire, et de montrer dans la papauté « sans défense, représentée par un vieillard d'une capacité « commune, la supériorité de la foi sur l'intelligence, et la faite blesse des projets personnels comparée à l'accomplissement « simple et soumis des projets divins notifiés par la tradition. « On sentait dans Pie VII l'homme qui ne peut pas, qui vou- « drait compatir au génie manifesté par la victoire, mais qui « trouve dans sa conscience un obstacle invincible à son pen- « chant : son adversaire croyait à son épéc; il était inexorable « autant que maître. On sait que la cendre de Pie VII « repose sous le dôme de Saint-Pierre, et celle de Napoléon « sur un rocher de l'Atlantique (i) : c'était un de ces moments « que j'ai dits, où le temps se rencontre avec l'éternité :2).
397. La Cité des hommes et la Cité de Dieu. — Mais avec l'institution de l'Eglise catholique, constamment assistée de son Esprit et informée de sa vie, Jésus-Christ a voulu encore être continuellement le Maître et la lumière des intelligences humaines, en tout ce qu'il nous importe surtout de connaître par rapport à Dieu, à nous-mêmes et à notre fin dernière, qui est Dieu. Il a donc préservé sa parole de la corruption de l'orgueil et de la volupté de l'homme, et il a très sagement pourvu aux chutes de la raison humaine dans sa recherche du vrai et du bien. La raison jouira de l'entière liberté de contempler les cieux, de scruter la nature, de pénétrer au fond de sa conscience, pour trouver dans tout astre, dans toute tige de gazon, et en ellemême le vestige ou l'image du Créateur ; mais quand les ténèbres ou la malice la poussent aux abîmes de l'erreur et des passions, elle pourra, si elle le veut, éviter le naufrage en regardant la lumière divine qui lui montre la vérité, et en écoutant la voix divine de l'Eglise qui l'avertit de sa coupable témérité.
(i) Ces lignes ont été écrites en i836. Or en sait qu'en 1840, par ordre de Louis-Philippe, alors roi de France, les cendres de Napoléon f furent transportées à Paris et déposées dans Tégiisc des Invalides.
(2) Lacordairc. Lettre sur le Saint-Siège, Paris, Poussielguc. Edii. in 16. i85i. Vl« vol. page 181 et suiv.
Quel spectacle l'Eglise catholique n'est-elle point pour le monde! Quel immense bienfait! Deux grandes cités s'élèvent comme de front sur la terre; l'une se vante de ne suivre que les préceptes de la raison seule; l'autre suit la vraie raison, mais vit surtout selon les principes de la foi ; l'une se renferme dans les limites du temps et de l'espace, l'autre a l'infini et l'éternité pour horizon ; l'une est la cité de l'homme, l'autre est la cité de Dieu. La cité de l'homme se présente à nous comme une Babylone, c'est-à-dire comme la cité de la confusion; les philosophes y élèvent des chaires, ils promettent beaucoup, mais il tiennent peu. Il arrive, et même souvent, à ces prétendus amis de la science de rencontrer la vérité et de la dire ; mais avec non moins de liberté et d'ardeur ils prêchent le faux; si bien que très souvent le faux prend les apparences de la vérité dans leur bouche, et la vérité les dehors de l'erreur. Et pour accroître la confusion, chacun a ses principes propres, en contradiction avec les principes d'autrui ; principes de grande importance en ce qu'ils regardent la religion, la morale, l'âme et l'organisme intime de la société. Un système heurte un autre système; aujourd'hui l'un triomphe, demain c'est l'autre, au gré de la mode. Tous se promettent une longue durée, mais le temps passe sur eux, et ce ne sont plus que des faits que l'histoire enregistre afin de transmettre à la postérité les noms d'hommes qui ont passé avec leurs opinions. Jouffroy a eu la triste hardiesse d'écrire sur le Comment les dogmes Jînissent; mais l'histoire conserve les vrais dogmes, et elle nous raconte comment finissent les rationalistes et leurs systèmes.
S. Augustin décrit, au dix-huitième Livre de la Cité de Dieu (i), les terribles dissensions des écoles de la Grèce ancienne sur des choses de la plus grande importance : Qtiibus mit misère vivituv aiit béate; et l'unique héritage invariablement
(i) Cap. XLI. .
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laissé par les écoles antiques aux écoles rationalistes quî ont succédé, c'est précisément ces dissensions qui ont avili l'Académie, le Portique et, en un mot, tous les gymnases de la Grèce. Cousin avec son éclectisme a disparu de la scène, et il a pour successeurs dans les chaires françaises Comte et Littré qui, sous le nom de positivisme, déterrent le cadavre en putréfaction du matérialisme. De l'Allemagne, au contraire, nous vient le vent froid d'un idéalisme nuageux; le panthéisme matérialiste ou psychologique tente de regagner le terrain perdu en prenant parti, suivant son attrait, pour l'idéalisme ou pour le matérialisme, ou même en amalgant les deux erreurs. Le scepticisme survient ensuite pour détruire par son doute les illusions de théâtre de tous ces systèmes enfantés par l'esprit de l'homme qui s'arroge le droit d'enseigner le genre humain.
Or quelles conséquences peuvent avoir pour les peuples et pour la société civile ces doctrines indigestes et contradictoires ? Les conséquences en sont logiques, claires et traduites en pratique : chacun a sa raison propre, ni plus ni moins que les philosophes; comme eux et autant qu'eux, chacun prétend avoir le droit de s'en servir et d'opposer aux raisonnements d'autrui ses propres raisonnements et, du moins à son jugement, de les faire prévaloir. De là l'individualisme universel dont toute la société est envahie, individualisme qui, en religion, va bien souvent à l'athéisme, en morale au matérialisme, en politique à l'égoïsme, à la primauté de la force sur le droit, du bien privé sur le bien commun; ce qui d'un côté pousse au despotisme du pouvoir, et de l'autre à la licence et à l'anarchie; deux puissances qui, de nos jours plus que jamais s'entre-choquent et se livrent des combats sanguinaires, mais dont la société attend et désire ardemment la destruction pour avoir la paix.
Il n'en est pas de même de l'Eglise catholique. Placée audessus des opinions et des passions de l'homme, elle tient dans
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sa main droite le code sacré de la révélation : assise depuis dix-neuf siècles sur la sainte montagne de Sion, elle répand de là la lumière divine et fait entendre aux peuples de la terre la parole de Dieu. Elle est philosophe, elle est théologien, elle est prophète, elle est maîtresse de vertu et de piété exemplaires; dans ses doctrines il n'}^ a ni contradictions, ni erreurs, ni incertitudes; car elle parle et agit non selon l'homme, mais selon Dieu. Si elle commande d'honorer son père et sa mère, c'est Dieu qui commande; si elle défend et condamne l'homicide, le vol, l'adultère, c'est Dieu qui défend et condamne ; si elle parle de Dieu, de l'âme, de la morale, de la vie présente et de la vie future, c'est la parole de Dieu même que nous entendons par sa bouche. Et quidqiiid pliilosophi quidam ijîter falsa^ qitae opinati sunt^ verum videj^e potiierimt^ et laboriosis disputât ionibiis persuadere inoliti siint ^ qiiod mundiim istum fecerit Deiis^ eimique ipse providentissimus ad?7iinistret, de honestate J'irtiitiun, de amoi^e patriae^ dejide amicitiae, de bonis operibus, atqiie o?nnibus ad moines probos pertijientibiis rebiis^ quamvis nescientes ad qiiem fînem, et qiio7tam modo essent ista om7iia rejerenda^ pi^opheticis^ hoc est divinis vocibiis^ quamvis per homiiies^ in il la Civitatc populo conwiendata simt^ non argumentât ionum concertationibus inculcata; ut non hominis ingenium, sed Dei eloquium contemnere formidaret, qui illa cognosceret [i).
598. Protestation de l'Auteur. — Et moi je ne veux point déposer la plume sans me tourner, avec l'affection d'un fils pour sa vraie mère, vers la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, qui est la véritable Eglise de Jésus-Christ, afin de soumettre, avec humilité d'esprit et sincérité de cœur, tous mes écrits, sans aucune exception, et ma personne au jugement de son magistère infaillible. Qu'elle parle et j'écouterai sa voix avec bonheur, et j'approuverai tout ce qu'elle approuve, et je con-
(i)S, Augustinus. De Civitate Dei. Lib. XVIII, Cap. XLI. n. 3.
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damnerai tout ce quelle condamne. Car je ne désire rien autre que de vivre et de mourir dans sa communion, ce qui est vivre avec Jésus-Christ et mourir dans Jésus-Christ. Ce que j'espère obtenir avec l'aide de Dieu et l'assistance de la chère Mère de Dieu et des hommes Marie, très sainte et immaculée.